Archives de la catégorie ‘BD, comics, manga’

Doctor Who est une série télévisée britannique créée en 1963, puis après un arrêt en 1989, est relancée en 2005 dans la continuité de la première. C’est par cette seconde série, diffusée alors sur France 4 que les Français font la connaissance du héros, un extraterrestre de la race des Seigneurs du Temps, voyageant au bord de son vaisseau, le TARDIS, camouflé en cabine d’appel de la police, à travers l’espace et le temps dans l’univers. La caractéristique du Docteur étant qu’il peut à sa mort se régénérer en une nouvelle forme avec un nouveau caractère et de nouveaux goûts, sans pour autant perdre sa mémoire. Il existe de nombreux produits dérivés, notamment des comics. Ainsi l’éditeur français, French Eyes, a traduit et édité en français onze comics entre 2011 et 2014 avec pour héros le Docteur n°10 (David Tennant) et le Docteur n°11 (Matt Smith). Nous nous intéressons ici au tome 3, intitulé « A travers le temps et l’espace », qui est un recueil, incluant une histoire qui s’intitule « La guerre de sang-froid ».

Quelle est l’histoire ?

L’Empire de Draconia est en crise. Les maisons royales qui composent l’élite se déchirent à propos de l’intronisation du nouvel empereur, une femme, ce qui scandalise cette société patriarcale. La guerre civile est proche. Dans le même temps, le Docteur n°10 (David Tennant) propose à Donna, la compagne humaine qui partage ses tribulations, d’assister à un opéra sur Cononsis Minor, un endroit tellement sélectif qu’il faut des décennies voire des siècles pour avoir une place. Evidemment, ils vont atterrir en pleine capitale draconienne….

Et les archives dans tout ça ??

Pour éviter la guerre civile, les maisons royales font appel à la Fédération pour une conciliation. L’histoire débute dans le vaisseau qui transporte les Délégués de la Fédération. L’un d’eux sort son argument massue pour faire accepter la nouvelle impératrice et éviter la guerre civile : l’histoire draconienne ! Mais il est bon et facile d’invoquer l’histoire sans preuves, le Délégué a donc amené des archives appuyant son propos. Ainsi déclare-t-il :

« Ce genre de négociations n’est jamais facile à mener, surtout quand les conventions culturelles sont en jeu. Néanmoins, je pense que les documents des archives draconiennes, donnés par la Terre à la fin de la Première Grande Guerre spatiale, que j’ai en ma possession, pourront nous être utiles.

Voyez-vous les documents qui nous ont été confiés sont des enregistrements de Draconia qui datent de l’époque tribale d’il y a cinq cents ans. Ils montrent bien qu’historiquement, les femmes avaient autant de pouvoir que les hommes…Ce n’est que depuis le début de l’ère industrielle que les femmes ont été réduites au silence »

Hélas, la faction extrémiste draconienne détruit le vaisseau de la délégation, les archives disparaissant alors.

Cet extrait court est cependant assez riche. D’abord, il nous rappelle que les biais d’interprétation sont importants dans le domaine de la science et on interprète trop souvent le monde d’autrefois comme un décalque du monde d’aujourd’hui. Ainsi on retravaille aujourd’hui sur la place de la femme dans les sociétés préhistoriques, interprétée systématiquement comme des sociétés patriarcales. Les archives peuvent véhiculer ces biais mais aussi démontrer le contraire. C’est le travail de tout historien d’analyser et de faire la part des choses.

Enfin, cet extrait montre bien le lien particulier entre guerre et archives. En effet, les archives draconiennes sont en possession de la Terre après une guerre. Les informations sont un nerf crucial de la guerre, s’agit-il ici donc d’un vol d’information ? Ou d’un pillage ? Des situations bien connues dans notre histoire, depuis deux siècles, comme le pillage des archives par Napoléon1 ou les fonds Moscou2. Les archives n’ont pourtant pas toujours cette « chance » et parfois elles ne survivent pas à la guerre…

1 Lire Les archives du monde, Quand Napoléon confisqua l’histoire de Maria Pia Donato, éditions PUF, 2020

2 Les fonds Moscou sont les surnoms donnés au fonds d’archives français, pillés par les Allemands, puis récupérés par les Soviétiques lors de la prise de Berlin et restitués à la France après la chute de l’URSS.

Marc Scaglione

Nous allons nous concentrer sur La Marque jaune, le plus grand succès des aventures de Blake et Mortimer mais également de leur auteur, Edgar P. Jacobs. Cette aventure fut publiée planche par planche dans le journal de Tintin entre 1953 et 1954 tandis que l’album date de 1956.
Vous aurez sans doute reconnu la couverture puisque celle-ci a dépassé le cercle de la bande dessinée. Elle a été de nombreuses fois copiée et parodiée et est une véritable icône de la bande dessinée belge et de la bande dessinée en général.


Le M que l’on voit sur le mur est la signature de la Marque jaune ; il est inspiré du signe que porte M le maudit, un personnage du réalisateur allemand Fritz Lang. Jacobs avoue avoir été influencé par ce dernier et on le verra une nouvelle fois dans la Marque jaune puisque l’un des personnages, le docteur Septimus, est inspiré du docteur Mabuse. Cet album trahit également la passion de Jacobs pour l’opéra, son premier amour, tant par le scénario que par les personnages.
L’aventure se déroule à Londres, à un moment où la ville est frappée par les actions de la Marque jaune. A son actif : raid contre la banque d’Angleterre, vol à la National Gallery et même le vol de la couronne royale à la tour de Londres au tout début de l’album.
Au fur et à mesure, elle va même jusqu’à prévenir Scotland Yard de ses futures actions, ridiculisant ainsi les services de police impuissants.
Les autorités réagissent en détachant le Capitaine Francis Blake du MI5 auprès de Scotland Yard. Comme à l’accoutumée, celui-ci met dans la boucle son meilleur ami, le professeur Philip Mortimer. Ce dernier étant scientifique, Blake pense qu’il peut l’aider compte tenu des pouvoirs surnaturels que semble posséder l’homme qui se cache derrière la Marque jaune.

Suite à l’arrivée de Blake aux commandes, la Marque jaune change brutalement ses habitudes puisque les enlèvements succèdent désormais aux vols. En effet, elle réussit à enlever tour à tour le docteur Vernay, le rédacteur en chef du Daily Mail Macomber, le juge Calvin et le docteur Septimus. Difficile d’expliquer leur enlèvement successif. Les seuls indices dont disposent Blake et Mortimer sont que ces quatre personnes étaient amies et qu’elles fréquentaient le Centaur Club où elles croisaient régulièrement Blake et Mortimer.

Tandis que Blake dirige l’enquête policière, Mortimer se lance dans des recherches afin de trouver le lien entre ces quatre personnes qui pourrait l’aider à remonter jusqu’à la Marque jaune.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives interviennent à ce moment-là de l’histoire puisque le professeur Mortimer décide de se rendre aux archives du Daily Mail, le journal dirigé par Macomber. Ce journal existe réellement et est régulièrement lu par Blake et Mortimer.
Jacobs nous donne peu d’information sur le service d’archives du journal. Il semble que celui-ci accueille l’ensemble des parutions du Daily Mail mais on ne sait pas s’il possède d’autres fonds.

Comme on peut le voir sur cette case, les fonds contenant les collections du journal sont naturellement triés par années puisque l’archiviste tend à Mortimer des ouvrages cotés 22 correspondant à l’année 1922.
L’archiviste se nomme Mister Stone. On suppose qu’il dirige les archives du Daily Mail mais on ne sait pas s’il est seul à s’occuper des archives bien qu’on puisse également le supposer, Jacobs ne nous montrant pas d’autres archivistes. Il porte un cache-poussière bleu en guise de tenue de travail.

Lors de la venue de Mortimer, il lui montre des archives du journal qui lui permettent de faire le lien entre les quatre personnes enlevées. Trois d’entre elles ont contribué à la condamnation d’un certain John Wade à cause des hypothèses douteuses de son livre The mega wave. Seul le docteur Septimus, également enlevé, prit publiquement la défense de Wade. Suite à ce procès, le livre fut retiré des rayons et reste introuvable, comme l’indique l’archiviste à Mortimer.

Un peu plus tard dans l’aventure, alors que Mortimer n’était plus en lien avec Stone, ce dernier viendra sonner chez lui un soir afin de lui apporter le livre introuvable. Cela témoigne de sa conscience professionnelle qu’on peut qualifier d’extrême puisque celle-ci le pousse à se rendre au domicile de son usager pour que ses recherches entamées dans son service soient complètes.

Mister Stone apparaît donc deux fois de manière succincte dans l’histoire mais ses interventions sont décisives puisque c’est lui, en complément de ses archives, qui permet à Mortimer de faire le lien entre les quatre hommes. C’est également lui qui procure à Mortimer le livre du Dr Wade alors que celui-ci est introuvable, y compris à la bibliothèque du British Museum.

Ces renseignements s’avéreront décisifs puisque c’est en fait le docteur Septimus qui est à l’origine de la Marque jaune. La personne se cachant derrière la Marque jaune est Olrik, éternel ennemi de Blake et Mortimer, manipulé par Septimus. Ce dernier surnomme d’ailleurs Olrik « Guinea Pig » (cochon d’inde) lorsqu’il revêt les habits de la Marque jaune. Le fameux livre du Dr Wade fut en fait écrit par le docteur Septimus qui utilisa un pseudonyme. Dans ce livre, il expliqua les pouvoirs de the mega wave, l’onde méga, qu’il mit à profit afin de donner des pouvoirs surnaturels à la Marque jaune.

Cet album a donné lieu à une adaptation en dessin animé en 1997. Dans celle-ci, le service d’archives semble différent de celui de la bande dessinée de Jacobs. Il est beaucoup plus sombre et semble plus imposant.

Les réalisateurs de la version animée ont choisi de ne pas conserver le passage où l’archiviste apporte l’ouvrage au domicile de Philip Mortimer. Ainsi, celui-ci le trouvera par hasard dans la bibliothèque du professeur Septimus lorsqu’il alla l’interroger en compagnie de Francis Blake. On peut également relever une erreur dans ce dessin animé. En effet, dans la BD, Mortimer trouve l’article sur l’affaire Wade dans les registres de l’année 1922 alors que dans le dessin animé, cet article se trouve dans le registre de septembre 1953. En revanche, l’importance du passage de Mortimer aux archives est intacte puisque c’est toujours grâce à Stone qu’il fait le lien entre les quatre personnes enlevées, via l’article sur l’affaire Wade.

Maxime Barbaut

BLAME ! est une série de mangas pour adultes de 10 tomes de Tsutomu Nihei. Publiée au Japon entre 1998 et 2003, elle est éditée en France par Glénat. L’éditeur nous offre à partir de 2018 une version deluxe grand format compilée en six tomes avec une nouvelle traduction de Yohan Leclerc. Un passage de la série a été adapté en film d’animation par Netflix, sorti en mai 2017.

L’auteur a publié en 2001 une préquelle nommé NOiSE, qui éclaire beaucoup l’histoire de cet univers.

Quelle est l’histoire ?

Bienvenue dans la Mégastructure, un ensemble gigantesque de plusieurs milliers de km. Il y a des siècles, voire des millénaires, les hommes contrôlaient les machines via leurs gènes d’accès à la résosphère. Mais un fléau a causé l’apocalypse, les machines sont devenues hors de contrôle et les humains ne réussissent plus à se connecter, faisant d’eux des occupants illégaux qu’il faut éliminer.

Killee parcourt la Mégastructure à la recherche de gènes d’accès réseau, dans le but de pouvoir reprendre le contrôle de la résosphère. Il sera accompagné de Shibo, une scientifique humaine.

Et les archives dans tout ça ??

Comme dans nombre d’œuvres post-apocalyptiques, Blame offre sa vision de la relation entre passé et présent, mémoire et oubli, tout en donnant un aperçu des archives et de leur fragilité.

Killee erre en cherchant des gènes d’accès réseau, par tous les moyens. Il récupère ainsi soit des échantillons sur des individus soit des données dans les archives des différents groupes humains. L’archive devient alors, outre sa qualité informationnelle intrinsèque, un objet de valeur qui se monnaye, se négocie, s’échange. Ainsi Killee arrive dans un village, dont la population a été massacrée par les machines. Un survivant dans un état grave lui promet une copie des archives génétiques en échange d’un service.

C’est dans une situation similaire que Killee rencontre Shibo, ancienne chef du département scientifique de l’entreprise Bio-Elec, prisonnière d’un corps décrépi, qui deviendra son acolyte. Cette dernière lui promet l’accès aux archives de la société si notre vagabond la sort de là.

Si les porteurs humains et les archives ont de la valeur pour Killee, qui souhaite restaurer un accès au réseau et reprendre le contrôle des machines, ils en ont aussi pour les antagonistes de la série, qui cherchent à en effacer toute trace ; les humains et leurs données deviennent alors un enjeu plus que vital…

Dans sa quête, Killee rencontre différents groupes, dont il est parfois difficile de savoir s’il s’agit d’humains, de machines ou de créatures inconnues hybrides. Tous ces groupes forment des sociétés indépendantes et variées : certains s’organisent sous forme de clans tribaux ou des conglomérats d’entreprise, quand d’autres sont des nomades cherchant simplement à survivre en évitant les attaques de machine.

Et les relations au passé varient selon ces groupes, même si l’oubli reste la chose la plus partagée. Les nomades ont perdu beaucoup de leur savoir, ils utilisent des armures qu’ils ne peuvent ni réparer ni fabriquer, ils perpétuent certains usages par tradition tout en ayant perdu le sens de ces actions ; de même, ils ne savent plus lire et s’étonnent que Shibo puisse lire les panneaux de Toa Industries, le bâtiment situé près du campement. A l’inverse, Bio-Elec, l’entreprise pour laquelle travaillait Shibo, pratique une vraie archéologie. Cette dernière explique ainsi savoir que d’autres niveaux existent grâce aux supports mémoriels retrouvés. Elle a même recréé d’anciennes technologies, ou en tout cas tenté de les recréer.

Mais la quête de Killee est aussi une quête contre le temps : car au-delà de la destruction volontaire, les supports sont aussi fragiles. Si l’ADN mute, les supports s’altèrent. Ainsi lorsque Killee et Shibo entrent dans Toa Industries, ils espèrent trouver un système d’information centralisé et éventuellement des données intéressantes. Après nombre d’aventures, les données sont hélas détruites par une autre opération menée par l’IA central de Toa… Dommage collatéral…

Enjeu vital, symbole de la relation avec le passé, mais aussi symbole du temps qui passe, l’archive s’exprime de diverses manières dans BLAME !

Marc Scaglione

Iznogoud est un personnage crée par René Goscinny et Jean Tabary. Il apparaît pour la première fois en 1962 dans le magazine Record. Le vizir Iznogoud est connu pour la célèbre formule : « je veux être calife à la place du calife » et pour être parmi les premiers personnages principaux à être un méchant. En effet, le but de sa vie est de prendre la place de son maître, le Calife de Bagdad, Haroun El Poussah. Après avoir été publiées dans plusieurs revues comme Pilote ou Pif, les aventures d’Iznogoud sortent en album.

Iznogoud, Enfin Calife ! est le vingtième album de la série et paraît en 1989 pour la première fois avant de connaître plusieurs rééditions.

Quelle est l’histoire ?

Devant son manque de réussite évident à détrôner son maître, Iznogoud craque et déclare en hurlant qu’il ne veut plus être calife à la place du calife. Tout le palais bruisse de la nouvelle et s’en réjouit, certains utilisent même des perroquets enregistreurs pour garder trace de ce moment. Cependant, la nouvelle arrive aux oreilles du Calife qui est fort mécontent puisqu’il a renié ses trois frères pour faire d’Iznogoud son seul successeur. Le Calife décide donc de retrouver ses trois frères et de mettre à mort Iznogoud avant de se raviser et de lui donner une chance. Le Calife met Iznogoud et ses trois frères en compétition : celui qui aura accompli une bonne action qui profite à tous sera le successeur officiel du Calife.

Et les archives dans tout ça ??

Les premières archives que le lecteur croise sont des… perroquets ! En effet, pour conserver trace des propos d’Iznogoud – son refus du califat – certains membres du Palais se sont servis d’un perroquet enregistreur qui répète à l’envi la phrase du Vizir. Iznogoud est évidemment tenté de faire disparaître les archives gênantes en se débarrassant du perroquet. Pas de chance, il n’y pas qu’un seul perroquet enregistreur, l’enregistrement a été dupliqué, permettant ainsi la sauvegarde de l’information au cas où l’enregistrement original disparaisse. Un laboratoire d’enregistrement voit même le jour au sein du Palais. C’est un peu comme lorsqu’on recopiait les chartes d’affranchissement du Moyen Age de peur d’égarer l’original. On voit donc un vrai souci de pérenniser une information essentielle.

Lorsque le Calife décide de mettre en compétition ses trois frères et Iznogoud, ce dernier se doit de retrouver les trois frangins en question et leur faire la peau pour éliminer ses concurrents. Mais où trouver des informations sur ces trois personnages qui ont été bannis du Califat sinon aux Archives ? On voit alors notre vizir descendre avec une bougie dans un endroit obscur et pénétrer – toujours avec sa bougie, grrr – dans une pièce sombre et encombrée de documents entassés ou posés à même le sol. Niveau conservation, on n’est pas au top : sur les rayonnages les registres souffrent et les plans posés à même le sol plient sous leur propre poids. On aperçoit même un poêle assez anachronique et plutôt dangereux pour les documents.

On y trouve aussi une caisse avec un reliquat de repas, l’endroit est donc habité. Un être un peu décalé émerge alors : Archie Whist, l’archiviste. Le garçon est un peu à l’ouest et en guenilles. Iznogoud désespère alors de retrouver les dossiers des trois frères du Calife dans tout ce capharnaüm et tourne déjà les talons quand Archie lui rétorque : « que je meurs de honte si je mets plus de dix secondes à les retrouver ! »

Nous avons donc là un des topoi de l’archiviste dans la culture pop : l’archiviste bordélique qui se retrouve quand même dans son foutoir mais dont il seul à maîtriser la connaissance. Au contraire du Père Blaise de Kaamelott toutefois, Archie Whist tient parole et ramène les dossiers des trois frères. Mais, malheur, il met douze secondes au lieu de dix et s’écroule aussitôt, mort, foudroyé par la honte. La réputation de l’archiviste, fragile au demeurant au sein d’une organisation quelle qu’elle soit, tient à son efficacité. On voit d’ailleurs le cynisme absolu de son lecteur, Iznogoud qui, au lieu de le féliciter pour sa célérité, pointe les deux secondes de retard du malheureux archiviste. Déshonoré, il ne lui reste plus qu’à mourir sans susciter la moindre compassion chez le vizir qui embarque alors les dossiers hors des archives.

Pourtant, c’est bien grâce aux dossiers trouvés aux Archives et donc à l’efficacité de l’archiviste qu’Iznogoud parvient à ses fins. Un archiviste, aussi efficace soit-il, ne l’est-il encore pas assez au regard de ses usagers ?

Sonia Dollinger

Iron Man 2.0 est une série de comics américain scénarisée par Nick Spencer et illustrée par divers artistes, dont Ariel Olivetti. Le titre est sorti aux Etats-Unis chez Marvel Comics. En France, la série est sortie dans Avengers Extra n°1 et 10 chez Panini Comics entre 2012 et 2014.

Quelle est l’histoire ?

Palmer Addley est mort. C’est le message laissé sur les sites d’attaques terroristes perpétrées à travers le monde. Palmer Addley était un scientifique de la DARPA, Agence du département de la défense des Etats-Unis chargée des projets de recherche. Il semble être l’homme à l’origine des armes utilisées dans les attentats. Cependant, il s’est suicidé et la sécurité de la DARPA est telle qu’il n’a pu vendre ses secrets à d’autres. James Rhodes est chargé d’enquêter sur cette affaire. Avec l’aide de Stark Resilient, il découvre que le dossier officiel de Palmer Addley contient de fausses informations sur le scientifique. Avec l’aide de Pepper Potts, Rhodes obtient un accès aux archives de la Défense pour découvrir la vérité.

Et les archives dans tout ça ??

Le numéro entier d’Iron Man 2.0 n°4 se déroule dans le bâtiment des archives de la Défense. Aucune armure, aucun combat ni même super-héros ! La protagoniste est une consultante, Kaylie Harrison, chargée par James Rhodes de découvrir les informations que la Défense souhaitait cacher sur Palmer Addley.

Dès les premières pages, le comics souligne la confidentialité de ces archives. Après avoir passé un détecteur, Kaylie Harrison se voit rappeler qu’elle ne doit apporter aucun appareil portable dans les archives, et qu’elle ne doit effectuer aucune copie par photographie ou photocopie. Le second obstacle est la responsable des archives. Celle-ci explique que plusieurs demandes d’accès à ce dossier ont été refusées, et méprise celle qu’elle considère comme l’envoyée de Tony Stark (qualifié de MST ambulante !) qui a monnayé l’accès à un dossier confidentiel. Représentante de l’intégrité des archives ? La narration offre une alternative : ces archives sont l’endroit où les secrets sont enterrés.

Toujours dans une mesure de protection/sécurisation des archives, celles-ci ne sont pas numériques mais analogiques, c’est-à-dire physiques. Le dossier de Palmer Addley est un pavé comprenant les transcriptions de multiples entretiens ainsi que des photos. Dans le comics, ils se traduisent par une série de réponses à des interrogatoires dont le lecteur ne voit pas les questions, entrecoupée d’images illustrant des moments clefs de la vie de Palmer Addley. En filigrane, chaque interrogatoire laisse entendre qu’une catastrophe s’est produite.

Le témoignage de la mère de Palmer Addley évoque une jeunesse sans traumatisme, et l’émergence d’un esprit brillant. Une photo de famille montre Addley enfant, jouant avec des figurines d’Iron Man et de Hulk ! Une ex-petite amie indique pourtant que Palmer Addley avait des problèmes avec sa famille et refusait d’aller leur rendre visite. Son meilleur ami au lycée dresse un portrait plus sombre d’un Palmer Addley conspirationniste et anarchiste, qui se coupe de plus en plus de ses proches. Sa conseillère apporte quelques réponses : son comportement est devenu erratique lors de sa dernière année de lycée. Cependant, elle a considéré cela comme attendu de la part d’un jeune génie. Un officier de police rapporte un acte de vandalisme dont le coupable était Palmer Addley, qui avait l’arme de son père. Un enseignant – manifestement paralysé – explique que son comportement en classe de journalisme a conduit à son renvoi. Cependant, cet acte a fait basculer Palmer Addley qui a ouvert le feu sur le personnel du lycée.

Les archives du département de la Défense ont ainsi un double rôle. Enterrer le passé d’un criminel afin de pouvoir tirer partie de son génie pour le bien du pays, au risque d’être victime de ses tendances anarchistes. Mais également conserver et protéger cette même vérité afin de donner un contexte aux événements présents.

Jean-Baptiste Vu Van