Halo_1Halo est une série de jeux-vidéos dont le premier opus Halo : Combat Evolved est sorti en 2001. Fer de lance de la nouvelle console Xbox, il proposait d’incarner le Spartan John-117, alias le Major, super-soldat dans un combat contre les ennemis de l’humanité au XXVIème siècle : un groupement de races extraterrestres nommé les Covenants et le Parasite.

Ce jeu connut un tel succès qu’il lança une franchise décliné en des suites et spin-offs vidéo-ludiques, des BD, des romans, une web-série et une anthologie de courts-métrages d’animation, développant l’univers de manière assez riche. Les événements qui nous intéressent prennent place à la suite du jeu Halo 4 et est développé dans le contenu additionnel Halo 4 : Spartan Ops et la série de comics, dénommée Halo : Escalation, publiée chez Dark Horse Comics et inédite en français.

Quelle est l’histoire ?

La guerre est terminée. Le Parasite est vaincu et l’humanité est en paix avec les Covenants, qui opèrent une révolution au sein de leur alliance.

Un nouveau danger émerge. Un ancien dirigeant forerunner (race éteinte dominant autrefois la galaxie), responsable de la caste des combattants, dénommé le Didacte se réveille après un sommeil de 100 000 ans. Son objectif : finir son travail et détruire l’humanité. Les humains seront alors aidés dans leur combat par une IA, copie de la mémoire de l’ancienne épouse du Didacte, la Bibliothécaire. Cette dernière considère les humains comme les futurs maîtres de la galaxie, les seuls propres à reprendre le flambeau des Forerunners.

Et les archives dans tout ça ?

Les Archives Absolues sont un lieu où sont recensées l’intégralité des technologies forerunners et leur emplacement à travers la galaxie. L’enjeu est grand et oppose l’équipage de l’UNSC Infinity au groupe covenant dirigé par Jul M’Dama, autoproclamé « Main du Didacte », qui cherche à s’approprier les artefacts de ceux qu’ils considèrent comme des dieux.

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Un aperçu des informations contenues dans les archives

La personne qui révèle l’existence de ces archives est la Bibliothécaire. On pourrait dire qu’il y a encore une fois confusion des genres entre bibliothèque et archives. Il n’en est rien. Premièrement parce que la Bibliothécaire n’est pas la gardienne des archives. Deuxièmement parce qu’elle a hérité ce surnom de l’époque de ces études universitaires.

Pour en revenir aux Archives Absolues, on les voit assez peu. Il s’agit plus ici de suivre la quête qui y mène. On a un petit aperçu de son contenu lorsque la Bibliothécaire donne la clef qui y permet d’accéder à Catherine Halsey.

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La bibliothécaire donne la clef de Janus à Catherine Halsey

Le Docteur Catherine Halsey est l’exemple même du chercheur sans scrupules, prête à tout pour atteindre ses objectifs et étancher sa soif de savoir. Créatrice du programme Spartan et donc de John-117, elle est désormais considérée comme une criminelle de guerre. Elle finira par s’échapper, trahir l’humanité en s’alliant avec les Covenants pour accéder aux Archives. L’exemple même de la chercheuse pleine de morgue et hautaine qui croit que tout lui est dû…un modèle qu’on croise parfois aux archives..

Halo_4La clef pour accéder aux Archives est dénommé « Clef de Janus » et est divisée en deux parties.

Cette division est d’abord un impératif de sécurité. En effet, les informations contenues dans les Archives ne doivent pas tomber entre de mauvaises mains. Mais surtout la dualité, évoquée par le nom de Janus, rappelle les différentes perceptions du monde et les possibilités d’utilisation de ces archives : une utilisation agressive et militariste dans un but de domination, tel que vu par le Didacte ou un outil d’évolution de l’espèce humaine tel que proposé par la Bibliothécaire. Le savoir n’est pas neutre et dépend avant tout de son usage.

Après différents combats, l’accès aux Archives est finalement ouvert mais les opposants doivent faire face à un gardien. Considérant que posséder la clef n’est pas un gage suffisant, il soumet les deux groupes à un test pour savoir qui doit pénétrer les lieux. Encore une fois, la sécurité prime au regard de l’importance du savoir à protéger.

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le test va commencer !

Mais le test tourne court, après que le Dr Halsey a piraté le Gardien. S’ensuit une bataille qui détruit les Archives.

Les Archives incarnent ici tous les aspects complexes du savoir et de ces conséquences : objet d’une quête effrénée, utilisé pour la guerre ou la paix, objet de tous les sacrifices pour les uns, dangers pour les autres.

Marc Scaglione

EsperluetteSéries, livres, films, jeux vidéo et maintenant musique, les archives sont partout, traces de notre passé et de notre histoire, bien ancrées dans le présent et sa contemporanéité. Elles sont là où on ne les attend pas, au détour d’une scène, d’un paragraphe ou d’une mélodie.

Le dernier album de Julien Doré, intitulé sobrement & (Esperluette) est un voyage à travers ce que le chanteur a à offrir de plus beau en matière de textes et de mélodies. Du magnifique Sublime & Silence à l’exotique Coco Câline, cet album profond et empli de spleen est certainement le plus touchant et le plus sincère qu’ait écrit l’artiste dans sa carrière.

Et en conclusion de cet opus, vient la chanson De mes sombres archives qui s’inscrit dans la lignée du reste de l’album, mélancolique et nostalgique. En voici les paroles :

Attends mon cygne
Que le lac nous échappe
Que le lac nous échappe
Pris dans les lignes
De mes sombres archives
De mes sombres archives

Regarde mon cygne
C’est les hommes qui se targuent
D’être l’ange et l’acide
Lis dans les lignes
De leur langue nocive
De leur langue nocive

Attends mon cygne
Que l’un d’eux te regarde
Que l’un d’eux te regarde
Pour prendre la cime
De tes ailes lascives
De tes ailes passives

Le vent se charge
De ces hommes qui affirment
Être l’ange et l’acide

Pris dans les cages
De leurs ombres massives
De leurs ombres massives

Le vent se calme
Sous les palmes des cygnes
Sous les palmes des cygnes
Les ombres du lac
Ont de sombres archives
Ont de sombres archives

Attends mon cygne
Que le lac nous échappe
Que le lac nous échappe
Pris dans les lignes
De mes sombres archives
De mes sombres archives

Attends mon cygne
Que le lac nous échappe
Que le lac nous échappe
Pris dans les lignes
De mes sombres archives
De mes sombres archives

L’interprétation faite de ce texte n’est que mon ressenti et n’est en aucun cas (du moins je pense et si c’est le cas c’est une coïncidence) l’interprétation qu’a voulu en faire Julien Doré. La chanson parle sans doute de la mort, de ce qu’on laisse de notre passage sur Terre après notre décès et les archives sont ici, pour le coup, traduites comme la trace de ce qui reste d’une personne.

Justine Remandet

Je vous ai parlé il y a très peu de temps du premier tome de la Passe-Miroir, les fiancés de l’hiver. Christelle Dabos a poursuivi l’aventure avec un deuxième tome sous-titré Les disparus du Clairdelune sur lequel je me suis précipitée. Le troisième tome sort très bientôt pour notre plus grand bonheur.

Nous continuons donc à suivre les tribulations d’Ophélie, jeune animiste promise au terrible et énigmatique intendant du Pôle, Thorn. Sur le Pôle, Ophélie a bien du mal à trouver sa place au milieu d’une cour déchirée entre différents clans qui cherchent tous à s’attirer les faveurs de Farouk, le dolent mais farouche esprit de Famille. Bien des personnes tentent d’empêcher le mariage de Thorn et Ophélie qui semble contrarier un paquet de monde mais l’heure approche et la famille de la jeune femme débarque sur le Pôle pour assister à la cérémonie. C’est ainsi qu’Ophélie retrouve son grand-oncle archiviste avec lequel elle entretient des liens très profonds.

Ce deuxième volume est tout aussi prenant que le premier et au delà  même de l’intérêt de l’auteure pour l’Histoire et les Archives, la lecture de cette saga vous fera passer un vrai bon moment donc n’hésitez pas plus longtemps avant de vous lancer dans l’aventure.

Et les archives dans tout ça ??

Attention, évidemment si vous n’avez pas lu le premier tome, vous subirez inévitablement quelques spoils si vous poursuivez votre lecture…bref, vous êtes prévenus !

Lorsque la famille d’Ophélie arrive sur le Pôle, la jeune femme est surtout ravie de revoir son grand-oncle archiviste et de « respirer l’odeur de papier ancien imprégné dans ce tricot d’archiviste. » Ah, l’odeur de vieux papiers attachée à l’image de l’archiviste !! Mais avouez, au fond, on l’aime cette odeur là et quand je passe tous les matins dans mes dépôts de fonds patrimoniaux, je ne peux pas m’empêcher de la sentir avec satisfaction, alors pourquoi pas Ophélie ? Ok, quand on reçoit des enfants et qu’ils trouvent que « ça pue », on est un peu vexés mais tant pis, on ne peut pas contenter tout le monde.

Le grand-oncle est assez contrarié et il raconte vite ses déboires à sa nièce : le petit musée dont Ophélie s’occupait sur Anima avant son départ est fermé officiellement pour cause d’inventaire. C’est alors que le grand-oncle lui révèle que les archives ont, elles aussi, été bouleversées à une époque antérieure. L’agencement des archives et des magasins étaient différents : les « archives de l’ancien monde » étaient au deuxième sous-sol. Il s’agissait avant tout de fonds concernant l’administration de guerre qui n’étaient jamais consultés au grand dam de l’archiviste.

On voit ici la conscience professionnelle à l’oeuvre : quel intérêt de conserver des fonds entiers s’ils ne doivent jamais être consultés par personne ? Il faut dire que les archives étaient écrites dans une langue ancienne peu usitée. L’archiviste a donc entrepris de transcrire tous les documents pour pouvoir les livrer au grand public. Si l’exemple est poussé à l’extrême, le rôle de passeur de l’archiviste est ici bien mis en valeur puisqu’il est le lien indispensable entre le document et son lecteur qui permet la compréhension et donc l’étude.

Toutefois, la mise à disposition de ces archives n’est pas du goût des Doyennes qui dirigent Anima. Ces documents reflètent une période qu’elles souhaitent voir oubliée : celle de la guerre qui préluda à la disparition de l’ancien monde. Les archives sont alors déplacées « dans un service spécial prévu à cet effet« . Comble de l’horreur, alors que les documents font route sur un bateau affrété tout spécialement, l’embarcation coule…et les archives avec, comme par hasard. Cette anecdote n’est pas sans rappeler les évacuations catastrophiques des archives en période de guerre qui occasionnent des destructions involontaires mais plus encore les disparitions opportunes de fonds entiers qui peuvent parfois être de nature compromettante. Comment mieux étouffer la vérité qu’en faisant disparaître les archives susceptibles d’en receler une part ?

Cet ouvrage met donc en avant plusieurs problématiques bien connues de la profession : En premier lieu, Les disparus du Clairdelune souligne le rôle de l’archiviste qui est souvent celui d’un passeur entre le document et le chercheur en apportant donc une expertise et donc une véritable valeur ajoutée. L’ouvrage montre également l’enjeu que peuvent receler les informations contenues dans les archives en période de tensions ou lors de changement de régime ce qui peut parfois occasionner des destructions dont l’archiviste ne peut qu’être un spectateur atterré.

Un professionnel à la merci des aléas politiques, fiction ou réalité ?

Sonia Dollinger

Les habitués du blog ont déjà noté ma forte propension à regarder n’importe quel film d’horreur me passant sous le nez. Par une après-midi pluvieuse, pourquoi ne pas en tester un ? Allez, c’est parti pour Mama, un film hispano-canadien sorti en 2013 co-scénarisé par Neil Cross, Andrés et Barbara Muschietti. C’est également Andrés Muschietti qui assure la réalisation de ce long métrage. Le film a été primé au festival de Gérardmer.

Mama_1Le début du scénario n’est pas très clair : un homme tue sa femme et s’enfuit de la maison familiale avec ses deux filles Victoria, trois ans et Lili, un an. Le père de famille conduit trop vite et évidemment, il a un accident, erre dans la forêt, trouve une cabane déserte un peu étrange. Au moment où il décide de tuer ses filles – mais alors pourquoi ne pas le faire dans la maison au lieu de s’enfuir….mystère – une entité l’en empêche en le déchiquetant.

Les petites filles retournées à un état semi-sauvage sont retrouvées dans la cabane cinq ans plus tard et sont confiées à leur oncle Lucas et sa compagne Annabel sous l’égide d’un psychiatre, le docteur Dreyfuss. Des événements étranges se multiplient, les fillettes étant en fait accompagnées par l’entité qui les a sauvées et qu’elles appellent Mama. Autant vous dire que ce fantôme n’est pas hyper sympa…

Et les archives dans tout ça ??

C’est le psychiatre des deux fillettes, le docteur Dreyfuss qui a recours aux archives à deux reprises. En effet, lors des séances d’hypnose avec Victoria, la plus grande des deux enfants, le docteur apprend l’existence de « Mama », une entité mystérieuse qui est en réalité le fantôme d’une femme qui s’est suicidée avec son bébé d’après les dires de Victoria.

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Voici donc notre brave médecin se rendant aux archives de Clifton Forge où il rencontre Louise, l’archiviste, une femme d’un âge mûr affublée d’un pull over…un peu passé de mode il faut bien le reconnaître. Pour autant, Louise échappe à la plupart des clichés : elle est accueillante avec son usager, se plie en quatre pour le renseigner et connaît plutôt bien ses fonds. Elle pousse même la conscience professionnelle en rappelant l’usager chez lui en soirée pour lui demander de repasser aux archives car elle a pu faire une trouvaille intéressante.

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La salle de lecture des archives est assez petite mais il y a peu de lumière naturelle et les tables sont équipées de petites lampes pour permettre aux lecteurs de compulser les documents sans s’arracher les yeux. La salle de lecture jouxte les magasins qu’on aperçoit en arrière-plan et il ne semble pas y avoir de porte séparant les deux ce qui montre une petite faille dans la sécurité puisque les lecteurs pourraient être tentés d’y faire un tour sans la présence de l’archiviste.

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Lors de son second passage aux archives, le docteur Dreyfuss pénètre dans ces fameux magasins et je dois dire que je tombe des nues : la ville où se trouvent les archives ne semblent pas très grande mais les dépôts sont immenses : on voit des archives s’étaler du sol au plafond, on se demande d’ailleurs au passage comment les archivistes font pour aller chercher les dossiers qui se trouvent tout au dessus, en tous les cas, ce serait sans moi, j’ai le vertige !

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Plus étrange, Louise, notre archiviste au pull décoré par une tête de loup, semble trouver cela normal en disant que toutes les archives ont des salles comme celles-ci « remplies d’objets oubliés », en l’occurrence de morceaux de corps humains qui ont été récupérés dans un ancien cimetière. Alors, rétablissons tout de suite les choses : non, toutes les archives ne sont pas dotées d’un immense magasin rempli d’ossements des cimetières disparus et même si dans une série Obj, il nous arrive de retrouver quelques reliques, nous n’abritons pas, à ma connaissance, tous les ossements des habitants de la ville.

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Enfin, dernière étrangeté, Louise embarque une petite boîte qui se trouve donc dans ce fameux dépôt et la donne au docteur Dreyfuss qui l’embarque chez lui. Ok Louise, ce sont des ossements dont tu es pressée de te débarrasser mais les archives publiques ne sont-elles pas inaliénables ?

Allez, on lui pardonne à notre archiviste : grâce à elle, tout se passe un peu moins mal que prévu dans ce film mais pour en juger, il vous faudra le visionner.

Sonia Dollinger

Les amis libraires sont des vigies précieuses qui savent vous guider dans la forêt éditoriale. On les aime pour leurs précieux conseils et leur enthousiasme. Les miens ont une qualité supplémentaire, ils savent me trouver des bons récits où la notion d’archives apparaît. C’est le cas de Claire, à qui je rends hommage ici pour toutes les qualités décrites ci-dessus et pour m’avoir mis entre les mains le livre I de La Passe-Miroir : les fiancés de l’hiver.

Passe-miroirCet ouvrage confirme encore s’il en était besoin la richesse de ce qu’on appelle la littérature jeunesse dans laquelle j’aime à puiser allègrement sans me soucier des barrières que pourrait inclure cette classification. La Passe-Miroir est un récit dû à la plume de Christelle Dabos. Née en 1980, la jeune femme se destinait à être bibliothécaire en Belgique lorsque la maladie survient et l’empêche de réaliser ses projets. Fort heureusement, Christelle trouve un moyen de s’évader : l’écriture. Soutenue par une communauté d’auteurs qu’il convient de promouvoir, Plume d’Argent, Christelle Dabos voit son ouvrage publié chez Gallimard jeunesse en 2013.

La Passe-Miroir raconte l’histoire d’Ophélie, une jeune femme qui vit paisiblement sur l’Arche d’Anima – le monde a éclaté et se divise désormais en arches plus ou moins éloignées les unes des autres. Sur Anima, les gens ont des talents qui ont trait au monde de l’écrit ou des objets. Ophélie est elle-même responsable d’un musée car elle sait « lire » le passé des objets avec ses mains mais elle a aussi un autre talent : celui de traverser les miroirs pour se rendre d’un endroit à l’autre. Insouciante, elle mène une vie tranquille jusqu’à ce qu’on décide de la marier à Thorn, représentant du clan des Dragons, qui vit sur une autre arche : le Pôle, un milieu plutôt hostile. Déracinée, Ophélie va devoir apprendre à vivre au milieu des mensonges et des trahisons d’une cour déliquescente sans bien comprendre pourquoi elle a été choisie pour cette union.

En dehors de toute référence aux archives, je vous invite à lire ce livre fort bien écrit, plein de rebondissements et de suspense qui met en scène un personnage principal attachant et un univers foisonnant riche en personnalités et en événements.

Et les archives dans tout ça ??

Les références aux archives sont très présentes puisque le premier chapitre est tout bonnement intitulé « l’archiviste ». Le premier endroit que le lecteur découvre, ce sont les Archives familiales. Sur Anima, les bâtiments et les objets ont une âme et ont donc des humeurs et des réactions assimilables à celles des humains. Étonnement, le bâtiment des archives est toujours de mauvaise humeur et n’aime pas les usagers qui ne respectent pas les heures d’ouverture. Bon en même temps, s’il y a des horaires, c’est pour qu’on les respecte non – comment ça je suis de mauvaise foi ?

Il semble que, comme son nom d’archives familiales l’indique, le bâtiment renferme avant tout des documents d’état-civil puisqu’on passe devant des rayons hébergeant des registres de naissance, décès et dispense de consanguinité. Les archives conservent aussi des récits d’explorations des autres arches et notamment du Pôle où les ancêtres d’Ophélie sont déjà passés et en donnent une description peu engageante et quelque peu énigmatique.

Les conditions de conservation ne sont toutefois pas idéales puisque l’auteure insiste à plusieurs reprises sur le froid qui règne dans le bâtiment et l’existence de chambres froides. Un peu plus loin, notre petit cœur d’archiviste frémit d’horreur en lisant que les archives ont été déposées « sous la voûte froide des caves »….et c’est le drame quand on réveille son conjoint qui dormait à côté en hurlant de désespoir : JAMAIS D’ARCHIVES DANS LES CAVES HUMIDES !!!!!!!!!!! Tout cela empire encore quand on lit qu’il ne règne pas plus de 10 degrés dans la pièce. Les pièces ont au moins l’air d’être ventilée par des courants d’air, on se console comme on peut.

Par contre, la nécessité de garder les archives à l’abri de la lumière semble respectée : on consulte les documents à la lumière de « veilleuses électriques ». La consultation se fait à l’aide de gants propres.

Il existe également des archives soumises à une communication restreinte puisqu’une des pièces est interdite au public et on apprend qu’il s’agit d’une collection privée dont la lecture est réservée aux archivistes. Malgré tout, Ophélie pénètre dans la pièce interdite où la devise des archivistes est gravée : « Artémis – l’esprit de famille des Animistes – nous sommes les gardiens respectueux de ta mémoire« . Ce lieu est décrit comme fascinant : c’est là que sont conservés les documents les plus importants de l’histoire de l’Arche. Notons encore une fois que la lecture de ces archives n’est pas ouverte à tous ce qui souligne leur caractère sensible. Ces documents sont conservés dans des reliquaires, sous des cloches dont on espère qu’elles laissent circuler un peu d’air là aussi, même si on s’inquiète un peu en lisant : « un registre y tombait en décomposition et son encre avait été pâlie par le temps », tu m’étonnes : des archives confinées dans une cave à 10 degrés, on ne fait pas de miracle ! Et c’est sans compter sur la poussière qui, bien évidemment, saupoudre le tout. Fort heureusement, on apprend avec soulagement que la tante d’Ophélie a le talent de de restaurer les documents et les livres et a sauvé « de la décomposition des archives d’une grande valeur historique ». On l’aura compris, elle ne manque visiblement pas de boulot vu les conditions dans lesquelles ces pauvres archives sont conservées.

On tombe ensuite sur l’archiviste qui est, comme on pouvait s’y attendre un « vieil homme avec des cheveux blancs en bataille » muni de tous les accessoires d’un bon archiviste tel que l’imagerie populaire peut le représenter : loupe, gants blancs et chemise froissée, tout y est…sauf une blouse grise. Son état d’esprit est à l’avenant : « à force de manipuler des archives, le vieil homme vivait complètement dans le passé ». Son langage est désuet, il écoute de la musique sur un phonographe et lit des journaux vieux de cinquante ans. Toutefois, l’archiviste est un peu le sage de la famille et la personne à laquelle Ophélie, l’héroïne vient se confier : vieux mais débonnaire et compétent, ça nous change un peu des rabat-joie habituels, même s’il n’a pas l’air de prendre un grand soin de sa personne. Il appartient, comme Ophélie et sa tante à une famille que nous ne renierons pas : « généalogistes, restaurateurs, conservateurs » au service de la mémoire. Associer les différentes facettes de nos métiers complémentaires est plutôt sympa et de les voir marcher main dans la main devrait nous servir d’exemple.

La présentation des archives dans la Passe-Miroir n’échappe pas à quelques clichés : celui du vieil archiviste hors d’âge et celui qui laisse à penser que les archives doivent être conservées dans les lieux les pires pour elles : les caves froides et humides. Toutefois, les Animistes sont présentés comme des gardiens d’une mémoire commune, tâche à laquelle ils se consacrent avec ferveur et compétence.

Un peuple d’archivistes, de généalogistes et de restaurateurs ? On en rêverait presque si la température était plus douce.

Sonia Dollinger