Les lettres retrouvées de Louise Pikovsky : des archives pour ne pas oublier

Publié: 5 juillet 2020 dans BD, comics, manga
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Si je reviens un jour… Les lettres retrouvées de Louise Pikovsky est une bande dessinée scénarisée par Stéphanie Trouillard et illustrée par Thibaut Lambert. Le récit est publié par l’éditeur Des ronds dans l’O en 2020 avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

Quelle est l’histoire ?

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L’ouvrage raconte le terrible destin de Louise Pikovsky et de sa famille. Il ne s’agit pas, hélas, d’une oeuvre de fiction mais bien de l’histoire de cette jeune fille juive et de sa famille dont le destin sera balayé par la guerre. Les Pikovsky habitent à Paris pendant la Seconde Guerre mondiale et sont victimes des lois de Vichy qui obligent les Juifs à porter l’étoile jaune et leur interdit de très nombreuses professions. L’étau se resserre peu à peu sur les proches des Pikovsky, certains disparaissent sans laisser de nouvelles. Ne sachant que faire, les parents de Louise cherchent surtout à ne pas séparer leur famille et tenter de traverser l’épreuve ensemble.

Stéphanie Trouillard offre une nouvelle vie à Louise et à sa famille en rappelant leur tragique destin : arrêtés par la police française et déportés les Pikovsky sont les victimes innocentes d’une idéologie mortifère. Grâce à Stéphanie Trouillard et Thibaut Lambert, leur souvenir revit à travers le témoignage de Mademoiselle Malingrey, l’enseignante de laquelle Louise était proche.

Et les archives dans tout ça ??

Si le mot archives n’apparaît pas dans le récit, elles sont toutefois bien présentes sous deux formes différentes : le témoignage oral de Mademoiselle Malingrey qui, à travers ses souvenirs, fait revivre Louise et les siens. Le recueil de témoignages des personnes ayant vécu ces périodes dramatiques est un des moyens disponibles pour produire des archives et donc enrichir la connaissance des destins oubliés de cette période. Ce récit peut être confronté à la sécheresse des documents administratifs, comme les registres des camps et les listes de déportés qui ne livrent que de longues listes de noms de gens à qui on a volé leur avenir. Les archives orales, bien que biaisées par la personnalité du témoin et une reconstruction parfois involontaire des événements, ont toutefois une réelle importance en matière historique et mémorielle.

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Mais les archives apparaissent également à travers le contenu du cartable de Louise. Sentant son destin lui échapper, Louise confie son cartable à Mademoiselle Malingrey. Cette dernière le conservera précieusement pendant des décennies avant d’en révéler le contenu : une photographie et quelques lettres. C’est à l’occasion du cinquantenaire de l’école que l’institutrice décide de montrer ces documents et de parler ainsi de Louise qui fut élève dans ce lycée au pire des moments. Croyant bien faire, l’enseignante confie les lettres au lycée où on lui promet d’en prendre grand soin. Cependant, les lettres finissent dans une armoire, au milieu d’autres documents administratifs. Elles sont alors encore une fois oubliées avant d’être exhumées lors d’un rangement. Par chance, les lettres ne rejoignent pas la poubelle mais elles font l’objet de travaux pédagogiques, les élèves du lycée se réappropriant ainsi l’histoire de Louise afin de lui redonner un peu de vie.  En fin de livre, les originaux de ces documents sont reproduits, ce qui rend la lecture de ce livre encore plus émouvante.

Cet ouvrage montre combien les archives peuvent être précieuses, il suffit de quelques lettres et d’une photographie, d’un récit recueilli avant la disparition des derniers témoins pour que perdure le souvenir de cette jeune Louise, élève prometteuse et de sa famille. Mademoiselle Malingrey le dit fort bien : « ces lettres ainsi que cette bible sont tout ce qu’il reste d’elle ». Cette phrase rejoint mon combat quotidien qui est de démontrer que les archives sont la seule trace durable que nous laisserons, de quoi donner envie de se battre pour les conserver et les transmettre afin que toutes les petites Louise ne soient jamais oubliées.

Sonia Dollinger

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