Ferragus : un archiviste ver luisant

Publié: 20 avril 2018 dans Littérature
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Ferragus, chef des Dévorants, est un roman d’Honoré de Balzac paru en 1833 pour la première fois sous forme de feuilleton et qui s’inscrit dans son grand oeuvre, la Comédie Humaine. On peut voir dans ce récit les prémices du roman policier ainsi qu’une peinture réaliste des mœurs parisiennes.

FerragusL’histoire : au cours de l’année 1819, un jeune officier de cavalerie, Auguste de Maulincour se languit d’amour pour Clémence Desmarets, épouse d’un riche agent de change. Alors qu’il suit cette dernière dans un quartier mal famé, il la soupçonne d’avoir une liaison avec un personnage mystérieux nommé Ferragus. Fou de jalousie, Maulincour persécute la malheureuse Clémence et révèle l’affaire à son mari. Jules Desmarets qui aime sincèrement sa femme est peu à peu envahi par le doute et veut savoir de quoi il retourne. La curiosité de son mari, le poids de son lourd secret et la honte qui en résulte finissent par avoir raison de la santé de Clémence qui meurt de désespoir. L’identité de Ferragus est enfin révélée à Jules Desmarets mais… trop tard !

 

 

Et les archives dans tout ça ??

Alors que Jules Desmarets espionne sa femme, une lettre de Ferragus arrive dans leur demeure. Jules s’en empare, souhaitant la lire, manque de chance, la lettre est cryptée. C’est alors que l’agent de change va faire appel à son ami le plus fidèle, Claude-Joseph Jacquet, archiviste de profession. Ce passage donne l’occasion à Balzac de dresser un portrait ciselé dont il est spécialiste.

Après avoir loué sa probité et l’austérité de ses mœurs, l’auteur évoque sa profession : « Employé au ministère des Affaires étrangères, il avait en charge la partie la plus délicate des archives. Jacquet était dans le ministère une espèce de ver luisant qui jetait la lumière à ses heures sur les correspondances secrètes, en déchiffrant et classant les dépêches. » Balzac nous présente donc un monde sombre et austère dans lequel évolue un être humain qui apporte sa lumière et son intellect dans un monde feutré. L’archiviste classe, comme c’est le cas pour chacun d’entre nous, mais il a également ici une mission de déchiffrage, il participe donc activement aux affaires du ministère, apportant son expertise sur des documents dont il est l’un des rares à pouvoir en comprendre le sens. L’archiviste est donc présenté ici comme un médiateur entre le document et son lecteur puisque, sans son travail, les archives resteraient inutiles car indéchiffrables.

Jacquet occupe un bon poste mais ne navigue pas dans les hautes sphères : « il se trouvait aux Affaires étrangères tout ce qu’il y a de plus élevé dans les rangs subalternes et vivait obscurément, heureux d’une obscurité qui le mettait à l’abri des revers. » L’archiviste appartient ainsi clairement aux classes moyennes et les Archives ne sont évidemment pas le service le plus important du ministère. Pourtant, les compétences de l’hommes sont reconnues et il peut même se lier d’amitié avec des personnages aussi riches et puissants que Jules Desmarets.

Claude-Joseph Jacquet fait également état d’un des devoirs de l’archiviste en se qualifiant de « muet par état » et en insistant : « c’est ma partie, la discrétion. » Jacquet évoque là le devoir de réserve auquel tout archiviste est lié puisque c’est lui qui a, in fine, la connaissance des dossiers la plus étendue ou au moins la possibilité d’accéder aux informations de sa structure sans problème. Il est donc le garant d’une discrétion nécessaire à l’exercice de ce métier. Balzac oppose d’ailleurs la discrétion de Jacquet au caquetage d’un ministre qui se dépêche de raconter les déboires de Jules Desmarets, opposant ainsi la rigueur et la probité du fonctionnaire à la péroraison du politique mondain.

Enfin, l’archiviste fait montre de son grand professionnalisme car, à peine a-t-il posé les yeux, sur la lettre codée, qu’il en décode le chiffre sans même sourciller. Ainsi, son expertise est reconnue. Il va même reconstituer le cachet brisé de la missive pour éviter qu’on découvre qu’elle a été lue. Jacquet est l’homme qui sait dont l’homme qui a le pouvoir économique a besoin et sans lequel il n’aurait pu résoudre son énigme. Preuve, s’il en est, que l’argent ne remplace pas toujours le savoir.

Balzac semble avoir une bonne opinion de son personnage puisqu’il écrit même qu’il est digne d’avoir Plutarque pour biographe. Jacquet est, en effet, présenté comme un homme libre que les pesanteurs bureaucratiques désolent malgré son appartenance à l’administration.

Claude-Joseph Jacquet est un donc un archiviste présenté de manière positive, sans volonté de caricaturer son métier, une sorte de modèle pour les archivistes du temps présent. Le ver luisant n’est-il pas la seule source de lumière dans l’obscurité ?

Sonia Dollinger

commentaires
  1. […] : Balzac (de), Honoré, Ferragus, chef des Dévorants, Flio, classique, 256 […]

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