Articles Tagués ‘Christelle Dabos’

La tempête des Echos est le quatrième et ultime tome de la saga de Christelle Dabos, la Passe-Miroir. Ce volume est sorti en 2019 chez Gallimard jeunesse. Vous pouvez retrouver les trois autres tomes sur Archives et culture pop’.

Quelle est l’histoire ?

Aucune des archives n’est désormais épargnée par les effondrements qui les endeuillent les unes après les autres. Le responsable de ce chaos est l’Autre, celui qui rôde autour d’Ophélie depuis le début. Mais comment le trouver alors qu’on ne sait à quoi il peut bien ressembler ? Ophélie et Thorn sont prêts à tous les sacrifices pour parvenir à sauver les Arches et leurs proches de l’anéantissement. L’enquête va-t-elle aboutir et quelles seront les conséquences de cette quête qui les emmènera au bout d’eux-mêmes ?

Tempete_Echo

Et les archives dans tout ça ??

Comme dans chacun des tomes précédents, les archives sont bien présentes dans la Tempête des Echos. On retrouve ici la figure énigmatique des Généalogistes qui sont le couple le plus puissant des lords de LUX. Ils sont là pour collecter le plus d’informations possibles sur chaque individu sur Babel. S’ils connaissent l’existence de Dieu, leur seul désir est de prendre sa place. Ainsi, ils passent leur temps à fouiner et à commanditer des enquêtes. Les généalogistes indiquent : « nous avons effectué de petites recherches dans de très anciennes archives interdites au public. » Ils ont ainsi mis la main sur des documents confidentiels complètement inconnus et non répertoriés. On voit donc ici comment peuvent être détournées des archives contenant des données capitales au profit de quelques individus : il suffit de ne pas les indexer et d’éviter ainsi de les communiquer au public. Il faut dire que la société babelienne repose sur le secret et cherche à éluder son passé militariste. De ce goût du secret est née une société hypocrite, apparemment stable mais qui repose sur le mensonge. La Passe-Miroir est une parfaite illustration des dégâts provoqués par l’occultation du passé plutôt que son étude sereine, voilà de quoi méditer à l’heure où certaines archives ayant trait à des périodes conflictuelles ne sont toujours pas accessibles dans notre pays.

Dans l’Observatoire, un lieu mystérieux dans lequel ont lieu des expériences très étranges sur certains humains, les archives se trouvent dans les appartements directoriaux qui sont formellement interdits aux visiteurs. Les archives sont ainsi au cœur du pouvoir, là où elles ne peuvent être consultées. La société de Babel est donc une société du secret mais elle ne semble pas s’en porter très bien puisqu’elle s’effondre sur elle-même. Les archives de l’Observatoire sont vastes et réunissent notamment tous les dossiers médicaux des patients traités, dossiers totalement sous clef évidemment, le patient n’ayant pas le moindre accès à son dossier personnel d’autant qu’il n’en connaît même pas l’existence. Ces archives sont d’ailleurs victimes d’une destruction massive par la suite sur ordre des Généalogistes : dossier médicaux : la garde « emportait dans des caisses la vie privée de centaines de patients« . Un exemple qui montre combien les données de la vie privée sont sensibles et leur sort échappe bien souvent à celui ou celle qu’elles concernent au premier chef et qui a rarement son mot à dire sur leur sort final. Cette citation est l’occasion de rappeler que les archives sont bien, aussi austères soient-elles des morceaux de vie, ce qui n’est pas sans importance. On assiste d’ailleurs à la destruction du Mémorial croisé dans le tome précédent et tout archiviste lisant ce passage ne peut que frémir d’effroi en entendant : « le hurlement des collections d’antiquité. L’agonie de la plus grande base de données du monde. D’innombrables heures à cataloguer, classifier, coder, perforer balayées en un instant. » Christelle Dabos met en scène le cauchemar de chaque professionnel du Patrimoine : l’anéantissement dans une catastrophe des archives dont il a la garde, nous rappelant ainsi malgré tout la fragilité de toute production humaine.

C’est donc bien le secret absolu qui mène à l’effondrement dans la saga de la Passe-Miroir, voilà un bon plaidoyer pour l’ouverture des archives.

Sonia Dollinger

Nous voici arrivés à la lecture du troisième volume de la Passe-Miroir de Christelle Dabos. J’ai déjà eu l’occasion de vous dire tout le bien que je pensais de cette série de romans. La Mémoire de Babel, troisième opus de la série nous replonge avec bonheur dans les aventures d’Ophélie et Thorn.

La-memoire-de-BabelOphélie est de retour sur son arche natale, Anima, depuis plus de deux ans. Elle se morfond au milieu des siens. Elle est sans nouvelle de Thorn, son époux après les tragiques événements qui se sont déroulés sur le Pôle. Bien décidée à ne pas rester sans rien faire, Ophélie décide de se rendre sur l’arche de Babel, dépositaire des archives du monde. Pour parvenir à ses fins, Ophélie va devoir changer d’identité et faire preuve d’une volonté sans pareille. L’arche de Babel est, en effet, moins civilisée et moins paisible qu’il n’y parait…

Ce troisième opus continue sur la lancée des précédents, le rythme est toujours aussi intense, le suspense à son comble et les personnages principaux sont plus attachants que jamais. Christelle Dabos élargit son univers et l’on ne peut que s’en féliciter !

Et les archives dans tout ça ??

Vous l’aurez compris à la lecture du résumé ci-dessus, les archives sont au cœur des enjeux de ce volume puisque dès la quatrième de couverture, le lecteur est averti : l’enquête se passera sur Babel, dépositaire des « archives mémorielles du monde », on ne peut être plus clair !

Ophélie est sur Anima sans emploi. Sa mère se désespère et lui demande de se chercher une situation. Le grand-oncle propose alors de la prendre avec lui aux archives ce qui déplaît fortement : « le passé, toujours le passé ! » grommelle la mère d’Ophélie qui n’est pas sans rappeler les réactions d’individus que tout archiviste peut croiser : pourquoi vivre dans le passé ? On s’en fiche de ces vieux trucs etc. On l’a tous entendu ! Pourtant, l’archiviste est ici le symbole de la libre pensée qui s’oppose à la bien-pensance de sa famille, celui qui voit au delà des apparences.

Pourquoi Ophélie se rend-elle sur Babel ? parce que son grand-oncle archiviste lui procure des informations : des photographies anciennes tirées des archives qu’il a eu bien du mal à se procurer car, on le sait depuis le volume précédent, les archives sont verrouillées par les Doyennes qui sont bien conscientes du caractère sensible des documents.

Peu de temps après son arrivée sur Babel, Ophélie se rend au Mémorial qui est une sorte de Bibliothèque, mâtiné d’un service d’archives. On peut consulter les documents du Mémorial mais pas les emprunter et on proclame bien haut que tout est consultable. Toutefois, les archives ont dû subir une épuration car Ophélie note vite : « il n’y avait pas non plus d’archives militaires; à croire que même ici, où était censée reposer la mémoire de l’humanité, il ne subsistait rien des guerres d’autrefois. » Nous sommes ici au cœur d’une problématique que l’archiviste connaît bien : il sait bien que son fonds est loin d’être complet et que le tri a été fait avant le versement des dossiers aux archives ! Bien que source essentielle pour l’Histoire, les archives sont inévitablement incomplètes et elles sont aussi intéressantes pour ce qu’on y trouve… et ce qu’on n’y trouve pas.

L’auteur mentionne plus loin l’existence de maîtres censeurs chargés de faire disparaître les ouvrages et documents jugés compromettants, ce qui n’est pas sans rappeler 1984 de George Orwell. Certains censeurs trop dévoués sont même rappelés à l’ordre car ils sont trop zélés ! Faut-il y voir l’allégorie de l’archiviste qui détruit entre 70 et 80 % de ce qui lui est versé et des divergences entre les archivistes qui jettent allègrement et ceux qui ont davantage de scrupules, réfléchissant aux critères de tri avant de les appliquer sans vergogne ? Toutefois, il existe une trace de ce qui a été détruit « aux archives de la censure », ce qui pourrait s’apparenter à nos bordereaux d’élimination qui permettent de garder une trace des archives détruites et donc une forme de transparence.

Si les archives militaires semblent avoir disparu, ce n’est pas le cas des archives courantes qui sont en cours de classement et submergent les personnels chargés de les ordonner : on parle de « piles d’archives ministérielles » qui semblent assez importantes en volume.

Christelle Dabos évoque aussi brièvement les soucis que peut causer une mauvaise conservation des documents : un registre détérioré ne peut livrer toutes les informations nécessaires à la résolution d’une énigme par exemple.

Archives et bibliothèques sont omniprésents dans le récit et sont essentiels à la progression de l’histoire. L’auteur connaît les problématiques liées à l’archivistique et les insère intelligemment dans son histoire.

La mémoire de Babel passant par les archives, il est conseillé de ne pas passer à côté de cet excellent titre !

Sonia Dollinger

Je vous ai parlé il y a très peu de temps du premier tome de la Passe-Miroir, les fiancés de l’hiver. Christelle Dabos a poursuivi l’aventure avec un deuxième tome sous-titré Les disparus du Clairdelune sur lequel je me suis précipitée. Le troisième tome sort très bientôt pour notre plus grand bonheur.

Passe-MiroirNous continuons donc à suivre les tribulations d’Ophélie, jeune animiste promise au terrible et énigmatique intendant du Pôle, Thorn. Sur le Pôle, Ophélie a bien du mal à trouver sa place au milieu d’une cour déchirée entre différents clans qui cherchent tous à s’attirer les faveurs de Farouk, le dolent mais farouche esprit de Famille. Bien des personnes tentent d’empêcher le mariage de Thorn et Ophélie qui semble contrarier un paquet de monde mais l’heure approche et la famille de la jeune femme débarque sur le Pôle pour assister à la cérémonie. C’est ainsi qu’Ophélie retrouve son grand-oncle archiviste avec lequel elle entretient des liens très profonds.

Ce deuxième volume est tout aussi prenant que le premier et au delà  même de l’intérêt de l’auteure pour l’Histoire et les Archives, la lecture de cette saga vous fera passer un vrai bon moment donc n’hésitez pas plus longtemps avant de vous lancer dans l’aventure.

Et les archives dans tout ça ??

Attention, évidemment si vous n’avez pas lu le premier tome, vous subirez inévitablement quelques spoils si vous poursuivez votre lecture…bref, vous êtes prévenus !

Lorsque la famille d’Ophélie arrive sur le Pôle, la jeune femme est surtout ravie de revoir son grand-oncle archiviste et de « respirer l’odeur de papier ancien imprégné dans ce tricot d’archiviste. » Ah, l’odeur de vieux papiers attachée à l’image de l’archiviste !! Mais avouez, au fond, on l’aime cette odeur là et quand je passe tous les matins dans mes dépôts de fonds patrimoniaux, je ne peux pas m’empêcher de la sentir avec satisfaction, alors pourquoi pas Ophélie ? Ok, quand on reçoit des enfants et qu’ils trouvent que « ça pue », on est un peu vexés mais tant pis, on ne peut pas contenter tout le monde.

Le grand-oncle est assez contrarié et il raconte vite ses déboires à sa nièce : le petit musée dont Ophélie s’occupait sur Anima avant son départ est fermé officiellement pour cause d’inventaire. C’est alors que le grand-oncle lui révèle que les archives ont, elles aussi, été bouleversées à une époque antérieure. L’agencement des archives et des magasins étaient différents : les « archives de l’ancien monde » étaient au deuxième sous-sol. Il s’agissait avant tout de fonds concernant l’administration de guerre qui n’étaient jamais consultés au grand dam de l’archiviste.

On voit ici la conscience professionnelle à l’oeuvre : quel intérêt de conserver des fonds entiers s’ils ne doivent jamais être consultés par personne ? Il faut dire que les archives étaient écrites dans une langue ancienne peu usitée. L’archiviste a donc entrepris de transcrire tous les documents pour pouvoir les livrer au grand public. Si l’exemple est poussé à l’extrême, le rôle de passeur de l’archiviste est ici bien mis en valeur puisqu’il est le lien indispensable entre le document et son lecteur qui permet la compréhension et donc l’étude.

Toutefois, la mise à disposition de ces archives n’est pas du goût des Doyennes qui dirigent Anima. Ces documents reflètent une période qu’elles souhaitent voir oubliée : celle de la guerre qui préluda à la disparition de l’ancien monde. Les archives sont alors déplacées « dans un service spécial prévu à cet effet« . Comble de l’horreur, alors que les documents font route sur un bateau affrété tout spécialement, l’embarcation coule…et les archives avec, comme par hasard. Cette anecdote n’est pas sans rappeler les évacuations catastrophiques des archives en période de guerre qui occasionnent des destructions involontaires mais plus encore les disparitions opportunes de fonds entiers qui peuvent parfois être de nature compromettante. Comment mieux étouffer la vérité qu’en faisant disparaître les archives susceptibles d’en receler une part ?

Cet ouvrage met donc en avant plusieurs problématiques bien connues de la profession : En premier lieu, Les disparus du Clairdelune souligne le rôle de l’archiviste qui est souvent celui d’un passeur entre le document et le chercheur en apportant donc une expertise et donc une véritable valeur ajoutée. L’ouvrage montre également l’enjeu que peuvent receler les informations contenues dans les archives en période de tensions ou lors de changement de régime ce qui peut parfois occasionner des destructions dont l’archiviste ne peut qu’être un spectateur atterré.

Un professionnel à la merci des aléas politiques, fiction ou réalité ?

Sonia Dollinger

Les amis libraires sont des vigies précieuses qui savent vous guider dans la forêt éditoriale. On les aime pour leurs précieux conseils et leur enthousiasme. Les miens ont une qualité supplémentaire, ils savent me trouver des bons récits où la notion d’archives apparaît. C’est le cas de Claire, à qui je rends hommage ici pour toutes les qualités décrites ci-dessus et pour m’avoir mis entre les mains le livre I de La Passe-Miroir : les fiancés de l’hiver.

Passe-miroirCet ouvrage confirme encore s’il en était besoin la richesse de ce qu’on appelle la littérature jeunesse dans laquelle j’aime à puiser allègrement sans me soucier des barrières que pourrait inclure cette classification. La Passe-Miroir est un récit dû à la plume de Christelle Dabos. Née en 1980, la jeune femme se destinait à être bibliothécaire en Belgique lorsque la maladie survient et l’empêche de réaliser ses projets. Fort heureusement, Christelle trouve un moyen de s’évader : l’écriture. Soutenue par une communauté d’auteurs qu’il convient de promouvoir, Plume d’Argent, Christelle Dabos voit son ouvrage publié chez Gallimard jeunesse en 2013.

La Passe-Miroir raconte l’histoire d’Ophélie, une jeune femme qui vit paisiblement sur l’Arche d’Anima – le monde a éclaté et se divise désormais en arches plus ou moins éloignées les unes des autres. Sur Anima, les gens ont des talents qui ont trait au monde de l’écrit ou des objets. Ophélie est elle-même responsable d’un musée car elle sait « lire » le passé des objets avec ses mains mais elle a aussi un autre talent : celui de traverser les miroirs pour se rendre d’un endroit à l’autre. Insouciante, elle mène une vie tranquille jusqu’à ce qu’on décide de la marier à Thorn, représentant du clan des Dragons, qui vit sur une autre arche : le Pôle, un milieu plutôt hostile. Déracinée, Ophélie va devoir apprendre à vivre au milieu des mensonges et des trahisons d’une cour déliquescente sans bien comprendre pourquoi elle a été choisie pour cette union.

En dehors de toute référence aux archives, je vous invite à lire ce livre fort bien écrit, plein de rebondissements et de suspense qui met en scène un personnage principal attachant et un univers foisonnant riche en personnalités et en événements.

Et les archives dans tout ça ??

Les références aux archives sont très présentes puisque le premier chapitre est tout bonnement intitulé « l’archiviste ». Le premier endroit que le lecteur découvre, ce sont les Archives familiales. Sur Anima, les bâtiments et les objets ont une âme et ont donc des humeurs et des réactions assimilables à celles des humains. Étonnement, le bâtiment des archives est toujours de mauvaise humeur et n’aime pas les usagers qui ne respectent pas les heures d’ouverture. Bon en même temps, s’il y a des horaires, c’est pour qu’on les respecte non – comment ça je suis de mauvaise foi ?

Il semble que, comme son nom d’archives familiales l’indique, le bâtiment renferme avant tout des documents d’état-civil puisqu’on passe devant des rayons hébergeant des registres de naissance, décès et dispense de consanguinité. Les archives conservent aussi des récits d’explorations des autres arches et notamment du Pôle où les ancêtres d’Ophélie sont déjà passés et en donnent une description peu engageante et quelque peu énigmatique.

Les conditions de conservation ne sont toutefois pas idéales puisque l’auteure insiste à plusieurs reprises sur le froid qui règne dans le bâtiment et l’existence de chambres froides. Un peu plus loin, notre petit cœur d’archiviste frémit d’horreur en lisant que les archives ont été déposées « sous la voûte froide des caves »….et c’est le drame quand on réveille son conjoint qui dormait à côté en hurlant de désespoir : JAMAIS D’ARCHIVES DANS LES CAVES HUMIDES !!!!!!!!!!! Tout cela empire encore quand on lit qu’il ne règne pas plus de 10 degrés dans la pièce. Les pièces ont au moins l’air d’être ventilée par des courants d’air, on se console comme on peut.

Par contre, la nécessité de garder les archives à l’abri de la lumière semble respectée : on consulte les documents à la lumière de « veilleuses électriques ». La consultation se fait à l’aide de gants propres.

Il existe également des archives soumises à une communication restreinte puisqu’une des pièces est interdite au public et on apprend qu’il s’agit d’une collection privée dont la lecture est réservée aux archivistes. Malgré tout, Ophélie pénètre dans la pièce interdite où la devise des archivistes est gravée : « Artémis – l’esprit de famille des Animistes – nous sommes les gardiens respectueux de ta mémoire« . Ce lieu est décrit comme fascinant : c’est là que sont conservés les documents les plus importants de l’histoire de l’Arche. Notons encore une fois que la lecture de ces archives n’est pas ouverte à tous ce qui souligne leur caractère sensible. Ces documents sont conservés dans des reliquaires, sous des cloches dont on espère qu’elles laissent circuler un peu d’air là aussi, même si on s’inquiète un peu en lisant : « un registre y tombait en décomposition et son encre avait été pâlie par le temps », tu m’étonnes : des archives confinées dans une cave à 10 degrés, on ne fait pas de miracle ! Et c’est sans compter sur la poussière qui, bien évidemment, saupoudre le tout. Fort heureusement, on apprend avec soulagement que la tante d’Ophélie a le talent de de restaurer les documents et les livres et a sauvé « de la décomposition des archives d’une grande valeur historique ». On l’aura compris, elle ne manque visiblement pas de boulot vu les conditions dans lesquelles ces pauvres archives sont conservées.

On tombe ensuite sur l’archiviste qui est, comme on pouvait s’y attendre un « vieil homme avec des cheveux blancs en bataille » muni de tous les accessoires d’un bon archiviste tel que l’imagerie populaire peut le représenter : loupe, gants blancs et chemise froissée, tout y est…sauf une blouse grise. Son état d’esprit est à l’avenant : « à force de manipuler des archives, le vieil homme vivait complètement dans le passé ». Son langage est désuet, il écoute de la musique sur un phonographe et lit des journaux vieux de cinquante ans. Toutefois, l’archiviste est un peu le sage de la famille et la personne à laquelle Ophélie, l’héroïne vient se confier : vieux mais débonnaire et compétent, ça nous change un peu des rabat-joie habituels, même s’il n’a pas l’air de prendre un grand soin de sa personne. Il appartient, comme Ophélie et sa tante à une famille que nous ne renierons pas : « généalogistes, restaurateurs, conservateurs » au service de la mémoire. Associer les différentes facettes de nos métiers complémentaires est plutôt sympa et de les voir marcher main dans la main devrait nous servir d’exemple.

La présentation des archives dans la Passe-Miroir n’échappe pas à quelques clichés : celui du vieil archiviste hors d’âge et celui qui laisse à penser que les archives doivent être conservées dans les lieux les pires pour elles : les caves froides et humides. Toutefois, les Animistes sont présentés comme des gardiens d’une mémoire commune, tâche à laquelle ils se consacrent avec ferveur et compétence.

Un peuple d’archivistes, de généalogistes et de restaurateurs ? On en rêverait presque si la température était plus douce.

Sonia Dollinger