Le secret d’Eunerville : Arsène Lupin, un chartiste un peu filou

Publié: 19 septembre 2022 dans Littérature
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Le secret d’Eunerville est un roman de Boileau-Narcejac publié aux Editions des Champs-Elysées en 1973 puis à plusieurs reprises en poche, notamment aux éditions du Masque en 2012. Il s’agit d’un des cinq pastiches réalisé par ce duo d’auteurs des aventures d’Arsène Lupin, personnage crée par Maurice Leblanc, devenu une figure emblématique de la culture populaire. Cet ouvrage reçoit le prix Mystère de la critique en 1974.

Quelle est l’histoire ?

En quête d’une nouvelle aventure, Raoul d’Apignac, alias Arsène Lupin, pénètre nuitamment dans le château d’Eunerville avec son fidèle comparse Bruno. Son objectif est de larciner quelques œuvres d’art conservées dans cette belle demeure Renaissance. Alors qu’il entre et fait retentir malencontreusement une alarme dont il n’avait pas soupçonné l’existence, Lupin s’aperçoit que l’ensemble des habitants du château a été drogué. Repérant les assaillants, il se lance à leur poursuite avec d’autant plus d’ardeur que les malfrats ont kidnappé un domestique. Mais quel mystère cache donc la demeure d’Eunerville pour provoquer tant d’événements à rebondissements ?

Et les archives dans tout ça ??

La réponse aux question d’Arsène Lupin – pourquoi tant de rebondissements dans un château dont les habitants sont a priori sans histoire – semble se trouver dans des archives conservées précieusement dans la demeure. Le premier document mentionné sont les mémoires du comte d’Eunerville, proche du roi des Français déchu Louis-Philippe. Si les historiens sont désormais convaincus de l’intérêt de l’étude des archives du for privé, il en va de même d’Arsène Lupin qui pense trouver des réponses dans la lecture de ces mémoires dont son interlocuteur lui explique que « leur lecture est des plus rebutantes. Ces cahiers ne renferment pas moins de six cents pages, couvertes d’une petite écriture serrée parfois indéchiffrable... » ces quelques mots nous rappellent parfois combien la lecture d’un document d’archives peut, parfois, se révéler un peu effrayante pour un individu qui ne s’est jamais plongé dans un document manuscrit de grande ampleur.

Mais comment Arsène Lupin peut-il consulter ce manuscrit ? Il doit se rendre dans les locaux de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Normandie, à Paris. En effet, le propriétaire du château, Jacques Ferranges a fait don du document à cette société et non à un service d’archives constitué. Il faut remettre le récit dans son contexte puisque l’aventure de Lupin se déroule en juin 1914, époque à laquelle les sociétés savantes se taillent encore la part du lion dans la préservation et la collecte du patrimoine écrit issu des particuliers. la Société d’histoire mentionnée par les auteurs pourrait faire penser à la Société des Antiquaires de Normandie, la plus ancienne des sociétés savantes, née en 1824 ou – mais ce serait anachronique – à la Société parisienne d’Histoire et d’Archéologie normande, née en 1946 et qu’auraient pu connaître les auteurs Boileau et Narcejac. A l’heure actuelle, on aurait plutôt tendance à trouver ces documents sur les sites de vente en ligne lorsque les gens n’ont pas la générosité de les offrir à la communauté comme c’est, fort heureusement parfois le cas.

Evidemment, il convient, pour consulter un manuscrit au sein de cette docte société, de montrer patte blanche. Hors de question, comme nos services publics le font, d’accueillir tout citoyen dans un souci d’égalité. C’est donc fendu d’une lettre de recommandation falsifiée signée d’un membre de l’Institut tout à fait respectable que Raoul d’Apignac – Arsène Lupin – est introduit auprès du bibliothécaire. Raoul d’Apignac est présenté dans la fausse lettre comme un « jeune chartiste, promis au plus brillant avenir. » Bref, la crème de la crème ! Pas de chance, quelqu’un est passé avant et le jeune chartiste prometteur se mue en repris de justice accusé de meurtre.

La course aux archives se poursuit pendant tout le récit, la recherche du manuscrit se doublant de celle d’une lettre timbrée depuis l’Angleterre. Les auteurs insistent bien sur le caractère précieux du timbre à l’effigie de la reine Victoria pour les collectionneurs, ce qui rappelle aux archivistes que nous sommes d’être vigilants par rapport à cette problématique qui a fait et hélas peut faire encore disparaître de nos dépôts des enveloppes en apparence anodines mais dotées d’un fort attrait financier.

C’est bien entendu dans les archives – manuscrit et lettre – que se trouve la solution de l’énigme, à condition de savoir les déchiffrer.

Sonia Dollinger-Désert

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