Une Putain d’Histoire : les métadonnées, c’est le pied !

Publié: 11 août 2019 dans Littérature
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Une Putain d’Histoire est un thriller de Bernard Minier, paru chez XO Editions en 2015 et qui reçut le prix du meilleur polar francophone du Festival de Cognac la même année. Le titre est ensuite paru chez Pocket. Il s’agit du quatrième ouvrage de l’auteur.

Quelle est l’histoire ?

Bernard Minier conte l’histoire terrible et glaçante d’Henry Dean Walker, un jeune homme de 17 ans, vivant sur Glass Island, une île située au nord de Seattle. Sa vie semble se dérouler sans accroc, Henry se partageant entre sa bande de potes et sa petite amie. Tout bascule le jour où cette dernière disparaît et est retrouvée sauvagement assassinée peu après. Toute l’île est sous le coup de l’émotion, l’angoisse et la paranoïa semblant gagner les habitants. Avec cet ouvrage, Bernard Minier offre un huis-clos particulièrement bien ficelé.

Putain_Histoire_Minier

Et les archives dans tout ça ??

Si vous lisez régulièrement ce blog, vous savez combien les archives sont des éléments récurrents et essentiels dans les enquêtes policières. Elles peuplent les thrillers et permettent de faire avancer le récit tout en donnant un peu de respiration à une action parfois très dense.

Dans Une Putain d’Histoire, Bernard Minier évoque avec précision la collecte et l’utilisation des données par les services secrets et le détournement qui peut en être fait pour des recherches à des fins personnelles : « Il mit en route PROTON, un programme de collecte de métadonnées (…) Pour des gens comme Jay, les métadonnées (…) c’était le pied. » Afin de retrouver quelqu’un, il suffit parfois d’explorer ces données – ici les données relatives aux appels téléphoniques stockées par la NSA. L’auteur donne le détail des données collectées stockées sur des bases de données différentes selon leur thématique : une des bases de données renferme le trafic internet et l’autre les enregistrements téléphoniques. Si ce stockage de données privées est avant tout destiné à la surveillance du territoire et à se prémunir contre les activités illicites, Bernard Minier montre ici que des intérêts privés peuvent parfois s’emparer du système à des fins plus personnelles. Simple fiction ? La surveillance du contenu des réseaux sociaux décrite dans l’ouvrage paraît pourtant bien réaliste. Le système de surveillance et de croisement des données est décrit par le menu et fait plutôt froid dans le dos. Pourtant, on ne peut s’empêcher de penser en historien et se dire que ces milliers de données seraient une source passionnante pour les chercheurs en sciences humaines pour l’avenir. Les régimes exerçant une surveillance sur leurs citoyens sont, en effet, de gros producteurs d’archives. Evidemment, dans l’absolu, il existe des organismes de contrôle de l’utilisation des données mais comment garantir un accès totalement sécurisé à toutes et tous et une utilisation éthique de cette masse d’archives numériques que nous générons tous dans la plus grande naïveté.

Pourtant, sachant combien les citoyens sont pistés, certains groupes d’individus savent comment masquer leur présence sur internet ou comment falsifier des données pour tromper la surveillance : « sans données, le roi était nu… » Contre la toute-puissance de l’Etat, la résistance s’organise, même s’il est bien difficile d’échapper aux logiciels de reconnaissance faciale, aux croisements de bases de données multiples qui tendent à retracer les faits et gestes des individus les plus inoffensifs.

Enfin, Bernard Minier évoque les archives d’un centre de fertilité et l’accès confidentiel aux données concernant les donneurs. Le directeur du centre, facilement corruptible, laisse un des protagonistes accéder aux dossiers. C’est l’occasion pour l’auteur de décrire la manière dont ces documents sont conservés : dans un meuble « même pas verrouillé ! » dans un garage, autant dire le niveau minimum de conservation sans aucune garantie de contrôle de la consultation des archives rangées dans de simples dossiers suspendus. On apprend par la suite que le visiteur a embarqué la fiche du donneur qui l’intéressait : « extrait des archives de Jeremy Hollyfield », bref, rien ne va plus.

L’accès aux archives qu’elles soient conservées sur support papier ou bien plus encore sous forme de métadonnées est bien l’arme du futur et leur contrôle est un élément de pouvoir et de savoir. Encore faut-il en persuader nos décideurs et mettre en place des instances de contrôle pour éviter des usages néfastes.

Sonia Dollinger

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