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Le-Seigneur-Noir-des-SithS’il est bien une saga qui met en valeur les archives et les archivistes, c’est bien Star Wars. Que ce soit au cinéma avec l’Attaque des Clones ou Rogue One ou dans les adaptations en comics comme Clone Wars et Docteur Aphra, les archives font partie intégrante du récit. Mais, si on peut souvent voir les documents, on aperçoit plus rarement les archivistes comme Jocasta Nu présentée comme un personnage particulièrement revêche dans son apparition cinématographique.

Pourtant, c’est un tout autre visage que Jocasta Nu présente dans le titre que nous allons présenter ici. Dark Vador, le seigneur noir des Sith est un titre scénarisé par Charles Soule et illustré par Giuseppe Camuncoli. C’est le deuxième tome intitulé Les Ténèbres étouffent la lumière qui nous intéresse ici. Le titre est publié en 2018 chez Panini Comics.

L’histoire se déroule juste après les événements du film La revanche des Sith. Anakin Skywalker est devenu Dark Vador mais il n’a pas encore acquis sa légitimité auprès des soldats de l’Empire. Peu à peu, l’Empereur Palpatine lui confie des missions et l’encadrement des troupes ce qui ne se fait pas sans douleur. Dark Vador doit désormais encadrer les Inquisiteurs, d’anciens Jedi qui traquent désormais les Jedi survivants. Lorsque Vador découvre la liste des individus recherchés, un des noms placés en tête de liste l’intrigue : pourquoi la traque d’une archiviste semble-t-elle être si importante pour l’Empereur ?

Et les archives dans tout ça ??

Attention, cette partie risque de vous révéler quelques éléments clefs de l’histoire.

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Dans Les Ténèbres étouffent la lumière, les archives et l’archiviste sont vraiment au cœur du récit. La mission de Dark Vador est de trouver Jocasta Nu, l’ancienne directrice des Archives Jedi. Le seigneur noir des Sith ne semble pas comprendre pourquoi l’Empereur la place en tête de sa liste noire, elle qui n’est pas une guerrière de premier plan. Lorsqu’il questionne son supérieur, Palpatine répond à Vador qu’il traque Jocasta Nu « parce qu’elle sait tout » et qu’elle s’est emparée, au nom de l’Ordre Jedi des secrets du côté lumineux de la Force mais également des secrets appartenant aux Sith.

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On voit donc que l’archiviste est considérée comme une gardienne mais également comme quelqu’un qui détient le savoir, y compris un savoir que certains estiment ne pas devoir lui appartenir. Cela pose la question de la légitimité du lieu de dépôt des archives : l’Ordre Jedi a-t-il le droit de s’arroger la conservation d’archives qui ne concernent pas les Jedi mais les deux aspects de la Force : l’Ombre et la Lumière. Qui décide du lieu de conservation ? Qui décide de leur communication ? Ce comic-book pose donc des questions de fond, tout à fait prégnantes en cette période de revendications de bien culturels tous azimuts.

Le rôle de l’archiviste Jedi a, en apparence, pris fin avec la chute de l’Ordre, massacré par Vador et l’armée des Clones. Pourtant, Jocasta Nu, terrée dans un endroit secret, utilise sa mémoire pour reconstituer les archives désormais sous bonne garde de l’Empire. Aidée d’un assistant, elle grave des holocrons qui contiennent l’essentiel de son savoir, permettant ainsi à de futurs Jedi de pouvoir avoir accès aux archives malgré leur confiscation par le pouvoir en place. La connaissance est donc jugée essentielle, méritant qu’on se batte pour la transmettre, y compris à ceux à qui on en interdit l’accès pour des raisons politiques. L’archiviste joue ici le rôle de passeur, elle est seule à maîtriser le contenu des archives et seule à pouvoir les reconstituer. L’Empereur la traque également car elle dispose d’informations primordiales pour l’avenir, c’est pourquoi il veut absolument mettre la main sur l’archiviste.

seigneur_Sith_archives_1La relation entre le Grand Inquisiteur et Jocasta Nu est aussi très intéressante. L’Inquisiteur se souvient avec amertume de son expérience de consultation aux archives car Jocasta Nu l’a toujours méprisé. Il raconte avec colère qu' »elle ne m’a jamais donné accès total aux archives et lorsqu’elle me permettait de lire un fichier ou deux, elle ne cessait de me surveiller« . Un peu plus loin, l’Inquisiteur précise : « Jocasta Nu estimait que l’éducation devait être réservée aux élites ». Vieux débat qui agite la communauté archivistique depuis des décennies : les archives doivent-elles être accessibles au plus grand nombre ou si on doit privilégier les lecteurs les plus érudits ? Même si les tenants de la première option ont sans doute gagné le terrain, il n’en reste pas moins qu’on a tous entendu des récits d’archivistes revêches ou hautains qui ne donnaient pas envie de franchir la porte d’un service d’Archives. Si Jocasta Nu est une archiviste consciencieuse dans sa mission de conservation, il semble que ses méthodes de communication sont plus obscures et ont conduit le Grand Inquisiteur à devenir aigri et haineux envers les archivistes. Pourtant, plus loin, Jocasta Nu donne la raison de son refus d’accès à certaines archives : « si je t’en ai refusé l’accès, c’est que je ne t’estimais pas prêt ! » Cette réflexion montre ainsi que les archives peuvent être accessibles à tous à la condition d’avoir les clefs de compréhension pour manier les informations qu’elles recèlent. Le fil est mince entre l’accès illimité sans filtre à tous types d’archives et l’interdiction trop stricte… exercice délicat s’il en est qui rappelle des débats autour des archives de Paris qui ont resurgi à l’annonce de la mort de Brigitte seigneur_Sith_archives_4Lainé.

Lorsqu’il pénètre d’ailleurs dans les archives Jedi, l’Inquisiteur indique avoir « attendu ma vie entière pour ça », c’est dire si l’accès aux archives lui tenait à cœur ! Il s’installe lors comme un pacha, seul au milieu des archives qu’il balance les unes après les autres dans un geste rageur. C’est d’ailleurs la vision de l’Inquisiteur brutalisant ses documents qui fait sortir Jocasta Nu de ses gonds et la fait repérer par Vador. Elle sait fort bien pourquoi celui-ci veut mettre la main sur elle : « vous voulez connaître mes secrets et ceux des archives. Après tout, elles sont trop vastes pour s’y retrouver sans aide ». Il est en effet étonnant que l’Empire ait fait main basse sur les Archives sans avoir aucun personnel capable de se repérer dans les rayonnages… Dans un dernier geste de désespoir, Jocasta Nu détruit les archives afin d’éviter que l’Empire ne mette la main sur leur contenu. Là encore cela soulève un point délicat : que faut-il faire des archives lorsqu’on sait qu’elles peuvent tomber entre les mains d’oppresseurs impitoyables ?

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Une archiviste, des fois, c’est pas commode !

Ce récit, une véritable bataille au cœur des archives Jedi, permet de se questionner sur le rôle de l’archiviste, ses méthodes de conservation et de communication, son statut de passeur de mémoire. L’archiviste est celui qui donne accès aux archives. Le premier contact que le lecteur a avec les documents passe par sa médiation, il est donc primordial de ne pas le rebuter afin de ne générer de situations de frustration ou de rejet alors que les archives sont susceptibles d’intéresser chacun d’entre nous avec un accompagnement personnalisé.

L’archiviste Jedi ressemble à ses collègues humains, passionnée, exigeante et faillible. Que la Force soit avec nous !

Sonia Dollinger

 

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Aphra_PaniniL’univers étendu de Star Wars est riche en mentions d’archives, nous avons déjà évoqué plusieurs références aussi bien dans les films que dans les séries dérivées. Docteur Aphra ne fait pas exception à la règle. Aphra est une archéologue aux méthodes peu orthodoxes qui rappelle Indiana Jones par bien des aspects. Après s’être mis au service de Dark Vador et avoir frôlé la mort, elle décide de reprendre ses activités de pilleuse et de vendeuse d’artefacts rares. Aphra est accompagnée dans sa quête par deux droïdes tueurs et un wookie chasseur de primes du nom improbable de Krrsantan.

Le récit Docteur Aphra est scénarisé par Kieron Gillen et illustré par Kev Walker, le premier volume est sorti chez Panini Comics en 2017. Dans ce tome, Aphra a quelques soucis puisque son doctorat est momentanément suspendu suite à une enquête interne qui révèle qu’elle a quelque peu falsifié ses recherches. Pour lever l’interdit, Aphra va devoir aider son archéologue de père à retrouver une civilisation disparue de Jedi hérétiques, l’Ordu Aspectu qui aurait eu pour projet de conquérir l’immortalité. Pour mener à bien sa quête, le petit groupe va devoir lutter contre l’armée impériale et des ennemis inattendus. Outre les références aux archives, je vous recommande ce titre bien écrit et intéressant.

Et les archives dans tout ça ??

34,35,295,302.454285La première mention des archives concerne l’histoire même de l’Ordu Aspectu. En effet, son histoire n’est pas très claire et plusieurs interprétations se chevauchent selon les documents dont on dispose. Aphra suggère même que la quête de l’Ordu ne concernerait pas la vie éternelle mais tout autre chose et que tout cela n’est qu’un débat de grammairiens. Elle nous met ici en garde contre les informations partielles livrées par les archives et les multiples interprétations qui peuvent être faites par des chercheurs qui peuvent se trouver dirigés vers des pistes très différentes selon l’interprétation qu’ils font des Aphra_2sources à leur disposition.

Lorsqu’Aphra et son père se retrouvent enfin sur la planète de l’Ordu, leurs constatations ne correspondent pas aux informations dont ils disposaient jusqu’à présent. Le réflexe du père d’Aphra est donc de vouloir accéder aux archives pour comprendre ce qui s’est vraiment passé entre les Jedi et l’Ordu et connaître enfin la vérité puisqu’elles sont qualifiées de « mine d’information ». Evidemment, l’accès aux archives est semé d’embûches et ne peut se faire qu’en 35,35,309,323.413879relançant un ordinateur et en retrouvant les pièces nécessaires à son fonctionnement. La complexité de la conservation et de la consultation des supports numériques est ainsi directement évoquée : l’information reste bien présente mais, comment la lire ?

 

 

L’ordinateur est, en réalité, devenu une entité dotée d’une intelligence artificielle et d’une forte personnalité dont le but initial était de copier son intellect afin de préserver éternellement ses connaissances. L’archivage de soi-même comme but ultime en quelque sorte !

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Sonia Dollinger

Captain_America_5Captain America : Le soldat de l’Hiver est sorti en France le 26 mars 2014 et aux États-Unis le 4 avril 2014. Il a été réalisé par Anthony et Joe di Russo.

Il s’agit du second volet initié en 2011, par le premier film Captain America : First Avenger qui lui avait été réalisé par Joe Johnston.

Les acteurs principaux sont Chris Evans dans le rôle du Capitaine, Scarlett Johansson dans le rôle de Natasha Romanoff, Samuel Lee Jackson dans le rôle de Nick Fury, directeur du S.H.I.E.LD, et Robert Redford dans le rôle de l’adversaire principal du capitaine, Alexander Pierce.

À noter aussi l’apparition furtive, mais centrale nous le verrons du scientifique Arnim Zola, bras droit du cruel Crâne Rouge dans le film sorti en 2011 et qui est ici une sorte de … mentor pour les adversaires de Captain America. Il est joué par le britannique Toby Jones.

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Ce second volet de l’univers de Marvel est axé autour du réveil du Captain des années après la fin de la Seconde Guerre mondiale.  Le S.H.I.E.L.D existe toujours, et veille à la sécurité de la population mondiale.

Il s’avère vite que Captain n’est pas d’accord avec la philosophie et les méthodes du directeur de l’agence, et bientôt le doute survient aussi dans la tête de Nick Fury. Celui-ci s’empresse d’en parler au secrétaire du conseil de sécurité mondiale, Alexander Pierce. Ce dernier, loin de le rassurer va mettre le doute dans la tête du directeur.

Après une magistrale course poursuite Nick Fury se sauve in extremis des attaques de policiers visiblement retournés contre lui et d’un mystérieux soldat, dont on ne tarde pas à comprendre qu’il s’agit du fameux soldat de l’Hiver. Après en avoir parlé au Captain, Nick Fury est assassiné et meurt sur la table d’opération en chirurgie.

Dépité, le Capitaine doit s’enfuir après avoir été accusé du meurtre du directeur du S.H.I.E.L.D. Il n’est soutenu dans sa fuite que par Natasha Romanoff et un nouveau coéquipier, un ancien militaire ayant le surnom du Faucon.

Avant de mourir, Nick Fury donne une clef USB contenant des données confidentielles qui avaient été volées par Natasha dans une précédente mission, en ouverture du film ; sur un bateau lui-même volé par des terroristes.

Dans leur fuite, Captain America et Natasha Romanoff arrivent dans une ancienne base désaffectée de l’armée, le Camp Lehigh au New Jersey, inspiré du véritable et célèbre « Camp Kilmer » d’où les troupe US s’embarquaient pour combattre en Afrique du Nord et en Europe.

En pénétrant dans ce qui semble être un silo à munitions, ils tombent en fait au sein des premiers bureaux du S.H.I.E.L.D, et enfin dans une salle immense, pourvue de bandes magnétiques et de meubles à dossiers ainsi que d’une unité centrale pourvue de plusieurs écrans. Natasha pense qu’il s’agit de technologie ne pouvant être en état de fonctionner, car trop ancienne.

Elle a la surprise de voir devant elle une sorte d’adaptateurs pour plusieurs clefs USB. Elle enclenche alors la fameuse clef, ce qui provoque la mise en marche de tout l’ensemble de la salle.

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Nos deux héros face à la conscience archivée du savant Arnim Zola, dans une ancienne base de l’Armée Américaine. À la droite de Natascha Romanoff, le petit adaptateur pour clef USB.

Et les archives dans tout ça ??

C’est là une des scènes les plus intéressantes du film, et sûrement l’élément central qui permet de comprendre l’action des adversaires de nos héros.

La mise en marche des machines dans la salle nous fait découvrir avec stupéfaction qu’il ne s’agit rien de moins que le cerveau d’un des ennemis du Captain, le scientifique suisse Arnim Zola.

Ce dernier, visible à travers une vieille image de synthèse, explique qu’après la guerre il a été invité par le S.H.I.E.L.D lors de l’opération Paperclip, qui consista à recruter plusieurs centaines de scientifiques allemands arrachés du nazisme à se mettre au service des États-Unis, au sein du S.H.I.E.L.D.

S’ensuit une longue série d’images et de courts extraits tirés de vraies images d’archives. Arnim Zola explique qu’en ayant été invité, il a remis en place un Hydra bien plus dangereux, car invisible et bien infiltré. Le S.H.I.E.L.D a ainsi été infecté tel un animal sauvage par un parasite qu’il peut diriger selon son bon vouloir. Il a mis en place une stratégie visant à s’emparer du S.H.I.E.L.D, puis des États-Unis et enfin du monde, grâce au chaos ambiant, et au programme Insight. Zola a visiblement préparé ce montage spécialement pour le Captain et est connecté au Web, car il a intégré l’acte de décès de Nick Fury.

Les images sont très rapides mais on peut apercevoir, à coté d’images faites pour le film, notamment lorsque elles montrent le Captain, des faits historiques marquant l’Histoire mondiale et les hommes qui ont vécu ces moments.

On peut voir en plus des scènes de guerres, de violences urbaines ou de crise économique des hommes ayant marqué l’Histoire à un moment précis.

Ainsi, si le spectateur est attentif, il pourra voir :

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Le maréchal Wilhem Keitel, principal représentant de la délégation Allemande pour la signature de l’armistice le 8 mai 1945. Il était le chef de « l’Oberkommando der Wehrmacht », l’organe de commandement suprême des forces Allemandes entre 1938 et 1945. Il sera condamné  pour crimes de guerre et crimes contre l’Humanité au procès de Nuremberg, et pendu en 1946.

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Le Colonel Kadhafi, probablement dans les années 2000. On aperçoit sur la droite la tête d’une des « Amazones » de Kadhafi, présentée à l’époque comme des gardes du corps d’élite de l’ex dirigeant libyen. Kadhafi a été renversé et tué de façon sommaire lors de la première guerre civile libyenne, en octobre 2011.

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Julian Assange, de nationalité australienne, informaticien de métier, est fondateur et rédacteur en chef de WikiLeaks, organisme qui a permis l’instauration des lanceurs d’alerte des opinions publiques depuis décembre 2006. Il est, sur l’image, réfugié au sein de l’ambassade d’Équateur à Londres depuis juin 2012.

De plus, on peut aussi apercevoir Khrouchtchev, et dans une image fixe les trois chefs d’État qui décidèrent du sort de l’Allemagne et de l’Europe avant la fin des combat à Yalta en Crimée en 1945 à savoir Churchill, Roosevelt, et Staline.

Après cette séquence assez sombre, un missile est tiré depuis une base du S.H.I.E.L.D, détruisant toute l’installation et le cerveau « archivé » d’Arnim Zola. Captain et Romanoff s’enfuient indemnes, protégés par le bouclier du Captain.

Intéressons-nous maintenant à la façon dont le cerveau du scientifique a été construit.

En regardant les images au ralenti, il semble que les machines utilisées sont des appareils de bandes magnétiques de la marque IBM, des modèles de type 729 et 7330 notamment. Ces appareils pouvaient mettre en marche des bandes magnétiques dont la longueur pouvait varier. En général, le modèle de bande magnétique, sous la forme de roues mesurant un demi pouce soit 12,7 millimètres de large, que l’on aperçoit, avait approximativement une bande dont la taille était de 2400 pieds au maximum- un pied est équivalent à 0,30 mètre-, c’est à dire un peu plus de 731 mètres de long au total pour une seule bande magnétique.

Arnim Zola déclare à nos héros que son cerveau est contenu dans 200 000 pieds de surface de mémoire.

Si on divise ce chiffre de surface de 200 000 pieds par 2400 pieds pour une seule bande magnétique -soit environ 7000 mètres carrés de surface pour 731,52 mètres de bande- nous obtenons 84 bandes magnétiques servant à la conservation du cerveau de Zola. Une seule de ces bandes magnétiques pouvait, à l’époque, conserver environ 140 MB (megabytes) d’informations.

En faisant un petit calcul rapide, on peut donc estimer à 11,7 GB le cerveau ou la conscience de Zola. Soit l’équivalent d’une fraction minuscule d’une petite clef USB contemporaine ! Cela nous démontre que nous avons, en l’espace de cinquante ans, considérablement réduit le volume pour stocker, emmagasiner, archiver nos données.

Mais en revanche, nous avons aussi accru de façon exponentielle nos demandes pour conserver dans le temps toutes sortes d’informations très diverses : photos, films, documents de travail nativement numériques, documents manuscrits scannés… Or tous ces documents requièrent énormément d’espace. Saurons-nous un jour nous y retrouver dans nos masses informatiques archivées sur des serveurs, des « Clouds », des ordinateurs vieux de dix ans ?

Finalement, cette séquence pleine d’images extraites d’archives nous démontre bien l’importance du poids de chaque image, de leur usage et de l’impact moral que celle-ci peut avoir.

Bien entendu, Zola utilise les images à mauvais escient, annonçant sa victoire déjà évidente, et provoque d’ailleurs le seul moment de franche colère du Captain dans le film, qui fracasse un des écrans de rage.

Au delà de l’aspect très «complotiste» de la scène, cher à une certaine frange de la culture américaine, on se rend malgré tout bien compte que l’être humain estompe très vite les événements passés, même récents à l’échelle du temps. Il est donc important de rappeler de façon régulière, que telle image, produite dans un contexte donné, a eu un sens, un début et une fin, avec des protagonistes – ici dans notre cas écrite par les vainqueurs – à qui on impose des choix. Il faut les expliquer. Ces images et notamment celle du maréchal Keitel ou de Kadhafi nous montre à tous que rien n’est figé ou prédéterminé dans l’histoire et la vie de chaque homme, et qu’il arrive que nous soyons jugés pour nos actes. Même de la plus cruelle des façons.

Andrea Innocenzi

Defenders_1Une fan de comics ne peut s’empêcher de suivre les films ou séries dérivés de ses univers préférés. C’est ainsi que j’ai visionné toutes les séries Netflix ayant pour thème les super-héros de chez Marvel. Certaines d’entre elles comme Daredevil ou Iron Fist font référence aux archives. The Defenders étant la dernière en date, je me suis évidemment jetée dessus.

Marvel’s The Defenders est une série produite par ABC Studio et Marvel, crée par Douglas Petrie et Marco Ramirez. Elle sort en France sur la plateforme Netflix le 18 août 2017, date à laquelle j’écris ces lignes. La série réunit les quatre héros ayant eu droit à une série solo auparavant : Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist. On retrouve au casting Sigourney Weaver qui endossera le rôle de la principale adversaire du groupe de héros.

Cette série verra donc la réunion de ces personnages emblématiques de l’univers Marvel qui feront cause commune pour défendre New-York.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives ne mettent pas longtemps avant d’apparaître dans la série. On les retrouve dès le deuxième épisode – intitulé Mean Right Hook.

Pour les besoins d’une de ses enquêtes, Jessica Jones a besoin de retracer les historiques de plusieurs sociétés. Pour ce faire, elle se rend dans ce qui ressemble à un service d’archives au nom indéterminé. Pour effectuer ses recherches, elle a recours à un fichier papier, l’informatisation n’a pas eu l’air de pénétrer dans ce service new-yorkais !

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sans lumière et sans fichier informatisé

Bref, elle trouve sans peine les cotes qui semblent l’intéresser et là, surprise. Vous pensez naïvement qu’elle va présenter sa demande à un président de salle ou un archiviste quelconque ? Que nenni ! Jessica Jones file direct dans les dépôts et farfouille dans les travées.

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Ces dernières sont visiblement bien ordonnées car la détective n’a aucun peine à mettre la main sur le dossier qui l’intéresse. Que ces données concernent une entreprise privée et que Jessica puisse avoir accès aux informations concernant les transferts d’actifs de la société sans égard pour un éventuel délai de communicabilité ne trouble personne, non plus que le fait qu’elle puisse prendre en photo ces documents sans que personne ne s’en émeuve.

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Jessica répète l’opération plusieurs fois de suite, virevoltant de rayonnages en rayonnages, jouant de l’échelle mobile pour grimper vers les dossiers les plus hauts sans être dérangée par aucun être humain. Elle remonte le temps, faisant une sorte de généalogie de l’entreprise sur laquelle elle cherchait des renseignements à l’origine. Au fur et à mesure des avancées de ses recherches, les documents conservés changent d’aspect et deviennent de plus en plus anciens. Au lieu des documents tapuscrits, Jessica consulte désormais des titres de propriétés calligraphiés à la main – sans grande précaution ni aucune surveillance d’ailleurs.

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un peu d’escalade pour maintenir la forme

A la recherche de réponses, elle retire un manuscrit de son dossier. On se dit : « ok, elle va l’embarquer, ni vu ni connu étant donné qu’il n’y a personne dans ce fichu dépôt ». Raté ! Jessica erre à la recherche de quelqu’un et elle trouve… ce qui ressemble à une archiviste… ou plutôt ce qui ressemble au cliché de l’archiviste. Elle aussi est en train de farfouiller dans un tiroir et là, je me pose une question bête : en plus de n’être plus toute jeune – vous n’auriez quand même pas cru qu’on aurait droit à une archiviste jeune et fraîche – elle a l’air d’être sourde comme un pot l’archiviste ! De vous à moi, vous êtes dans vos rayonnages, vous entendez quelqu’un tripoter vos documents, vous n’allez pas voir ? Vous n’êtes pas un peu intrigué qu’une inconnue se promène dans les allées, un document extirpé d’un dossier à la main ? Si ? Hé bien…pas elle !

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L’amabilité incarnée

Jessica semble la déranger quand elle la hèle « excusez-moi »…réponse : »ouaiiiis » d’un air las. Ok, on résume : elle est sourde, se moque comme d’une guigne qu’on embarque ses archives et elle est revêche. Bon, est-ce qu’au moins, elle a un semblant de conscience professionnelle ? Jessica lui expose son souci, réponse : « qu’est-ce que je peux y faire ? »…Heu, Lui demander comment elle est arrivée là ? L’aider dans sa recherche ? Quand Jessica lui dit que les « archives les plus anciennes remontent à 1820 » et qu’elle va devoir remonter plus loin que ça, l’archiviste lui répond « allez voir le département du Patrimoine, ils ont un dépôt au Nord de Manhattan, il faut prendre rendez-vous à l’avance »… et elle se barre ! Allô madame, il y a quelqu’un dans ton dépôt qui se promène avec un document de 1820… ah ben non, elle est partie.

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Bref, on apprend quand même que les archives sont nécessaires pour faire l’histoire d’une entreprise, que l’on semble faire la distinction entre les archives les plus anciennes conservées dans un département Patrimoine et des documents plus récents. Par contre, la notion de délai de communicabilité n’est pas prise en compte puisque Jessica peut consulter ses documents sans problème et les usagers semblent pouvoir se servir librement avec la bénédiction d’archivistes peu regardants. Un point positif : la cotation et le classement ont l’air performants puisque notre détective s’en sort très bien toute seule.

Conclusion, même un super-héros a besoin d’archives pour répondre à ses questions, mais hélas, pas forcément d’archiviste. A moins qu’un archiviste super-héros arrive un jour dans l’univers Marvel ?

Sonia Dollinger

 

Si je vous dis « Batman, la série animée », j’imagine que beaucoup d’entre vous se remémoreront ce générique devenu incontournable qui a longtemps fait partie de nos moments préférés du petit écran durant notre enfance.

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La série américaine d’animation Batman : The animated series, est produite par Bruce Timm et Eric Radomski. Elle comporte quatre saisons, 85 épisodes de 22 minutes chacun et est diffusée du 5 septembre 1992 au 16 septembre 1995. Les thèmes musicaux, tout aussi mythiques et qui donnent un ton bien particulier au générique et à chaque épisode, sont composés par Danny Elfman (rien que ça) et Shirley Walker, entre autres. La série s’inspire des aventures du comic Batman produites par DC comics depuis 1939. Elle naît juste après les deux films de Tim Burton : Batman (1989) et Batman returns (1992). Elle s’inspire d’ailleurs très largement de l’univers sombre et déjanté des films de Burton, ce qui marque une assez grande différence avec la série télévisée Batman diffusée dans les années 1960.

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Le synopsis de chaque épisode est simple : Gotham city, ville sombre et poisseuse, est en proie à des vilains, voleurs, mafieux, psychopathes plus ou moins dangereux chaque jour que la Nature fait. Bruce Wayne, célèbre milliardaire et bel homme à la voix grave et envoûtante, endosse alors son costume de Batman pour enquêter puis affronter toutes ces menaces.

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Dans son entourage, il compte sur la présence d’Alfred et du Commissaire Gordon. Plus tard, il sera secondé par Robin (Dick Grayson), qu’il recueillera à la suite de la mort tragique de ses parents, puis par Batgirl.

Cette série donne la possibilité au téléspectateur de faire la connaissance, épisode après épisode, de chacun des vilains qui agresse le quotidien de Gotham city et de découvrir les origines de chacun des personnages, comme celles de Robin, Double-Face, Mr Freeze ou Gueule d’argile. Les créateurs de la série, notamment les scénaristes comme Paul Dini, ont même pris la liberté d’étoffer la panoplie de vilains en créant la fameuse Harley Quinn ou Baby Doll (je vous laisse découvrir le personnage par vous-même, ça vaut le coup).

La série a connu un immense succès auprès des novices mais aussi auprès des fans de Batman qui la considèrent comme la plus fidèlement adaptée du comic.

Certains épisodes ont été marquants pour tous les admirateurs de la série. Celui qui remporte tous les sondages est Amour on ice (Heart of ice pour le titre original) qui introduit le personnage de Mister Freeze dans la série et réinvente même ses origines vues ici plus tragiques. C’est justement de cet épisode dont je vais vous parler. (Attention, cet article contient des éléments qui dévoilent l’intrigue de l’histoire)

C’est grâce aux films de Tim Burton et à cette série que j’ai découvert l’univers de Batman. Ce point de vue sombre et plutôt réaliste de chacune des histoires m’a toujours paru fascinant. C’est cela qui fait que cette série n’est pas un dessin animé ordinaire ou un simple divertissement. Chaque épisode se termine avec un message profond. Elle n’est pas forcément adressée aux plus jeunes. Beaucoup d’épisodes mettent en scène la vengeance, le malheur, la peine et la folie des personnages. Je ne suis pas une grande amatrice des comics américains, mais je vous invite sincèrement, si vous en avez la possibilité, à voir ou à revoir cette série devenue mythique.

La vengeance est un plat qui se mange froid

Batman_4Dans cet épisode intitulé Amour on ice, écrit par Paul Dini et réalisé par Bruce Timm, nous faisons la connaissance de Mister Freeze, de son vrai nom Victor Fries, chercheur et expert en cryogénie. L’histoire débute avec l’attaque « enneigée » de l’immeuble de l’entreprise Gothcorp dirigée par Ferris Boyle. Devant les écrans situés dans sa batcave, Batman enquête sur ces délits et découvre que plusieurs engins ont été volés pour former une énorme arme à congélation.

Alors que Mister Freeze s’apprête une nouvelle fois à commettre des vols, Batman intervient mais ne parvient pas à le maîtriser. C’est à ce moment que l’on apprend le nom de ce nouveau vilain.

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Batman doit alors faire face à un nouveau malfaiteur qui cherche à se venger à tout prix d’un seul homme : Ferris Boyle. Le lendemain, Bruce Wayne décide d’en savoir plus et se rend au bureau de Ferris Boyle afin de l’interroger sur les origines de ces attaques répétées. Boyle avoue qu’un seul homme est capable de tels méfaits : un chercheur qui se servait à des fins personnelles du matériel de la Gothcorp, avec qui il y a eu confrontations et qui a disparu après une explosion.

Et les archives dans tout ça ??

De retour dans sa batcave, Batman s’interroge sur cette confrontation et consulte les microfiches des journaux de l’époque qui évoquent bien une explosion pendant l’altercation entre ce mystérieux chercheur et les agents de sécurité de l’entreprise.

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Malheureusement, aucun élément n’est donné sur les causes de cet accident. Batman annonce alors à Alfred que le seul moyen d’avancer dans cette enquête est d’aller consulter les archives de la Gothcorp.

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Une grande cérémonie est organisée à la Gothcorp afin d’attribuer le prix de « l’industriel bienfaiteur de l’humanité de l’année » à Ferris Boyle. Déguisé en agent de sécurité, Bruce Wayne s’introduit dans l’immeuble et parvient à prendre la relève d’un autre agent somnolant devant les écrans de surveillance de l’entreprise. Celui-ci hors de la salle, Bruce Wayne redevient Batman, et accède à la salle des archives, non sans avoir décrypté au préalable le code de la porte.

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Il ouvre un tiroir et en sort une chemise marquée « Top secret » contenant le dossier médical de Nora Fries.

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Mmmh…ces archives n’ont pas l’air communicables…allez, tant pis !

A l’intérieur, des photos, des documents sur le projet d’un procédé de cryogénisation et une VHS.

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Batman visionne la VHS. On y découvre Victor Fries, le fameux chercheur de la Gothcorp qui annonce son projet qu’il espère être le premier pas vers l’immortalité. Durant son intervention, on aperçoit une capsule de cryogénisation avec sa femme Nora à l’intérieur, atteinte d’une maladie grave et inopérable.

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Il est soudainement interrompu par des agents de sécurité accompagnés de Ferris Boyle qui lui ordonne de cesser cette expérience et de rendre tout le matériel qui lui appartient, tout en lui reprochant que cela lui coûte une fortune, et faisant fi de la présence de sa femme dans la capsule. Malgré les supplications de Fries, Boyle ne cède pas et finit par bousculer Fries dans des produits chimiques toxiques qui congèlent ce dernier.

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Au lieu d’intervenir, Boyle fuit avec ses compères. La vidéo s’arrête. Batman est sous le choc et comprend comment est né Mister Freeze et d’où vient son désir de vengeance.

Alors que Ferris Boyle est sur le point d’être récompensé, Mister Freeze immobilise l’immeuble de la Gothcorp avec son canon à congélation et entre dans la salle où se trouve Boyle. Après une ultime confrontation musclée, Batman arrive enfin à maîtriser Mister Freeze complètement désemparé de n’avoir pu se venger. Batman intervient en disant qu’il n’y aura pas vengeance mais justice : il avoue alors à la journaliste qui suit l’enquête des attaques de la Gothcorp et qui était invitée à la cérémonie, que l’année précédente, Ferris Boyle a interrompu une expérience importante et que cela a anéanti deux vies. Pour preuve, il donne la VHS qu’il a découverte aux archives de la Gothcorp à la journaliste. Notons au passage que Batman se fiche pas mal de désolidariser des dossiers classés top secret d’une entreprise…

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Un problème avec les archives subtilisées ?

L’épisode se termine, comme très souvent dans la série, dans une cellule de l’Asile d’Arkham où sont emprisonnés tous les pires criminels de Gotham city. On y voit Victor Fries dont la cellule a été entièrement congelée et enneigée pour son confort. En pleurs, il exprime ses regrets et implore sa femme de lui pardonner.

Les archives privées de l’entreprise sont donc clairement au cœur de cet épisode. Elles permettent à Batman de mieux comprendre son adversaire et aux spectateurs que nous sommes d’avoir un peu de compassion pour ce vilain qui congèle tout. Les enregistrements d’expériences scientifiques peuvent être une mine d’informations, aussi bien pour comprendre comment elles ont pu aboutir ou échouer et éviter de reproduire des erreurs. Elles sont également ici une mine de renseignements pour la police et la justice même si ces archives ne sont pas obtenues de manière très légale.

Emilie Rouilly