Boréal : les archives qui venaient du froid

Publié: 3 novembre 2019 dans Littérature
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Boréal est un ouvrage de Sonja Delzongle sorti en 2018 aux éditions Denoël et en 2019 chez Folio Policier. L’auteure est devenue avec Dust, paru en 2015, l’une des têtes d’affiche du thriller français. Dans cet opus, Sonja Delzongle évoque avec acuité les changements climatiques et leurs conséquences dramatiques sur la faune et la flore, tout en livrant un thriller au suspense haletant.

Quelle est l’histoire ?

Alors que les scientifiques de la base ARCTICA située au cœur du Groenland tentent une sortie, ils tombent sur un immense cimetière animal : des centaines de bœufs musqués gisent prisonniers du permafrost. Quel phénomène peut bien être responsable de cette hécatombe ? C’est pour le découvrir que le chef de la mission va faire appel à une scientifique reconnue dans le domaine des changements climatiques et du comportement animal, Luv Svendsen.

Boreal

Et les archives dans tout ça ??

La notion d’archives apparaît à deux reprises dans des circonstances différentes. La première fois, il s’agit d’archives du for privé puisque Luv accède aux fichiers informatiques de sa fille aînée. Les dossiers et fichiers sont particulièrement organisés : « tout est enregistré dans des dossiers distincts« , on est loin du vrac numérique puisqu’il est précisé plus loin que Luv a affaire à un « archivage méthodique d’où ressort une sorte d’obsession. »L’auteur emploie le terme de « patrimoine » pour évoquer ces fichiers, montrant bien l’importance égale des archives numériques qui renferment des données aussi précieuses que les documents conservés sur papier. Elles sont le reflet d’une vie et de ses choix, de ses blessures et de ses combats comme c’est le cas ici. Pourtant, quand Ava, la fille de Luv, a choisi de confesser quelque chose de très intime et de très grave, c’est sur papier qu’elle le couche et le dissimule sous son lit, on voit combien la relation avec le support reste importante. Si l’informatique permet d’accumuler l’information, le récit personnel passe encore par une forme physique, dont il semblerait qu’elle soit encore considérée comme plus sûre.

Ces archives personnelles particulièrement bien organisées contrastent avec celle du Sherif Sangilak, précieusement conservées dans une petite boîte en fer-blanc, où l’on ne trouve que quelques photos jaunies mais qui sont, pour cet homme les documents les plus précieux qui puissent être. Ces fragiles archives sont les seules traces restant des êtres disparus, c’est pourquoi on devrait toujours se pencher dessus avec le plus grand respect. Ils sont les témoins de vies modestes, le souvenir de celles et ceux qui aimèrent.

Plus classiquement, l’autre mention des archives apparaît lorsque l’auteure mentionne le poste de police de Qaanaaq, ville de Thulé au Groenland. On est loin de retrouver un ordonnancement aussi parfait que dans l’ordinateur d’Ava : les archives se résument à un pile de dossiers « écornés et jaunis » ou « se résumant à trois feuilles volantes de rapport ». On précise ensuite : « aucun des dossiers n’a été informatisé », comme si cela pouvait souligner le comble de l’obsolescence. Les archives de la police sont donc bien moins organisées que celles d’un particulier et leur état ne permet évidemment pas de pouvoir en tirer quelque information intéressante que ce soit. Le shérif est donc dans l’obligation d’opérer un travail d’archiviste en classant les dossiers par ordre chronologique pour tenter de trouver une cohérence d’ensemble mais ces archives ne sont finalement que « des aveux d’impuissance, des preuves jaunies et poussiéreuses » – on attendait la poussière, la voici ! Pour une fois, les archives ne sont pas un élément moteur de l’histoire, elles ne font que souligner l’inefficacité d’une police dépassée.

Archives de l’intime et archives administratives sont présentées avec le même soin, ordonnées comme celles d’Ava ou tombées en déshérence comme celles du shérif, elles sont, chacune à leur manière, les témoins de nos vies et de nos drames. On pourrait y ajouter les travaux des scientifiques qui étudient les carottes glaciaires qui sont les archives de la planète et que Sonja Delzongle mentionne en fin de volume. Si tout est archives, chacun d’entre nous est un document d’archives dont il est de notre devoir de conserver et transmettre la mémoire.

Sonia Dollinger

commentaires
  1. emmroanne dit :

    Muy bien Sonia. Superbe chronique, très originale. Première entrée de ton blog que je lis.
    Ça me fait en tous cas : 1) envie de lire ce roman 2) revenir plus souvent par ici 😉

    Aimé par 1 personne

  2. […] de Sonja Delzongle dont nous vous avons déjà parlé à propos d’un autre de ses titres, Boréal. Une première édition est sortie en 2011 et le titre est réédité en 2019 chez Gallimard en […]

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