Dieu et nous seuls pouvons : les archives essentielles

Publié: 19 mars 2019 dans Littérature
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Dieu et nous seuls pouvons est le premier roman de Michel Folco, paru en 1991. Divisé en deux parties, il narre l’histoire d’une famille de bourreaux dans la bourgade fictive de Bellerocaille dans l’Aveyron d’abord en 1683, puis en 1906. La première partie connaîtra une adaptation très libre en film sous le titre Justinien Trouvé ou le Bâtard de Dieu en 1993 par Christian Fechner.

Quelle est l’histoire ?

Couverture

En 1683, Justinien Trouvé est arrêté et condamné à vingt ans de galère. Suite à un concours de circonstances, il devient bourreau de la bourgade de Bellerocaille sous l’identité de Justinien Pibrac. En 1906, Hippolyte Pibrac est le patriarche et septième bourreau de la famille, mis au chômage par le décret Crémieux qui confie toutes les exécutions au bourreau de Paris. Nous suivons alors le conflit entre ce dernier et son fils Léon qui renie son héritage familial.

 

 

Et les archives dans tout ça ??

En préambule, il faut rappeler que les bourreaux étaient rejetés par la population et disposaient d’une réglementation particulière.

Après un énième esclandre d’Hippolyte Pibrac, Léon son fils, boulanger, souhaite changer de nom car il ne supporte plus l’opprobre et le rejet. Sa demande refusée, il contacte un avocat, Nicolas Malzac dans le but de faire aboutir sa demande.

Nicolas Malzac accepte et étudie le dossier de Léon : pour cela il fouille dans les archives judiciaires à la recherche de précédent, mais aussi pour enrichir sa connaissance des Pibrac, les croquemitaines locaux. Faisant chou blanc, il se rend à Bellerocaille et sous le prétexte de rédiger un ouvrage historique sur les bourreaux, rend visite à Hippolyte. Il apprend que depuis sept générations, les Pibrac rédigent un journal, composant ainsi une chronique familiale transmise de générations en générations. Ces archives familiales sont essentielles dans la construction de l’identité des Pibrac, qui les conservent religieusement et avec attention.

Découvrant que le premier Pibrac s’appelait Trouvé, il se rend dans sa ville natale de Roumégoux pour trouver son acte de naissance daté de 1663. Le maire le laisse consulter les archives car « la loi » l’autorise « à consulter les registres antérieurs à cent ans ». On sent que l’auteur connaît la loi de 1979, mais je ne sais pas si les règles de communicabilité étaient identiques en 1906. Les archives sont dans un « réduit mal éclairé ». Ce qui n’est pas illogique pour un local archives d’une petite commune. Mais l’archiviste lui n’échappe pas au cliché, décrit comme un « fonctionnaire en lustrines et bésicles ». Ce dernier connaît bien son fonds car il retrace son histoire à l’avocat. Finalement Nicolas Malzac trouve l’acte de naissance, gagne son procès et Léon Pibrac devient Léon Trouvé.

Plus tard, Léon menace son père de raser la demeure familiale lorsqu’Hippolyte sera décédé. Ce dernier fait tout pour faire classer le monument. Il demande l’aide du notaire, indiquant que leurs familles avaient déjà collaboré.  Ce qui offusque le notaire : sa famille travailler avec celle du bourreau ? Jamais ! Hippolyte ne se gêne pas pour lui rappeler le contraire en citant un mémoire de frais de 1683. Il est même capable de citer la cote et la localisation de ce mémoire se trouvant « aux Archives municipales, deuxième section, file 326A45 », ce qui mouche le notaire. La connaissance des archives impactant l’histoire de sa famille est un élément de pouvoir pour Hippolyte Pibrac face à une population a minima méprisante voire hostile.

Les archives jouent donc un rôle essentiel : symbole de l’identité, elles permettent aux protagonistes de prouver leurs droits et de rappeler la vérité historique à ceux qui aimeraient bien l’oublier.

Marc Scaglione

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