Ça ! Les archives de Derry

Publié: 20 septembre 2017 dans Littérature
Tags:, , ,

Ça ! Deux lettres qui ont traumatisé des générations de lecteurs depuis la sortie de ce titre de Stephen King en 1986. Clown, araignées, momies, loup-garou, toutes les peurs profondes liées à l’enfance mais aussi au monde adulte sont convoquées dans ce titre horrifique dont la lecture ne laisse pas indifférent.

ça_1Dans ce titre, Stephen King raconte la lutte d’un groupe de sept enfants, regroupés dans le club des Ratés, avec une monstruosité pluriséculaire tapie dans les soubassements de la ville de Derry, située dans le Maine. Les enfants se débattent avec leurs handicaps, leurs peurs, leurs complexes et évoluent dans un monde hostile où ils doivent se confronter à d’autres jeunes bourreaux, à l’indifférence des adultes et à un monstre qu’ils sont seuls en mesure d’affronter.

Le monstre attire les enfants en prenant le plus souvent la forme d’un clown ou déchaîne la violence pour se repaître du sang des habitants de Derry sans que personne, à part ce petit groupe de sept, ne semble y prêter attention. Livre mettant en scène l’Horreur pure – rappelant en cela les écrits de Lovecraft – Ça est également un grand roman sur l’Enfance, la puissance des rêves, de l’imagination et la générosité des enfants et les rapports compliqués qu’ils entretiennent avec le monde des adultes qui peut parfois sembler proche de l’Enfer.

Et les archives dans tout ça ??

Le roman de Stephen King alterne les récits de plusieurs époques différentes. Les deux principales phases se déroulent en 1958 lors de l’enfance des membres du Club des Ratés et en 1985 lorsqu’ils reviennent à Derry étant adultes.

ça_2Toutefois, il arrive que Stephen King fasse appel à des périodes plus anciennes de l’histoire de la ville afin de démontrer que Ça sévit depuis longtemps déjà dans les sous-sols de la ville. Dès 1740, la disparition de 300 colons est consignée dans les chroniques de la ville…Mais est-il fait mention des archives dans ce récit ?

L’un des sept héros, Mike Hanlon est bibliothécaire – et non archiviste – et est présenté comme le gardien de la mémoire et le véritable historien de la cité. C’est le seul qui reste à Derry et c’est lui qui prévient les autres du retour de Ça en 1985. A plusieurs reprises, King insiste sur le fait que certaines anecdotes ne sont connues que de lui seul. Lorsque le groupe se retrouve ensemble, Mike prend des notes et consigne « les minutes » de leurs réunions. Il a donc à cœur de conserver une trace des événements auxquels ils sont confrontés. Ses réflexes sont donc bien ceux d’un archiviste scrupuleux qui est également un acteur des faits.

Derry ne semble pas disposer d’un centre d’archives historiques puisque les documents évoquant l’histoire de la ville sont conservés à la Bibliothèque où travaille Mike avec certains manuscrits ayant appartenu à des écrivains plus ou moins célèbres.

Pourtant, les archives sont évoquées à plusieurs reprises : leur absence peut parfois se révéler cruciale et avoir des conséquences désastreuses. C’est le cas lorsque le père de Bill lui raconte que « cinq kilos de plans se sont un jour évanouis dans la nature« …pas de chance, ce sont les plans des canalisation et des égouts de la ville. La disparition de ces documents met en danger l’ensemble de la population, à commencer par le personnel des eaux dont certains membres se sont perdus à jamais dans les sous-sols. On peut toutefois s’étonner que personne n’ait jamais eu l’idée de recommencer le travail en faisant le relevé du réseau. La perte d’archives handicape donc grandement la ville sans que celle-ci n’y fasse grand chose.

ça_3Les archives de la ville sont mentionnées rapidement lorsque l’auteur évoque le lynchage du bûcheron Claude Héroux en 1906 après que ce dernier ait commis un massacre dans un bar. « Ce fut, du moins d’après les archives de la ville, le seul lynchage qui eût jamais lieu dans cette partie du Maine. Et, est-il besoin de le préciser, il ne fut pas signalé dans les colonnes du Derry News« . King n’en dit pas plus, on ne sait donc où sont conservées ces archives, mais le paragraphe est intéressant et édifiant pour ceux qui auraient tendance à ne consulter que la presse pour leurs recherches. Ici, un événement marquant – le lynchage d’un homme – est occulté par le journal local alors qu’il apparaît bien dans les archives qui restent donc une source primordiale et indispensable si on veut s’immerger dans l’histoire d’une cité.

Enfin, le mot archives apparaît de manière anecdotique en fin de roman lorsque King montre l’effondrement du bâtiment qui fait office de commissariat de police et de tribunal. Il indique la présence « d’un grenier où sont entassées toutes sortes d’archives et d’objets appartenant à la ville devenus inutiles. » L’histoire ne dit pas ce que sont devenus ces documents prétendus inutiles après l’effondrement de la structure…

Si les archives sont bien loin d’être au cœur du récit, leur absence – celles des plans – ou leur présence – celles de la ville qui racontent le lynchage – changent toutefois la donne de manière bien moins anecdotique qu’il n’y paraît.

Sonia Dollinger

commentaires
  1. Uris dit :

    On pourrait même penser que les archives entreposées dans le grenier du commissariat… auraient peut-être eu davantage leur place à la bibliothèque d’où on les avait soustraites ?

    J'aime

  2. […] deux représentations, que ce soit « Il » est revenu ou Ça. Pour cause, elles se basent sur le livre de Stephen King, publié le 15 septembre 1986, dont le premier volet concerne l’enfance des protagonistes lors de […]

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s