La Frontière : des fantômes aux Archives

Publié: 16 mars 2018 dans Films
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La Frontière est un court-métrage de Valérian Cadici, tourné à Nancy dans la bibliothèque municipale Stanislas. Il a été écrit, réalisé et diffusé en 2015 dans le cadre du « 48 Hour Film Project » qui est un concours international. Les participants doivent écrire, filmer, monter et remettre leur court-métrage seulement 48 heures après le lancement du concours en respectant des éléments imposés (genre, personnage, objet, ligne de dialogue). Valérian Cadici a donc dû faire un court-métrage fantastique dans lequel le personnage de François(e) Trape, portier(ère) de profession, devait être présent, de même qu’une craie et la ligne de dialogue suivante : « Pourquoi ça n’arrive qu’à moi ? ». Ce court-métrage a obtenu 5 prix, celui de la « Meilleure réalisation », du « Meilleur son », du « Meilleur montage », mais aussi celui du « Meilleur acteur » pour Hugo Lecardinal et de la « Meilleure actrice » pour Clara Camblor.

Dès le générique le ton est donné, la musique est angoissante, les flashs aveuglants et le fond noir strié par un trait de lumière légèrement bleutée font immédiatement penser à un autre univers. Le titre même La frontière, pose question, serions-nous à la frontière du réel et de l’irréel, du véridique et de la fiction ? La particularité du genre fantastique réside justement dans cette ambivalence puisqu’il s’agit toujours de l’irruption de faits ou éléments surnaturels dans un quotidien ordinaire.

Le court-métrage débute au milieu de rayonnages qui pourraient être à la fois ceux d’un magasin d’archives ou de bibliothèque. Le personnage apparaît entre deux tablettes, dissimulé par des livres et boîtes d’archives. On le voit ensuite ranger des boîtes de type Cauchard dans une demi-pénombre quand surgit la deuxième protagoniste que l’on ne voit pas tout de suite mais dont on entend la voix. On comprend alors que le jeune homme s’appelle Raphaël, qu’il est magasinier et qu’il est « aux aguets » car son prédécesseur est parti « pour cause de démence » (1’12). Le ton est donné.

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On ne voit le visage de Françoise Trape, la seconde protagoniste, qu’au bout d’une minute et 25 secondes. Elle apparaît elle aussi entre deux tablettes mais l’intégralité de son visage est masqué à l’exception de ses yeux. Cette dissimulation symbolise l’univers secret dans lequel se trouvent les deux personnages. Raphaël, prenant un livre en main, va demander à Françoise où ce dernier se range. Elle va lui répondre : « celui-là n’est pas ici, c’est dans les archives » (1’37) et lui propose de l’y emmener car il ne les connaît pas. Tous deux prennent alors un ascenseur qui les emmène au rez-de-chaussée si l’on en croit le bouton appuyé mais qui ressemble fort à un sous-sol.

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Et les archives dans tout ça ??

Situées bien évidemment à un étage inférieur, topos s’il en est, la représentation des archives dans ce court-métrage va canaliser les fantasmes véhiculés par l’imagerie populaire. Comme l’on descendrait dans les limbes, l’on descend ici aux archives, l’ambiance se fait pesante et Françoise demande innocemment (et rhétoriquement) à Raphaël : « J’espère que vous n’avez pas peur des fantômes ? » (2’00). Question saugrenue laissant sous-entendre que les archives seraient le lieu de vie privilégié des fantômes. Innocemment Raphaël lui demande s’il y en a en bas, ce à quoi elle répond en esquissant un sourire énigmatique : « plein ! ».

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Une fois arrivés dans ce fameux magasin d’archives, un bruitage angoissant retentit. Alors que Raphaël s’étonne du fait que l’on puisse être portière dans une bibliothèque, Françoise détourne la conversation pour lui indiquer le numéro de la travée. Alors qu’il est occupé à ranger l’ouvrage, Françoise disparaît (2’54). Il la cherche alors sans la trouver quand elle surgit d’une allée pour lui faire peur ce que Raphaël, déjà peu rassuré par le lieu, n’apprécie guère. Elle lui explique alors que lorsqu’elle « était gamine et [..] avait peur, [sa] mère lui disait qu’il suffisait de dessiner un trait avec une craie pour que les fantômes ne puissent pas passer » (3’26). Ce à quoi Raphaël répond, dans un élan de courage : « Tu sais ce que je leur dis aux fantômes, moi ? » tout en jetant la craie au loin. Alors qu’ils s’apprêtent à partir des archives, des bruits bizarres se font entendre et, en se retournant, ils voient, entre deux épis, un avant-bras étendu sur le sol tenant dans la main l’un des morceaux de craie. Comme si l’on traînait le reste du corps, un trait se forme sur le sol et le bras disparaît. Raphaël s’énerve, se demande si c’est un bizutage réservé aux nouveaux venus dans les archives et va voir l’allée en question pour surprendre la personne qui lui ferait une blague mais ne trouve que le morceau de craie dans l’allée déserte. Des bruits de rayonnages métalliques qui s’entrechoquent résonnent au loin et une succession de faits surnaturels s’enchaînent. Alors qu’il souhaite s’échapper, il comprend que le fantôme en question est justement Françoise qui le poursuit. Puis l’image se coupe (5’47), l’extérieur de la bibliothèque puis la salle de consultation sont tour à tour filmés. Hors des archives, l’ambiance est calme et apaisée mais la musique classique est légèrement inquiétante. De nouveau un plan montre l’ascenseur en train de descendre puis l’on voit un jeune nouveau magasinier, quelque peu hésitant, ranger des livres lorsque surgit Françoise, toujours le visage dissimulé par les tablettes. L’histoire est prête à recommencer.

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Si les personnes travaillant dans les archives et les bibliothèques ne répondent pas, dans ce court-métrage, aux stéréotypes traditionnels les faisant passer pour des êtres âgés, revêches et forcément taciturnes mais bien pour des personnes jeunes, dynamiques et même plutôt séduisantes, les archives restent un endroit emprunt de clichés. Secrètes et mystérieuses, ce sont elles qui servent ici de frontière entre le monde normal et le monde surnaturel. Dans cet univers bien ordonné où les dossiers sont classés de façon rationnelle, les archives renferment toute l’histoire et la vie des individus. L’on y trouve ainsi la trace de gens disparus ce qui peut expliquer que, dans ce lieu, puisse flotter fantômes et autres âmes tourmentées. Dans les allées désertes des magasins d’archives tout peut se cacher et tout peut arriver. Vous êtes prévenus !

Pour voir le court métrage : la Frontière.

Sarah Kerzazi.

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