La tempête des échos : quand le secret des archives mène à l’effondrement

Publié: 26 août 2020 dans Littérature
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La tempête des Echos est le quatrième et ultime tome de la saga de Christelle Dabos, la Passe-Miroir. Ce volume est sorti en 2019 chez Gallimard jeunesse. Vous pouvez retrouver les trois autres tomes sur Archives et culture pop’.

Quelle est l’histoire ?

Aucune des archives n’est désormais épargnée par les effondrements qui les endeuillent les unes après les autres. Le responsable de ce chaos est l’Autre, celui qui rôde autour d’Ophélie depuis le début. Mais comment le trouver alors qu’on ne sait à quoi il peut bien ressembler ? Ophélie et Thorn sont prêts à tous les sacrifices pour parvenir à sauver les Arches et leurs proches de l’anéantissement. L’enquête va-t-elle aboutir et quelles seront les conséquences de cette quête qui les emmènera au bout d’eux-mêmes ?

Tempete_Echo

Et les archives dans tout ça ??

Comme dans chacun des tomes précédents, les archives sont bien présentes dans la Tempête des Echos. On retrouve ici la figure énigmatique des Généalogistes qui sont le couple le plus puissant des lords de LUX. Ils sont là pour collecter le plus d’informations possibles sur chaque individu sur Babel. S’ils connaissent l’existence de Dieu, leur seul désir est de prendre sa place. Ainsi, ils passent leur temps à fouiner et à commanditer des enquêtes. Les généalogistes indiquent : « nous avons effectué de petites recherches dans de très anciennes archives interdites au public. » Ils ont ainsi mis la main sur des documents confidentiels complètement inconnus et non répertoriés. On voit donc ici comment peuvent être détournées des archives contenant des données capitales au profit de quelques individus : il suffit de ne pas les indexer et d’éviter ainsi de les communiquer au public. Il faut dire que la société babelienne repose sur le secret et cherche à éluder son passé militariste. De ce goût du secret est née une société hypocrite, apparemment stable mais qui repose sur le mensonge. La Passe-Miroir est une parfaite illustration des dégâts provoqués par l’occultation du passé plutôt que son étude sereine, voilà de quoi méditer à l’heure où certaines archives ayant trait à des périodes conflictuelles ne sont toujours pas accessibles dans notre pays.

Dans l’Observatoire, un lieu mystérieux dans lequel ont lieu des expériences très étranges sur certains humains, les archives se trouvent dans les appartements directoriaux qui sont formellement interdits aux visiteurs. Les archives sont ainsi au cœur du pouvoir, là où elles ne peuvent être consultées. La société de Babel est donc une société du secret mais elle ne semble pas s’en porter très bien puisqu’elle s’effondre sur elle-même. Les archives de l’Observatoire sont vastes et réunissent notamment tous les dossiers médicaux des patients traités, dossiers totalement sous clef évidemment, le patient n’ayant pas le moindre accès à son dossier personnel d’autant qu’il n’en connaît même pas l’existence. Ces archives sont d’ailleurs victimes d’une destruction massive par la suite sur ordre des Généalogistes : dossier médicaux : la garde « emportait dans des caisses la vie privée de centaines de patients« . Un exemple qui montre combien les données de la vie privée sont sensibles et leur sort échappe bien souvent à celui ou celle qu’elles concernent au premier chef et qui a rarement son mot à dire sur leur sort final. Cette citation est l’occasion de rappeler que les archives sont bien, aussi austères soient-elles des morceaux de vie, ce qui n’est pas sans importance. On assiste d’ailleurs à la destruction du Mémorial croisé dans le tome précédent et tout archiviste lisant ce passage ne peut que frémir d’effroi en entendant : « le hurlement des collections d’antiquité. L’agonie de la plus grande base de données du monde. D’innombrables heures à cataloguer, classifier, coder, perforer balayées en un instant. » Christelle Dabos met en scène le cauchemar de chaque professionnel du Patrimoine : l’anéantissement dans une catastrophe des archives dont il a la garde, nous rappelant ainsi malgré tout la fragilité de toute production humaine.

C’est donc bien le secret absolu qui mène à l’effondrement dans la saga de la Passe-Miroir, voilà un bon plaidoyer pour l’ouverture des archives.

Sonia Dollinger

commentaires
  1. ShiraDest dit :

    Bonjour:

    Oui, ça donns peur, l’idea de perdre nôtre histoire. Ce livre semble trés interesant. Merci pour avoir écrit cette révu.
    Avec mes respects,
    Shira

    Aimé par 1 personne

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