Le hameau des Purs : des archives sans archiviste

Publié: 4 février 2020 dans Littérature
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Le Hameau des Purs est un thriller de Sonja Delzongle dont nous vous avons déjà parlé à propos d’un autre de ses titres, Boréal. Une première édition est sortie en 2011 et le titre est réédité en 2019 chez Gallimard en version revue par l’auteure. Le Hameau des Purs évoque des thématiques liées aux secrets de famille et aux groupuscules vivant en vase clos.

Quelle est l’histoire ?

Un incendie criminel a ravagé un hameau dans lequel séjournait une communauté formée de gens ayant décidé de se tenir à l’écart du monde moderne et qui se sont baptisés du nom de « Purs ». Sept cadavres calcinés ont attiré l’attention de la police et de la journaliste Andrey Grimaud qui connaît bien les lieux. En effet, ses grands-parents faisaient partie des Purs et Audrey a passé ses vacances dans cet endroit étrange. La jeune femme, au fur et à mesure de son enquête, se remémore son enfance et les secrets qui l’ont émaillée. Plus son enquête progresse, plus les cadavres s’accumulent sur son chemin.

On ne peut que conseiller la lecture de cet excellent thriller pour la description très réussie de la communauté des Purs et pour les retournements de situation qui font perdre la tête au lecteur pour le conduire vers un dénouement inattendu.

Hameau_Purs

Et les archives dans tout ça ??

Qui dit secrets dit recherche dans les archives, c’est donc tout naturellement que, pour mieux connaître les ressorts qui animent la communauté, Audrey se rend aux Archives municipales : « aller jouer les sous-marins dans les archives municipales faisait partie du programme de la matinée. » L’auteure utilise une métaphore aquatique, comme s’il s’agissait d’explorer les bas-fonds du village, de plonger à la fois dans un passé plus ou moins enfoui et dans des histoires plus ou moins avouables. Evidemment, Audrey éternue car les archives sont poussiéreuses, un cliché tenace véhiculé au gré des pages tout comme la présence de « liasse de documents jaunis ». On sait aussi qu’il flotte dans la salle « une odeur de renfermé ».

Plus étonnant, il semble que la carte de presse d’Audrey ait agi comme « un vrai sésame », comme si l’archiviste ou le personnel présent, qui n’est jamais mentionné, pouvait être sensible au prestige du journaliste. Sonja Delzongle ayant exercé cette profession a-t-elle pu juger de cela lors d’un passage aux archives ? L’absence de description du personnel et d’interaction avec un quelconque être humain est étonnante mais pourrait bien trouver son explication dans le dénouement du récit.

La journaliste trouve surtout d’anciens articles de presse qui lui donne des informations sur les meurtres de l’Empailleur et ses victimes, mais rien sur ce qu’elle cherche : la communauté des Purs et son rôle pendant la Seconde Guerre mondiale. Son passage aux archives se révèle pourtant crucial en mettant au jour des liens dont elle ne soupçonnait pas l’existence. La compréhension des réseaux locaux passe donc par la recherche en archives.

Lors de son deuxième passage aux Archives, Audrey ne rencontre, là encore, aucun archiviste alors qu’elle semble perdue dans ses recherches et ne trouve rien. Désemparée, « se croyant seule, elle manifesta bruyamment sa déception« . Typiquement ce qui ne devrait jamais arriver : un lecteur en plein désarroi à qui personne ne vient en aide. Ce type de description me rend toujours un peu triste sachant que le service aux usagers est la priorité d’un service public.

Bref, c’est à la présence d’un autre lecteur – un confrère d’une gazette locale – qu’Audrey doit son salut. Roger Berlini, journaliste local, a déjà effectué des recherches sur le hameau des Purs et en a visiblement fait don aux Archives puisque son dossier est consultable sur place. Pour comprendre les interactions entre les Purs, Berlini a, certes, retracé l’histoire du hameau mais a également réalisé des recherches généalogiques approfondies qui s’avèrent surprenantes et instructives. Là encore, les usagers se débrouillent seuls, se servent dans les rayonnages et rangent eux-mêmes les documents sans aucune intervention d’un archiviste.

Si la description des lieux correspond à une série de clichés tenaces qui collent à la peau des archives comme la poussière à une liasse, il faut noter que le passage aux Archives, bien que laborieux, s’avère décisif. Pour comprendre les drames d’aujourd’hui, il faut parfois fouiller dans le passé tumultueux des familles et arracher des décennies de secrets et de non-dits.

Sonia Dollinger

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