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Les Aventures d’un Grippe-Sou dans la vallée d’Andorre est une pièce de théâtre publiée en 1858 et destinée au théâtre des maisons d’éducations pour l’édification de la jeunesse. L’auteur en est l’Abbé Antoine Laubie (1810-1865), prêtre en Limousin avant de devenir principal du collège de Villefranche-de-Rouergue (Aveyron). Il est à l’origine d’une dizaine de pièces de théâtre. L’œuvre décrite dans ce billet est disponible en version numérisée sur le site Gallica.

Couverture

Quelle est l’histoire ?

Nous suivons l’histoire de Grippe-Sou, concierge du Palais présidentiel d’Andorre, connu pour être d’une avarice illimitée, comme son subtil nom l’indique. Alors qu’il fait visiter le palais à un touriste anglais du nom de Lysander Brown, il doit faire face à l’arrivée du nouveau viguier, représentant de la France en Andorre, ce qui ne va pas aller sans poser quelques soucis …

Et les archives dans tout ça ??

Lysander Brown, le touriste anglais, indique qu’il est en voyage pour découvrir les Pyrénées et la pittoresque république andorrane. Le palais étant presque vide en raison de congés, Grippe-sou ne se fait pas prier et accepte une petite pièce pour faire visiter le château et « l’ermoire de fer » (entendez ici l’armoire de fer contenant les titres les plus précieux de la République).

A première vue, rien de surprenant ! Bien que le tourisme ait d’autres formes et proportions au XIXe siècle, visiter un château et voir les Archives nationales sont des pratiques aujourd’hui répandues. Grippe-sou abreuve alors le touriste de moultes anecdotes avant d’arriver aux archives qu’il décrit ainsi :

«  Arxivas las escripturas de Andorra. C’est la salle des archives. Nous conservons là, dans une armoire de fer, les documents les plus précieux, véritable trésor pour l’antiquaire et le paléographe. Là vous trouveriez de vieux parchemins qui, tout en établissant la liberté Andorrane, peuvent jeter le plus grand jour sur l’histoire du Moyen-Âge. »

Lysander Brown demande donc à voir les titres, ce que Grippe-Sou refuse dans un premier temps. Mister Brown est offusqué, s’insurge car il a payé d’avance. Grippe-Sou indique que son gouvernement interdit que tout étranger entrât dans cette pièce sous peine de châtiment. Après insistance, il se laisse corrompre par le touriste anglais.

C’est là que les malheurs commencent. En effet, Don Miguel le notaire archiviste, ainsi que Calvo Y Soum, le président andorran se présentent et demandent au concierge l’ouverture de la salle des archives. Le Viguier, représentant de la France en Andorre vient d’arriver et il faut donc entériner officiellement sa prise de fonction. Mais le touriste est toujours dans la salle d’archives. Grippe-sou fait une crise d’angoisse et passe pour fou. Après qu’il se soit calmé, il ouvre la porte de la salle, Lysander Brown n’est plus là. Grippe-Sou est soulagé et se prépare à l’accueil du Viguier. Et là coup de théâtre ! Lysander Brown revient et demande au Président et au notaire-archiviste de retourner dans la salle archives ! Grippe-Sou, accusé par le touriste nie évidemment toute implication et là deuxième coup de théâtre : Lysander Brown n’est pas anglais ! Il s’agit du nouveau Viguier français qui, ayant entendu parler des malversations du concierge, a souhaité le mettre à l’épreuve. Grippe-Sou a évidemment échoué et est condamné sur le champ : ses biens sont confisqués et il est envoyé en exil ! Rien que ça.

Au cœur des aventures de ce Grippe-Sou, les archives andorranes représentent ici deux choses :

  • Les archives sont le fondement de la légalité et à ce titre leur sécurité est synonyme de sécurité pour la Nation. Il s’agissait là d’un piège, mais la situation aurait pu être moins positive et déboucher sur une destruction, un vol ou encore une falsification. Le châtiment de Grippe-Sou est très important d’ailleurs, même s’il faut rappeler que nous sommes dans une œuvre d’édification pour la jeunesse.
  • Les archives apparaissent aussi comme un objet patrimonial, digne d’être montré, d’être vu et donc objectif de visite. Cette tendance existante au XIXe siècle et qui s’est largement développée au XXe siècle, est aujourd’hui une évidence pour toutes les institutions qui conservent des archives. Ce positionnement peut entrer en contradiction avec la première représentation, cette pièce de théâtre en est l’exemple parfait.

Marc Scaglione