Tokyo Vice : archives et journalisme

Publié: 28 mars 2018 dans Littérature
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Tokyo_Vice_1Tokyo Vice est un ouvrage du journaliste américain Jake Adelstein, il appartient au genre documentaire ou de nonfiction selon la terminologie américaine. Le livre raconte l’expérience d’Adelstein en temps que journaliste au Yomiuri Shinbun, l’un des plus prestigieux quotidiens du Japon. Il fait partie des rares étrangers à avoir pu intégrer une telle rédaction après ses études sur le sol nippon.

Avec cet ouvrage, Jake Adelstein dévoile plusieurs pans de la culture japonaise et évoque ses enquêtes dans les bas-fonds de Tokyo, montrant un aspect de la ville plutôt glauque et interlope. L’auteur développe également ses méthodes et montre combien les relations entre journalistes et policiers sont parfois ambiguës. Le problème est que ses investigations le mettent sur la piste des gangs yakuzas et mettent en péril sa carrière et sa vie. C’est de tout cela que traite Tokyo Vice et on ne sort pas indemne d’une telle lecture !

Et les archives dans tout ça ??

Les archives apparaissent à deux reprises dans Tokyo Vice. Lorsque le jeune journaliste fait son apprentissage du métier, l’une des tâches qu’on lui confie est l’archivage. Il ne semble donc pas exister d’archiviste dédié à cette mission que les journalistes exercent lorsqu’ils sont en équipe de nuit : « Et lorsque nous étions de nuit, nous devions tenir à jour les archives. »

Apparemment, l’archivage ne va pas de soi pour Jake Adelstein : « Les consignes d’archivage étaient incroyablement compliquées. Il y avait des instructions sur l’endroit où écrire la date de l’article et sur la manière de noter son numéro d’édition, où l’archiver, où faire des copies, comment recenser les articles de l’édition nationale et ceux des unes. Le mode d’emploi des archives était incroyablement plus gros que celui du journaliste judiciaire. »

Le journaliste semble s’étonner que l’archivage obéisse à des règles. Et oui, c’est quand même tord les archives :  il ne suffit pas de découper un article de travers et de le coller dans un dossier au hasard ! Les consignes doivent être d’autant plus précises que visiblement plusieurs équipes de journalistes sont chargés de cette tâche et qu’il convient donc de leur donner des recommandations précises pour éviter que tout le monde fasse comme il l’entend et donc, in fine, pour que tout le monde s’y retrouve.

Pour son second contact avec le monde des archives, Adelstein endosse le rôle du lecteur qui doit effectuer des recherches dans les archives  des numéros anciens du journal. Il est chargé de regrouper un maximum d’informations sur un individu sur lequel il enquête. Et là encore, la méthode lui semble complexe ou pesante : « C’était avant que le Yomiuri ne conserve une version numérique des différents numéros, ce qui voulait dire qu’il fallait faire ça à l’ancienne, d’une façon tout à fait emmerdante, en parcourant des éditions reliées. Après deux jours passés à m’éclater les yeux, je suis finalement tombé sur un article (…)« 

On ne peut que sourire devant une telle mauvaise foi : l’utilisation du mot « à l’ancienne » suggère que plus personne ne compulse les journaux de cette manière, en les feuilletant ou que c’est un procédé absolument ringard. En l’occurrence, on lit entre les lignes que le journaliste a peu de temps pour mener son enquête et qu’il trouve sans doute que feuilleter les journaux est une perte de temps. Cependant, la numérisation n’a de sens et ne fait gagner du temps que dans la mesure où elle est accompagnée d’une indexation qui permet d’effectuer des recherches précises. En effet, comble de la mauvaise foi, l’auteur se plaint de « s’éclater les yeux », comme si la lecture sur écran était plus confortable… ouais, j’ai quand même un peu de mal à y croire.

A travers ces deux passages, on note donc deux choses :

  • le fait qu’un journaliste perçoive la complexité d’un système de classement mais ne semble pas comprendre l’utilité de procédures normées qui permettent un archivage pertinent,
  • le changement d’habitude de recherche et de perception de la consultation des données qui montre un journaliste habitué à la pratique numérique mais dérouté et pas du tout charmé par la recherche sur documents originaux.

Des archives sans archiviste, des rapports au document compliqués, pas facile d’évoluer au milieu des archives à Tokyo !

Sonia D.

 

 

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