Mille femmes blanches : archives intimes et fait historique

Publié: 15 décembre 2017 dans Littérature
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Mille femmes blanchesMille femmes blanches, les carnets de May Dodd, est le premier roman de Jim Fergus. il sort aux Etats-Unis en 1998 et en France deux ans plus tard aux Editions du Cherche-Midi. Pour cet ouvrage, Jim Fergus obtient le prix du premier roman étranger en 2000. L’ouvrage a fait l’objet d’une suite sortie en 2016 sous le titre La Vengeance des Mères. Les deux livres sont disponibles en poche en édition Pocket. Mille femmes blanches connaît un succès retentissant en France où le titre se vend à plus de 400 000 exemplaires.

Mille femmes blanches se déroule aux Etats-Unis dans les années 1870 et  dénonce la politique du gouvernement américain et notamment du président Grant vis à vis des tribus indiennes. Jim Fergus met en scène Little Wolf, chef des Cheyennes du Nord, qui a réellement existé et qui est considéré comme un des plus grands chefs indiens de cette période. L’ouvrage met en scène le peuple cheyenne aux prises avec l’armée américaine pour la conservation de ses terres ancestrales.

La fiction est racontée à travers le journal et les lettres de May Dodd, une des femmes livrées aux Indiens par le gouvernement américain pour devenir leurs épouses et tenter d’acculturer les Cheyennes afin de les assimiler peu à peu à la culture blanche. Ce journal fictif est l’occasion pour l’auteur d’évoquer la ou les cultures indiennes, les tensions entre les tribus, la vie simple mais rude des Indiens nomades, leurs traditions et le traitement inhumain que leur ont réservé les nouveaux occupants de leurs territoires.

Et les archives dans tout ça ??

May Dodd est une jeune femme de la bourgeoisie de Chicago, enfermée dans un asile par sa famille parce qu’elle a décidé de mener une vie non conventionnelle avec un ouvrier. Pour échapper à son internement, May accepte de faire partie d’un convoi de femmes livrées aux Cheyennes. Elle devient l’épouse du chef Little Wolf et sa vie est transformée à jamais.

Le destin de May Dodd intrigue J. Will Dodd, l’un de ses descendants qui a entendu des légendes familiales se propager au sujet de son aïeule qu’on disait un peu dérangée. Chacun sait combien les secrets de famille peuvent être pesants s’ils ne sont pas résolus. J. Will Dodd, comme un bon généalogiste, part donc en quête du peu d’informations disponibles : « Je me mis alors à fouiller dans les archives familiales, sans trop de sérieux d’abord, mais peu à peu mû par un intérêt que certains pourraient qualifier d’obsessionnel. » Voilà notre personnage piqué par le virus de la recherche : il trouve une lettre de son ancêtre évoquant son départ pour les territoires indiens. La lettre n’avait pas été détruite malgré son caractère sulfureux pour la famille et avait été conservée dans un coffre-fort. De ce fragile document presque effacé, le descendant de May tire assez d’informations pour poursuivre sa quête.

Evidemment, J. Will Dodd se rend à l’asile où avait été enfermée May mais il ne s’y trouve plus aucun dossier concernant les patients des années 1870. Ces documents, sans doute jugés encombrants et non essentiels, ont été détruits, condamnant les descendants des internés à la spéculation et à l’ignorance.

Méthodiquement et muni de la lettre de May, J. Will Dodd effectue ses recherches qui le mènent à la réserve indienne de Tongue River où il déniche, dans les archives indiennes, les journaux écrits par May Dodd qui font l’objet de la publication. Ces archives sont considérées par les Cheyennes comme un trésor sacré. Ces carnets racontent la fourberie du gouvernement américain et sont un témoignage de la vie d’une tribu indienne confrontée aux mensonges, aux rudesses des climats, à la mort ou à la captivité.

Si Mille femmes blanches est bien une fiction, l’ouvrage montre combien un secret familial peut être lourd à porter, combien la moindre petite pièce d’archives peut permettre de reconstituer un destin individuel ou une histoire collective.

Alors, qui doit décider si un document d’archives est essentiel ou non et pour qui ?

Sonia Dollinger

 

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