Les Archivistes Armés : une simple erreur de traduction ?

Publié: 10 novembre 2020 dans Dessins animés
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Aujourd’hui, je souhaitais vous parler d’une série d’animation japonaise déjà ancienne, Tatakau Shisho : The Book of Bantorra, diffusée de 2009 à 2010. Il s’agit d’une adaptation d’une série de light novel1, écrite par Ishio Yamagata et publiée entre 2005 et 2010. La série d’abord diffusée en vostfr via des fansub2, sera licenciée par la plateforme de diffusion numérique ADN.

Quelle est l’histoire ?

Lorsqu’une personne meurt, sa mémoire se cristallise en une tablette de pierre. Quiconque touche cette tablette peut ainsi revivre les souvenirs du défunt. Ces tablettes sont conservées par la Bibliothèque de Bantorra. Cette institution est dirigée par les Archivistes armés (Bibliothécaires armés en VO), des individus au capacité surnaturelle qui récoltent ces tablettes, les communiquent et luttent contre le trafic de tablettes. Nous suivons particulièrement leur lutte contre une secte dénommée « le Culte des Noyés ».

Et les archives dans tout ça ??

Là est le point central : où sont les archives dans ce récit. ? L’œuvre originale et la traduction anglaise évoque des « Bibliothécaires armés » et non des « Archivistes armés » comme la version française. S’agit-il d’une simple erreur de traduction ? Oui mais pas que…. C’est avant tout un symbole du caractère culturel de l’archive. Je m’explique.

Quel archiviste n’a pas connu de la part d’un proche une tirade sur les bibliothèques, convaincu qu’il s’agissait de notre métier ? On s’insurge aussi souvent des représentations d’archives gérées par des bibliothécaires, ou encore le partage des clichés bibliothécaire/archiviste : celui de la vieille fille rigide par exemple. Et en effet, bien qu’il s’agisse des métiers dont l’objectif est de « fournir et de gérer de l’information à destination d’un public cible », les tâches sont foncièrement différentes, du fait même de la nature des informations, enfin pour le dire différemment de leur mise en forme. L’archivistique à la française, biberonnée par la définition légale des archives de la loi de 1979, aujourd’hui dans le Code du Patrimoine, que tout document est archives de sa création à son sort final. Une définition totale. Il s’agit d’un outil puissant qui permet de justifier l’intervention de l’archiviste à toute étape. Mais une définition qui conduit à des contradictions : ainsi on n’archive pas forcément toutes les archives, et on archive des choses qui ne sont pas archives (ex : objets, pièces, échantillons, etc.). Une conception qui rend difficile à saisir et à traduire la conception anglo-saxonne, où le terme archive recouvre uniquement les archives historiques. Nous avons pu le voir aussi lors du débat pour traduire la notion de « records management ».

Mais fi des digressions, me direz-vous, quel est le lien avec l’œuvre dont nous parlions plus haut ?

Le but de cette définition était de rappeler que les conceptions de notions d’archives divergent selon les cultures. Il s’agit ici d’une œuvre japonaise. Le Japon est un pays avec une très récente culture archivistique, comme nous l’évoquions dans l’article sur Final Fantasy VII.

Si nous examinons l’objet, ces tablettes de pierre contenant la mémoire brute et non travaillée rentrent amplement dans la définition française de l’archive. Il ne paraît donc pas aberrant qu’elles soient gérées par des archivistes. Cela paraît même plus logique qu’un livre, qui est un contenu travaillé, mise en forme, édité. Dans notre cas, il s’agit simplement de mémoire brute.

Ainsi, ce qui apparaît comme une erreur de traduction peut être considéré différemment. On peut considérer qu’au-delà d’une confusion habituelle, elle incarne d’avantage une expression culturelle des archives, dépendant de la manière dont elles sont conçues et perçues selon les époques et les lieux.

Et puis, ne nous mentons-pas, c’est comme sympa de voir des archivistes avec des pouvoirs combattant le mal, ça change de Papi et Mamie, vestes en tweed sur les épaules dans leurs caves/magasins !

Marc Scaglione

1 Les light novel sont des romans destinés à un public jeune adulte, ne dépassant pas les 200 pages. D’abord publié par chapitres, ils sont ensuite édités dans des volumes, à l’instar des mangas.

2 Les fansub sont des groupes amateurs qui offrent des traductions en français de séries animées ou de mangas.

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