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Captain Marvel est un film américain réalisé par Anna Boden et Ryan Fleck sorti en 2019. Ce film de super-héros s’inscrit dans l’univers cinématographique Marvel. Le rôle principal est confié à Brie Larson. On retrouve notamment à ses côtés Samuel L. Jackson, Jude Law ou Annette Benning. Le film est un véritable succès au box-office.

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Quelle est l’histoire ?

Vers est une jeune guerrière de la planète Hala, capitale du peuple guerrier des Kree. L’Intelligence Suprême est à la tête de cette civilisation Kree à la technologie d’avant-garde et aux intentions belliqueuses. Les Kree sont en guerre contre les Skrulls, des extraterrestres métamorphes. Lors d’une mission, Vers est capturée par les Skrulls qui fouillent dans sa mémoire et font remonter quelques souvenirs à la surface, notamment ses liens avec la planète Terre et en particulier avec le docteur Wendy Lawson et le projet Pegasus. Vers s’échappe et se retrouve sur Terre. Après une période de confrontation, elle s’allie à Nick Fury, agent du SHIELD pour retrouver des informations sur Wendy Lawson et le projet Pegasus. A l’occasion de ses recherches, Vers retrouvera son identité : elle s’appelle en réalité Carol Danvers, elle est originaire de la Terre et était pilote d’aviation. De nombreuses batailles s’en suivront et ses adversaires ne sont pas forcément ceux qu’on croit.

Et les archives dans tout ça ??

Lorsque ses souvenirs lui reviennent partiellement, Carol part en quête du projet Pegasus et du docteur Wendy Lawson. Aidée de Nick Fury, elle pénètre dans la base militaire qui abrite les secrets du projet Pegasus. Mais où trouver les dossiers de Wendy Lawson dans cette base immense ? Carol repère immédiatement le niveau des archives et y entraîne Fury.

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Stupéfaction : le niveau des Archives est immense, on y voit des rayonnages à perte de vue, magnifiquement ordonnés, les cotes bien indiquées sur chaque travée, un conditionnement parfait, les normes de conservation ont l’air fort bien respectées.

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Tout archiviste rêve d’un dépôt comme celui-ci. Mais, car il y a un mais : aucun archiviste ne semble travailler ici. Carol et Fury pénètrent sans aucun problème dans les Archives, en forçant la porte mais sans qu’aucune alarme ne se déclenche.

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On peut également s’étonner de la facilité avec laquelle Carol se précipite dans la bonne travée et trouve sans aucune difficulté le dossier de Wendy Lawson, sans avoir recours à aucun instrument de recherche ni aucune base de données. A-t-elle un super-pouvoir caché ? Celui de repérer les archives plus vite que son ombre ?

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Toujours est-il que Carol dégote ce dossier qui lui apprend énormément de choses sur la carrière de Lawson, elle trouve même dans le dossier les plans d’un moteur supraluminique, des documents en langue kree qui montrent que Wendy Lawson n’est sans doute pas celle qu’on croyait et des photographies où l’on retrouve Carol ou encore des rapports de mission.

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Quelques cours de paléographie seront sans doute nécessaires !

Ces dossiers sont capitaux pour la suite de l’histoire puisqu’ils permettent à Carol de comprendre ses liens avec le docteur Lawson, de retrouver sa véritable identité mais aussi sa meilleure amie Marie Rambeau.

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Toutefois, il reste quelques mystères puisque certains documents ont été caviardés pour cacher des informations… pas très malin si ce sont des originaux !

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Les Archives sont aussi le théâtre d’une bataille rangée entre les Skrulls, Nick Fury et Carol Danvers. On y trouve donc toutes sortes d’intervenants à l’exception d’un archiviste : aucun d’entre eux n’intervient alors que les dépôts sont ravagés par une baston générale. On y trouve même… un chat (ou un flerken)

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Ainsi, les archives permettent de recouvrer son identité et de comprendre les enjeux du projet Pegasus, de découvrir bien des secrets, bref, de se découvrir soi-même. Tout un programme !

Sonia Dollinger

Joker est un film américain sorti en 2019 réalisé par Todd Philips avec pour acteurs principaux Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Frances Conroy ou Zazie Beetz. Le film est primé dans de nombreux festivals (Lion d’Or à la Mostra de Venise, oscar du meilleur acteur pour Joaquin Phoenix… ).

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Quelle est l’histoire ?

En 1981, Arthur Fleck travaille dans une agence de clowns à Gotham City. Le jeune homme souffre d’un handicap qui lui occasionne des rires nerveux et incontrôlés. Marginalisé, moqué par ses pairs, il se fait agresser par un groupe de jeunes puis renvoyé de son travail. Son seul parent est sa mère malade Penny et ils vivent assez chichement dans un taudis. Une nouvelle fois, Arthur se fait agresser dans le métro et il décide cette fois de ne pas se laisser faire : il tue ses trois agresseurs et sombre peu à peu dans une folie destructrice jusqu’à devenir le Joker.

Et les archives dans tout ça ??

Arthur Fleck cherche à connaître son passé car sa mère lui a révélé un secret qui implique le richissime Thomas Wayne. Pourtant, quand Arthur rentre en contact avec le milliardaire, ce dernier rentre dans une colère folle et indique à Arthur que sa mère est folle et a passé des années internée dans l’asile d’Arkham. Qui a tort ? Qui a raison ? Pour le savoir, direction Arkham.

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Il s’agit ici d’archives médicales et donc soumises à un protocole de consultation très strict. L’employé des archives se présente derrière un grillage, les dossiers les plus récents sont rangés derrière lui et il indique que les dossiers de plus de dix ans se trouvent au sous-sol. Le dossier de Penny Fleck datant d’une trentaine d’années, l’employé est revenu du sous-sol avec. Surprise, si le dossier a l’air un peu ancien, il n’est aucunement poussiéreux, c’est déjà ça et il n’a pas semblé difficile de le retrouver.

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L’employé qui dialogue avec Arthur ne se présente pas comme archiviste, il indique : « je ne suis qu’un employé administratif, un simple agent, je classe de la paperasse. » Toutefois, il semble bien maîtriser les règles de consultation : il ne laisse pas Arthur consulter le dossier lui-même, il lui indique quelques éléments mais, lorsqu’il tombe sur certaines informations, il ajoute : « je ne peux pas communiquer ce genre de dossier là sans le formulaire ad hoc, je pourrais avoir des ennuis« . L’employé conclut en indiquant à Arthur qu’il serait plus simple d’obtenir l’accord de sa mère pour consulter le dossier.

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Hélas, l’employé des archives ne sait pas à qui il s’adresse, frustré de ne pouvoir accéder au dossier, Arthur lui arrache des mains et part en courant avec le dossier sous le bras.

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Se mettant à l’abri, il consulte les données médicales sur sa mère et apprend des choses douloureuses qui ébranlent encore un peu plus son esprit fragile.

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Archives médicales, problématique des délais de communicabilité et gestion douloureuse des informations données par les archives, telles sont les thématiques abordées brièvement mais avec intensité dans ce sombre thriller psychologique.

Sonia Dollinger

The Weatherman est un comic-book scénarisé par Jody Leheup, illustré et encré par Nathan Fox. La couleur est confiée à Dave Stewart. Le titre est édité aux Etats-Unis par Image Comics. The Weatherman sort en France en 2020 chez Urban Comics dans sa gamme Indies.

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Quelle est l’histoire ?

En 2770, les humains n’habitent plus sur Terre car un attentat a rendu notre planète bleue inhabitable après avoir causé la mort de 18 milliards de personnes. Bien qu’ayant refait leur vie, les humains sont encore traumatisés par l’événement, chacun ayant perdu quelqu’un dans cette tragédie. Pourtant, sur Mars, la vie continue et semble même sourire à Nathan Bright, le présentateur météo le plus en vue de la planète. L’homme a tout pour lui, il est riche, célèbre, a une copine formidable. Mais, un jour, tout bascule dans l’horreur. Pour avoir une critique détaillée de ce titre, filez sur Comics have the Power !

Et les archives dans tout ça ??

Les souvenirs de Nathan Bright semblent avoir été effacés et sa personnalité complètement modifiée. Il n’a aucun souvenir de son passé et de qui il a été. Sa personnalité actuelle est fictive et il semble avoir été précédemment un terroriste. Pour comprendre les motivations de ce terroriste et de son groupe et remonter jusqu’à eux, il faut absolument retrouver les souvenirs de Nathan. Bonne nouvelle, le médecin qui a effacé la mémoire de Nathan a conservé des dossiers détaillés et stocke les souvenirs, qu’elle extrait dans des disques durs, conservant ainsi en archives les mémoires effacées. Un seul problème : le médecin a disparu avec ses disques durs, rendant ainsi compliquée la récupération des données. La chasse aux archives numériques commence alors la recherche de la donnée perdue, quête improbable qui n’est pas sans évoquer celle du chercheur en mal d’archives qui a parfois bien du mal à localiser les documents dont il aurait besoin.

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Étonnamment, les archives apparaissent également sous forme de drogue : les gens, traumatisés par les suites de l’attentat et les pertes qu’ils ont subies, font appel à une drogue appelée le Mnemonium ou Nemo, une substance qui permet de vivre des expériences du passé comme si elles se produisaient vraiment, ce qui permet aux individus de se souvenir de leurs proches décédés.

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Mais cette drogue peut aussi avoir des effets négatifs puisqu’elle peut également amplifier les mauvais souvenirs. C’est une sorte de métaphore archivistique : lorsqu’on part en quête du passé, c’est souvent pour retrouver des moments heureux, ses racines mais il arrive parfois qu’on tombe sur des informations qu’on aurait préféré ignorer ou qui rappellent des épisodes difficiles. C’est le risque de la recherche.

Entre course à la donnée numérique et quête du souvenir perdu, The Weatherman donne matière à réflexion.

Sonia Dollinger

Batman Anarky est un titre scénarisé par Brian Buccelato et Francis Manapul. On retrouve Francis Manapul au dessin, accompagné par d’autres dessinateurs : Werther Dell’EderaJorge Fornés et Scott Hepburn. Les couleurs sont assurées par Brian BuccelatoJohn KaliszLee Loughridge et Jon Proctor. Le présent volume reprend Detective Comics annual #3, Detective Comics #30-34 et 37-40 parus en 2014 et 2015 aux Etats-Unis. En France, le récit sort sous le titre Batman Anarky en novembre 2019 chez Urban Comics.

Quelle est l’histoire ?

La ville de Gotham est victime des différents gangs mafieux qui s’affrontent sur fond de trafic de drogue et d’être humains. Batman a fort à faire pour lutter contre les nombreux fléaux qui gangrènent la cité. Alors que la ville est déjà à feu et à sang, un nouveau vilain fait son apparition. Caché sous un masque, Anarky pose sa marque dans toute la ville et s’en prend aux symboles du pouvoir et de l’argent en faisant exploser la tour Wayne et en piratant tous les systèmes informatiques de la ville. Anarky prétend vouloir libérer les habitants de Gotham de leurs chaînes mais que vont-il faire de leur liberté naissante ?

Et les archives dans tout ça ??

Au cours de cette aventure, Batman mène une recherche sur des enfants disparus des années auparavant. Il a fait une découverte morbide : des crânes d’enfants et il tente, à partir de ces fragments humains de retrouver leur identité. Il se sert donc de la base de données des enfants disparus, des archives bien vivantes et hélas fort utile dans ce genre de cas.

Alors qu’une explosion détruit en partie la tour Wayne, le vilain Anarky s’adresse aux habitants de Gotham : il leur montre combien ils sont prisonniers de la vie dans laquelle la société les enferme et, pour les libérer, Anarky a décidé d’effacer toutes les données informatiques de la ville. Ainsi, les fichiers d’empreintes digitales, les données bancaires, les permis de conduire ou les casiers judiciaires n’existent plus. Gotham se réveille sans passé. Comme le dit Anarky :  » ceux que vous étiez n’existent plus ». Chaque citoyen a désormais le choix de sa destinée mais les autorités se trouvent impuissantes et privées de tout moyen d’investigation. C’est le blanc total et plus rien ne peut être contrôlé, les Gothamites tenants du droit à l’oubli ont de quoi se réjouir ! Cet incident démontre la fragilité d’une société reposant sur la gestion entièrement numérique de ses archives courantes car, visiblement, aucun document papier ne semble pouvoir pallier le problème ce qui déstabilise totalement l’organisation de la cité. Aucune sauvegarde ne semble pouvoir être chargée, aucune sécurité n’a fonctionné. On en frissonne, même si on tente de se consoler en se disant que c’est impossible dans la vie réelle, même si le piratage récent de sites de collectivités territoriales a de quoi faire frémir.

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L’effacement de l’ensemble des archives de la ville par Anarky empêche Batman de progresser dans son enquête et d’identifier les enfants disparus : « vous auriez identifié ces pauvres enfants si Anarky n’avait pas effacé toutes les archives du comté ».

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L’action d’Anarky qui souhaite libérer les humains du poids du passé a des conséquences néfastes puisqu’elle provoque la perte de données absolument essentielles. Cet incident démontre bien qu’une société sans archives ne peut fonctionner correctement. Pour faire progresser leur enquête, Batman et le détective Bullock sont dans l’obligation d’avoir recours aux archives papier. Mais, là encore, les failles existent puisque lorsque Bullock tente de consulter un dossier, il s’aperçoit que certaines pièces ont disparu de manière plutôt étrange.

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Tout finira par s’arranger avec l’aide de Batgirl, informaticienne hors pair, qui restaurera les archives numériques de Gotham mais cet épisode anarchique aura laissé quelques traces.

Batman Anarky démontre la fragilité des archives, quel que soit leur support lorsqu’elles sont mal administrées ou mal protégées. Cet épisode montre aussi l’importance stratégique des archives dans l’administration d’une cité. Dommage qu’il faille toujours un drame pour qu’on s’en aperçoive…

Sonia Dollinger

Le-Seigneur-Noir-des-SithS’il est bien une saga qui met en valeur les archives et les archivistes, c’est bien Star Wars. Que ce soit au cinéma avec l’Attaque des Clones ou Rogue One ou dans les adaptations en comics comme Clone Wars et Docteur Aphra, les archives font partie intégrante du récit. Mais, si on peut souvent voir les documents, on aperçoit plus rarement les archivistes comme Jocasta Nu présentée comme un personnage particulièrement revêche dans son apparition cinématographique.

Pourtant, c’est un tout autre visage que Jocasta Nu présente dans le titre que nous allons présenter ici. Dark Vador, le seigneur noir des Sith est un titre scénarisé par Charles Soule et illustré par Giuseppe Camuncoli. C’est le deuxième tome intitulé Les Ténèbres étouffent la lumière qui nous intéresse ici. Le titre est publié en 2018 chez Panini Comics.

L’histoire se déroule juste après les événements du film La revanche des Sith. Anakin Skywalker est devenu Dark Vador mais il n’a pas encore acquis sa légitimité auprès des soldats de l’Empire. Peu à peu, l’Empereur Palpatine lui confie des missions et l’encadrement des troupes ce qui ne se fait pas sans douleur. Dark Vador doit désormais encadrer les Inquisiteurs, d’anciens Jedi qui traquent désormais les Jedi survivants. Lorsque Vador découvre la liste des individus recherchés, un des noms placés en tête de liste l’intrigue : pourquoi la traque d’une archiviste semble-t-elle être si importante pour l’Empereur ?

Et les archives dans tout ça ??

Attention, cette partie risque de vous révéler quelques éléments clefs de l’histoire.

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Dans Les Ténèbres étouffent la lumière, les archives et l’archiviste sont vraiment au cœur du récit. La mission de Dark Vador est de trouver Jocasta Nu, l’ancienne directrice des Archives Jedi. Le seigneur noir des Sith ne semble pas comprendre pourquoi l’Empereur la place en tête de sa liste noire, elle qui n’est pas une guerrière de premier plan. Lorsqu’il questionne son supérieur, Palpatine répond à Vador qu’il traque Jocasta Nu « parce qu’elle sait tout » et qu’elle s’est emparée, au nom de l’Ordre Jedi des secrets du côté lumineux de la Force mais également des secrets appartenant aux Sith.

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On voit donc que l’archiviste est considérée comme une gardienne mais également comme quelqu’un qui détient le savoir, y compris un savoir que certains estiment ne pas devoir lui appartenir. Cela pose la question de la légitimité du lieu de dépôt des archives : l’Ordre Jedi a-t-il le droit de s’arroger la conservation d’archives qui ne concernent pas les Jedi mais les deux aspects de la Force : l’Ombre et la Lumière. Qui décide du lieu de conservation ? Qui décide de leur communication ? Ce comic-book pose donc des questions de fond, tout à fait prégnantes en cette période de revendications de bien culturels tous azimuts.

Le rôle de l’archiviste Jedi a, en apparence, pris fin avec la chute de l’Ordre, massacré par Vador et l’armée des Clones. Pourtant, Jocasta Nu, terrée dans un endroit secret, utilise sa mémoire pour reconstituer les archives désormais sous bonne garde de l’Empire. Aidée d’un assistant, elle grave des holocrons qui contiennent l’essentiel de son savoir, permettant ainsi à de futurs Jedi de pouvoir avoir accès aux archives malgré leur confiscation par le pouvoir en place. La connaissance est donc jugée essentielle, méritant qu’on se batte pour la transmettre, y compris à ceux à qui on en interdit l’accès pour des raisons politiques. L’archiviste joue ici le rôle de passeur, elle est seule à maîtriser le contenu des archives et seule à pouvoir les reconstituer. L’Empereur la traque également car elle dispose d’informations primordiales pour l’avenir, c’est pourquoi il veut absolument mettre la main sur l’archiviste.

seigneur_Sith_archives_1La relation entre le Grand Inquisiteur et Jocasta Nu est aussi très intéressante. L’Inquisiteur se souvient avec amertume de son expérience de consultation aux archives car Jocasta Nu l’a toujours méprisé. Il raconte avec colère qu' »elle ne m’a jamais donné accès total aux archives et lorsqu’elle me permettait de lire un fichier ou deux, elle ne cessait de me surveiller« . Un peu plus loin, l’Inquisiteur précise : « Jocasta Nu estimait que l’éducation devait être réservée aux élites ». Vieux débat qui agite la communauté archivistique depuis des décennies : les archives doivent-elles être accessibles au plus grand nombre ou doit-on privilégier les lecteurs les plus érudits ? Même si les tenants de la première option ont sans doute gagné le terrain, il n’en reste pas moins qu’on a tous entendu des récits d’archivistes revêches ou hautains qui ne donnaient pas envie de franchir la porte d’un service d’Archives. Si Jocasta Nu est une archiviste consciencieuse dans sa mission de conservation, il semble que ses méthodes de communication sont plus obscures et ont conduit le Grand Inquisiteur à devenir aigri et haineux envers les archivistes. Pourtant, plus loin, Jocasta Nu donne la raison de son refus d’accès à certaines archives : « si je t’en ai refusé l’accès, c’est que je ne t’estimais pas prêt ! » Cette réflexion montre ainsi que les archives peuvent être accessibles à tous à la condition d’avoir les clefs de compréhension pour manier les informations qu’elles recèlent. Le fil est mince entre l’accès illimité sans filtre à tous types d’archives et l’interdiction trop stricte… exercice délicat s’il en est qui rappelle des débats autour des archives de Paris qui ont resurgi à l’annonce de la mort de Brigitte seigneur_Sith_archives_4Lainé.

Lorsqu’il pénètre d’ailleurs dans les archives Jedi, l’Inquisiteur indique avoir « attendu ma vie entière pour ça », c’est dire si l’accès aux archives lui tenait à cœur ! Il s’installe dès lors comme un pacha, seul au milieu des archives qu’il balance les unes après les autres dans un geste rageur. C’est d’ailleurs la vision de l’Inquisiteur brutalisant ses documents qui fait sortir Jocasta Nu de ses gonds et la fait repérer par Vador. Elle sait fort bien pourquoi celui-ci veut mettre la main sur elle : « vous voulez connaître mes secrets et ceux des archives. Après tout, elles sont trop vastes pour s’y retrouver sans aide ». Il est en effet étonnant que l’Empire ait fait main basse sur les Archives sans avoir aucun personnel capable de se repérer dans les rayonnages… Dans un dernier geste de désespoir, Jocasta Nu détruit les archives afin d’éviter que l’Empire ne mette la main sur leur contenu. Là encore cela soulève un point délicat : que faut-il faire des archives lorsqu’on sait qu’elles peuvent tomber entre les mains d’oppresseurs impitoyables ?

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Une archiviste, des fois, c’est pas commode !

Ce récit, une véritable bataille au cœur des archives Jedi, permet de se questionner sur le rôle de l’archiviste, ses méthodes de conservation et de communication, son statut de passeur de mémoire. L’archiviste est celui qui donne accès aux archives. Le premier contact que le lecteur a avec les documents passe par sa médiation, il est donc primordial de ne pas le rebuter afin de ne générer de situations de frustration ou de rejet alors que les archives sont susceptibles d’intéresser chacun d’entre nous avec un accompagnement personnalisé.

L’archiviste Jedi ressemble à ses collègues humains, passionnée, exigeante et faillible. Que la Force soit avec nous !

Sonia Dollinger