Deus Irae : archiver mais pourquoi ?

Publié: 8 juin 2019 dans Littérature
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200px-Roger_Zelazny_Phillip_K._Dick_Deus_IraeDeus Irae est un ouvrage écrit à quatre mains par deux poids lourds de la science-fiction américaine : Philip K. Dick (Le Maître du Haut-Château) et Roger Zelazny (Cycle des Princes de l’Ambre, Cycle de Francis Sandow), publié en 1976 aux États-Unis et en 1977 en France.

Carlton Lufteufel, responsable du programme américain des armes nucléaires, a provoqué un holocauste atomique qui a ravagé le monde. Une partie des survivants a alors créé une nouvelle Église : si le monde a été détruit, c’est que Dieu n’est pas amour, mais colère. Et Carlton en est son incarnation, initiateur du châtiment divin. Tibor MacMasters, peintre handicapé sans bras ni jambes, réputé pour son travail de grande qualité, est engagé par l’Eglise de la Colère pour retrouver et faire le portrait de Carlton Lufteufel. Le roman suit cette quête.

Et les archives dans tout ça ??

Le mot « archives » n’apparaît pas dans le roman tel quel. L’originalité de l’ouvrage est d’évoquer le rôle des archives et comment la perception de ce rôle peut influencer la politique, et par conséquent le destin du monde. Je m’explique.

En prévision de l’apocalypse, les États-Unis avaient mis en sécurité les savoirs jugés fondamentaux, « des micro-documents enfermés dans des capsules à l’épreuve du temps et enfouis à plusieurs kilomètres de profondeur». La théorie prédominante avant Carlton Lufteufel était la théorie du nombre : pour qu’une nation survive, il faut un certain nombre de survivants pour la faire fonctionner. Carlton Lufteufel en 1983, dans un discours intitulé « Contre-vérité arithmétique », dénonce cette théorie : l’identité d’une nation n’est pas liée à l’identité des individus mais aux savoirs et notamment aux savoir-faire de celle-ci. Il suffit de conserver ces savoirs de telle manière que les survivants puissent les utiliser, quel que soit leur nombre. Convaincu par cette théorie, Carlton déclenchera l’apocalypse. Mais l’avenir lui donnera tort, car les survivants ne récupéreront pas ces archives, trop occupés à « cultiver le sol pour y récolter de quoi les maintenir en vie ».

Bien que court, ce passage est intéressant. Il pose la question de la perception du rôle des archives : considéré comme le cœur de la nation, leur conservation et leur accessibilité est suffisant pour assurer le fonctionnement, la survie et la renaissance de la susdite nation. Les archives sont donc considérées comme essentielles. Mais la théorie de Carlton se mord la queue : en effet à quoi sert-il de conserver, s’il n’y a plus personne pour consulter ces documents ?

Marc Scaglione

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