Sans pitié ni remords…mais avec des archives

Publié: 6 octobre 2017 dans Littérature
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Sans pitié ni remords est un roman policier de Nicolas Lebel, professeur d’Anglais et auteur de plusieurs titres de fiction mettant en scène l’inspecteur Mehrlicht. Dans cet ouvrage, Lebel évoque le monde de l’art et les trafics d’œuvres qui se trament en sous-main dans les réserves des grandes institutions.

Sans pitiéNous sommes en novembre 2014 et le capitaine Mehrlicht vient de perdre son meilleur ami, Jacques Morel, également policier. Sans héritier, Morel fait de Mehrlicht son légataire. Alors que le notaire lui tend une enveloppe contenant un diamant, le capitaine Kabongo de l’OCBC, la « police de l’Art » lui tombe dessus comme sur un suspect. Le diamant provient de l’œil d’une statue dérobée au Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie dix ans auparavant. Cette statue semble d’ailleurs attirer bien des ennuis à ceux qui l’approchent de trop près. Les morts parsèment l’enquête : les personnels de différents musées parisiens sont victimes de tueurs mystérieux. Kabongo est présenté comme un policier amoureux de son travail qui est de récupérer des œuvres volées, parfois depuis des siècles : « Elles nous sont transmises afin que nous en prenions soin et pour qu’à notre tour, nous puissions les confier aux générations suivantes » explique-t-il, décrivant ainsi un peu notre beau métier d’archiviste également.

Mais, ce billet ne devrait-il pas se trouver sur un site intitulé « Musée et culture pop' » me direz-vous ? Ce serait, en effet, totalement justifié au vu du sujet et des descriptions très précises des rivalités entre institutions et des pertes d’œuvres à l’occasion de leur transfert. Je vous invite d’ailleurs à lire ce polar pour cet aspect, certes parfois outrancier, mais intéressant.

Et les archives dans tout ça ??

La première mention des archives apparaît assez tôt dans l’ouvrage lorsque le capitaine Cuvier, prenant le relais de son collègue en vacances, arrive dans les bureaux et les observe. Chaque bureau reflète la personnalité de celui qui l’occupe, nous l’avons tous remarqué et l’auteur fait ici le même constat : « A gauche, le bureau de Dossantos (…) ; les dossiers y étaient en ordre. A droite, celui de Mehrlicht était un chaos où s’entremêlaient des feuilles diversement colorées, des chemises cartonnées que les archives devaient rechercher depuis plusieurs mois (…)« . Et là, je vous vois, chers collègues archivistes, lever les yeux au ciel et soupirer, vous rappelant les documents sortis pour consultation interne que vous réclamez depuis des mois à vos collègues qui les ont oubliés dans un tiroir – quand ils n’ont pas eu la bonne idée de les glisser subrepticement dans un nouveau versement…

L’importance de l’archivage dans le travail des policiers est relevée bien plus loin dans le récit lorsque les inspecteurs Latour et Dossantos sont confinés au bureau au lieu de suivre leur chef sur le terrain. « Latour et Dossantos étaient assis à leurs bureaux, devant leurs ordinateurs parce que les tâches de saisie, de compilation et d’archivage étaient au cœur de leur travail. » Nicolas Lebel explique, en effet, que le fait de consigner les détails d’une enquête permet ensuite des recoupements et ainsi aide à élucider des affaires, parfois longtemps après. Laisser trace, compiler un maximum d’informations est essentiel dans le cadre d’enquêtes complexes qui peuvent parfois prendre plusieurs années et s’enrichir de témoignages divers. Dans les grandes affaires, cela peut occasionner une masse d’information parfois difficilement exploitable par un être humain mais c’est aussi cette accumulation de détails qui peut parfois permettre de trouver une aiguille dans une meule de foin, d’où l’intérêt de délais de conservation assez longs pour ce type de dossiers, intérêt qui se heurte parfois à la dure réalité du manque d’espace de conservation.

Archives égarées dans les bureaux, archives courantes en cours d’élaboration, les commissariats de police sont riches en documents en tous genres. Sans pitié ni remords démontre l’importance d’une bonne gestion de l’information dans le domaine du renseignement mais la démonstration est évidemment valable dans tous les domaines !

Sonia Dollinger

 

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