Zombie Nostalgie : Bienvenue en Archivie

Publié: 9 février 2018 dans Littérature
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Zombie Nostalgie est le quatrième roman de l’écrivain et réalisateur norvégien Øystein Stene. Traduit en français par Terje Sinding, il est publié chez Actes Sud en 2015.

Quelle est l’histoire ?

Zombie_Nostalgie_1Il existe une île située entre le Groenland, l’Islande et les îles britanniques. Cette île ne se trouve pas sur les cartes. Elle a été effacée par les services de renseignements états-uniens, français et britanniques. Son nom est Labofnia.

Nous sommes en 1989. Le héros se réveille dans un local de stockage de fournitures. Il est nu, amnésique, son corps est froid et blême, il a du mal à se déplacer, il ne peut pas parler. Pris en charge par le service d’accueil de Labofnia, il découvre la vie locale et droit apprendre à vivre comme les autres habitants : bienvenue au pays des morts qui semblent vivants…

 

Et les archives dans tout ça ??

Les archives ont une place prépondérante dans ce roman. Le récit alterne les chapitres de deux histoires parallèles : d’abord, nous suivons l’histoire du personnage principal Johannes van der Linden, racontée à la première personne ; puis nous suivons l’histoire de Labofnia telle qu’elle est accessible grâce aux recherches dans les archives municipales. Toutes les informations ont pour sources les archives.

L’auteur semble avoir une bonne connaissance du domaine des archives, au vu de sa description de leur essence : « On peut y lire ce que la ville a été, ce qu’elle est, ce qu’elle aurait pu être, ses stades dépassés, son potentiel, ses défaites et ses victoires. L’histoire de la plupart des villes peut être reconstitué à partir de leurs archives ». Les archives ont aussi leurs propres histoires expliquant des classements parfois étonnants. Ainsi le plus ancien document d’archives est une reliure d’un psautier du Haut Moyen-Âge est archivé dans un dossier du Service du Plan et de l’Architecture, la raison étant qu’il a été probablement retrouvé sur un chantier.

Notre héros, après avoir passé des tests et subi un apprentissage accéléré, se voit affecter au service des Archives municipales de la Communauté autonome de Labofnia. Les raisons de cette affectation ? Il est considéré selon les tests comme « méticuleux, fiable, discret, [aimant]l’ordre et la précision » avec un certain goût « pour la logique et le classement ». Serait-ce là le profil idéal de l’archiviste ?

Mais il y a un bémol : il est affecté comme « documentaliste aux archives municipales ». Or tout professionnel de l’info/doc sait qu’il ne s’agit pas du même métier. Erreur de l’auteur ou de traduction ? Difficile de le dire, d’autant que plus tard et de manière ironique, Johannes va vraiment exercer une fonction de documentaliste. En effet, le gouvernement va décider de créer un fichier informatisé de recensement de la population labofnienne et Johannes sera chargé de sa création en intégrant les données des archives. A cette occasion, chaque citoyen reçoit en plus de son numéro d’identification, un ensemble de codes relatifs à leurs qualités. Ainsi Johannes se qualifie lui-même d’archiviste !!

Et le service des Archives municipales ? Composé de trois membres, il n’est que le reflet d’une organisation administrative pléthorique fonctionnant selon des règles complexes avec une équipe trop nombreuse pour le travail (en réalité c’est majoritairement le cas contraire). D’ailleurs le conservateur et l’autre membre de l’équipe jouent aux cartes toute la matinée. Témoignage de cette machine complexe, les règles de communication. Johannes dès son arrivée va interroger Helmer le conservateur sur la question. La réponse est simple : la transparence publique donne l’accès aux archives à tous les citoyens, à l’exception de ce qui concerne le privé ; la définition du domaine privé n’ayant pas encore été formulée, les archives sont donc confidentielles ! Ce qui n’empêchera pas Johannes de sortir des documents pour les consulter avec son ami afin d’étudier l’histoire de l’île.

Dans « Zombie Nostalgie », les archives sont primordiales et une référence sans cesse évoquée comme l’élément fondamental de toute connaissance historique.

Marc Scaglione

 

 

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