Corto Maltese : les archives corrompues

Publié: 27 avril 2018 dans BD, comics, manga
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Corto Maltese est une série de bande dessinée créée en 1967 par le scénariste et dessinateur italien Hugo Pratt. Elle met en avant le héros du même nom, un marin aventurier britannique en quête de trésors et de magots cachés tout autour du monde. L’histoire se situant dans la première partie du XXe siècle, les intrigues se retrouvent régulièrement associées aux enjeux géopolitiques de l’époque, tels que le conflit russo-japonais de 1904-1905 ou la Première Guerre mondiale dont il est souvent question.

Tango

Dans sa 27e aventure, Tango, Corto Maltese est à Buenos Aires en 1923, où il est à la recherche d’une ancienne amie, Louise Brookszowyc, afin de la sauver de l’emprise d’une organisation criminelle de proxénètes nommée la Warsavia. Apprenant rapidement qu’elle a été tuée, il va chercher à comprendre la raison de cet assassinat et à la venger. Il se retrouve alors mêlé à une intrigue plus vaste, impliquant policiers corrompus, anciens bandits du Far West américain et grands propriétaires terriens en Patagonie, faisant écho à une partie de sa jeunesse passée en Argentine …

Et les archives dans tout ça ??

La première apparition de l’archiviste de cette histoire a lieu dans un commissariat. Employé de la police, O’Maley renvoie dans un premier temps l’image d’un fonctionnaire tout ce qu’il y a de plus classique, tendant même à l’exemplarité. Il est en effet poli et courtois, dévoué et organisé en mettant à peine quelques minutes à répondre à la demande de consultation de son supérieur. Sa représentation est ici victime d’un premier cliché : il connaît évidemment par cœur le contenu des documents et est capable de confirmer la mention du nom de Corto Maltese dans le dossier.

Cependant, cette idée que l’on se fait de lui va rapidement être modifiée, tout d’abord lorsqu’il commence à s’intéresser à l’affaire pour laquelle le dossier lui a été demandé. La position classique de l’archiviste, intermédiaire entre les documents et les lecteurs, est ici remise en question.

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Peu à peu, apparaît sa volonté de profiter à titre personnel des informations contenues dans les archives dont il a la charge. Effectivement, celles-ci contiennent des révélations sur les agissements illicites de certains étrangers en Patagonie, actions auxquelles Corto Maltese aurait d’ailleurs participé. La révélation de ces affaires (acquisitions et exploitations illégales de terres, corruption de l’État, meurtres, …) pouvant créer un scandale au niveau international, O’Maley y voit l’opportunité de gagner en influence et ainsi de se rapprocher du pouvoir, son objectif affiché étant de s’affirmer comme une personne pesant sur les décisions politiques importantes du pays.

Pour arriver à ses fins, O’Maley n’hésite pas à utiliser la manipulation ou encore la force. À la recherche d’un allié puissant, il fait chanter son supérieur, inspecteur de la police centrale de Buenos Aires. Désireux d’obtenir des informations de la part de Corto Maltese, il n’hésite pas à le suivre et à s’engager dans une course poursuite en voiture dans les rues de la capitale argentine. Enfin, dans l’idée d’écarter les possibles opposants à son plan, il va jusqu’à se charger lui-même d’éliminer les agents corrompus liés à l’association de proxénètes de la Warsavia, qui pourraient le freiner dans ses actions.

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Apparaissant comme un homme d’action, cet archiviste se révèle au fil de l’histoire être un personnage ne recherchant que l’enrichissement et le pouvoir personnel, profitant de sa position au plus près des informations et de l’institution policière. N’hésitant pas à manipuler et trahir ses alliés, il va cependant se retrouver dépassé par les événements.

En conclusion du récit, O’Maley laisse ainsi une impression de naïveté. Après avoir cherché à faire chanter la police et à jouer avec l’organisation criminelle de la Warsavia, on le retrouve finalement affilié à l’un des grands propriétaires terriens en Patagonie, qui s’avère tirer les ficelles de toute cette histoire. Ce dernier, à la tête d’un puissant commerce et dirigeant un important réseau, se moque de O’Maley et lui reproche ses trop nombreuses manipulations, pour finir par le faire tuer : « Quand on se croit trop intelligent, on finit toujours par faire un faux-pas », lui assène le magnat. Ce dernier en profite même pour signaler à l’assistance qu’avec son pouvoir et ses relations, il lui est aisé de faire disparaître un document ou d’en modifier le contenu. L’intégrité, la sécurité et la fiabilité des archives sont une nouvelle fois ici mises à mal.

De manière globale, l’archiviste ne jouit pas d’une bonne image dans cette œuvre, successivement qualifié de « commis », de « petit […] bureaucrate » ou encore de « petit employé ». Il n’est pas considéré comme une fonction importante de son administration, et la personnalité et les activités de ce O’Maley ne vont certainement pas arranger les choses !

Quentin Audran

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