Doctor Who : le monde n’a pas toujours été ainsi !

Publié: 7 février 2021 dans BD, comics, manga
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Doctor Who est une série télévisée britannique créée en 1963, puis après un arrêt en 1989, est relancée en 2005 dans la continuité de la première. C’est par cette seconde série, diffusée alors sur France 4 que les Français font la connaissance du héros, un extraterrestre de la race des Seigneurs du Temps, voyageant au bord de son vaisseau, le TARDIS, camouflé en cabine d’appel de la police, à travers l’espace et le temps dans l’univers. La caractéristique du Docteur étant qu’il peut à sa mort se régénérer en une nouvelle forme avec un nouveau caractère et de nouveaux goûts, sans pour autant perdre sa mémoire. Il existe de nombreux produits dérivés, notamment des comics. Ainsi l’éditeur français, French Eyes, a traduit et édité en français onze comics entre 2011 et 2014 avec pour héros le Docteur n°10 (David Tennant) et le Docteur n°11 (Matt Smith). Nous nous intéressons ici au tome 3, intitulé « A travers le temps et l’espace », qui est un recueil, incluant une histoire qui s’intitule « La guerre de sang-froid ».

Quelle est l’histoire ?

L’Empire de Draconia est en crise. Les maisons royales qui composent l’élite se déchirent à propos de l’intronisation du nouvel empereur, une femme, ce qui scandalise cette société patriarcale. La guerre civile est proche. Dans le même temps, le Docteur n°10 (David Tennant) propose à Donna, la compagne humaine qui partage ses tribulations, d’assister à un opéra sur Cononsis Minor, un endroit tellement sélectif qu’il faut des décennies voire des siècles pour avoir une place. Evidemment, ils vont atterrir en pleine capitale draconienne….

Et les archives dans tout ça ??

Pour éviter la guerre civile, les maisons royales font appel à la Fédération pour une conciliation. L’histoire débute dans le vaisseau qui transporte les Délégués de la Fédération. L’un d’eux sort son argument massue pour faire accepter la nouvelle impératrice et éviter la guerre civile : l’histoire draconienne ! Mais il est bon et facile d’invoquer l’histoire sans preuves, le Délégué a donc amené des archives appuyant son propos. Ainsi déclare-t-il :

« Ce genre de négociations n’est jamais facile à mener, surtout quand les conventions culturelles sont en jeu. Néanmoins, je pense que les documents des archives draconiennes, donnés par la Terre à la fin de la Première Grande Guerre spatiale, que j’ai en ma possession, pourront nous être utiles.

Voyez-vous les documents qui nous ont été confiés sont des enregistrements de Draconia qui datent de l’époque tribale d’il y a cinq cents ans. Ils montrent bien qu’historiquement, les femmes avaient autant de pouvoir que les hommes…Ce n’est que depuis le début de l’ère industrielle que les femmes ont été réduites au silence »

Hélas, la faction extrémiste draconienne détruit le vaisseau de la délégation, les archives disparaissant alors.

Cet extrait court est cependant assez riche. D’abord, il nous rappelle que les biais d’interprétation sont importants dans le domaine de la science et on interprète trop souvent le monde d’autrefois comme un décalque du monde d’aujourd’hui. Ainsi on retravaille aujourd’hui sur la place de la femme dans les sociétés préhistoriques, interprétée systématiquement comme des sociétés patriarcales. Les archives peuvent véhiculer ces biais mais aussi démontrer le contraire. C’est le travail de tout historien d’analyser et de faire la part des choses.

Enfin, cet extrait montre bien le lien particulier entre guerre et archives. En effet, les archives draconiennes sont en possession de la Terre après une guerre. Les informations sont un nerf crucial de la guerre, s’agit-il ici donc d’un vol d’information ? Ou d’un pillage ? Des situations bien connues dans notre histoire, depuis deux siècles, comme le pillage des archives par Napoléon1 ou les fonds Moscou2. Les archives n’ont pourtant pas toujours cette « chance » et parfois elles ne survivent pas à la guerre…

1 Lire Les archives du monde, Quand Napoléon confisqua l’histoire de Maria Pia Donato, éditions PUF, 2020

2 Les fonds Moscou sont les surnoms donnés au fonds d’archives français, pillés par les Allemands, puis récupérés par les Soviétiques lors de la prise de Berlin et restitués à la France après la chute de l’URSS.

Marc Scaglione

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