Les Rivières pourpres : les archives du sang

Publié: 23 juin 2017 dans Films, Littérature
Tags:, , ,

Rivières_Pourpres_1Les Rivières pourpres est le titre d’un roman écrit par Jean-Christophe Grangé et publié chez Albin Michel en 1998. Une adaptation ciné est projetée sur nos écrans deux ans plus tard avec dans les rôles-titres Jean Reno et Vincent Cassel. Le scénario est coécrit par le romancier et le réalisateur du film, Matthieu Kassovitz. Le roman connaîtra des rééditions et le film une suite, Les Rivières Pourpres 2 : les Anges de l’Apocalypse réalisée par Olivier Dahan et avec Benoît Magimel.

L’histoire suit deux enquêtes parallèles : celle de Pierre Niémans, envoyé de Paris, après une bavure, pour enquêter sur un meurtre à Guernon dans les Alpes et celle de Karim Abdouf (devenu Max Kerkerian dans le film), lieutenant à Sarzac, village paumé du Lot, enquêtant sur une profanation de sépulture et un vol d’archives à l’école primaire du village.

Et les archives dans tout ça ?

L’enquête du lieutenant Abdouf commence par un appel de la directrice de l’école primaire. Quelqu’un s’est introduit dans l’école de manière précautionneuse, mais à priori rien n’a été volé. Finalement on réalise que des archives ont été volées. Il est assez difficile de s’apercevoir de vols dans les archives….

Rivières_Pourpres_3

« Tout est rangé sous les combles, suivez-moi. Personne n’y va jamais » déclare la directrice. Des archives stockées par obligation mais ne bénéficiant d’aucun signe d’intérêt. Karim Badouf est frappé par « l’odeur du papier sec et poussiéreux » . Une odeur que connaissent bien les archivistes qui doivent travailler sous les toits dans des pièces non ventilées !

A partir de là, Karim Abdouf va mener son enquête, recherchant tout document d’archives concernant l’enfant dont la tombe a été profanée. Les Rivières Pourpres étant un roman policier, le travail de l’enquêteur va consister à trouver des preuves, la plupart du temps des documents. Rien de neuf. La particularité ici est que le lieutenant Abdouf va passer la moitié du roman à courir derrière des archives prouvant l’existence de Jude Itéro, cet enfant enterré à Sarzac. Encore une fois, le lien entre identité et archives est ici d’une importance primordiale !

Mais le rapport aux archives est aussi fondamental dans le twist de la révélation finale !

Niémans apprend lors d’un interrogatoire que des fiches de naissance ont été retrouvées dans le casier du père d’une des victimes. Cela titille notre inspecteur. L’interlocuteur, un ophtalmologue du crû explique la situation.

L’hôpital universitaire avait lancé un projet d’informatisation des archives. Des experts ont été envoyés pour écumer les sous-sols regorgeant de « vieux dossiers poussiéreux » pour évaluer le travail de saisie. Durant les recherches, ils ont retrouvé des fiches de nourrissons, seules, hors de leurs dossiers, dans l’armoire d’un employé de la bibliothèque. Un fait décrit comme anodin, une possible erreur administrative, mais dont on a parlé dans les journaux régionaux (quand même). Le plus étonnant est que les dossiers des nourrissons concernés n’étaient pas lacunaires et comportaient bien cette fiche de naissance. Les doubles ont été rapatriés aux archives, ces dernières étant « maintenues » tant que le projet d’informatisation n’était pas achevée.

Rivières-Pourpres_4

Niémans décide d’aller les voir, il appelle l’archiviste pour avoir les renseignements (bien sûr en pleine nuit un archiviste sait parfaitement où se trouvent tous les dossiers dans un magasin….) et découvre le pot-aux-roses.

Ce twist est riche d’enseignements au-delà de l’histoire même du roman. Premièrement, on voit que la motivation première qui a amené à la découverte est un projet « d’informatisation » sans aucune précision sur sa nature, caractère vague que l’on retrouve chez de nombreuses personnes novices dans ce domaine, qui voient l’informatique comme une panacée. Ici clairement l’idée est de faire de la place, sûrement en vue de détruire les dossiers papiers. En outre la nature des soi-disant « experts » n’est pas précisée.

Ce que je trouve le plus drôle est la contradiction entre le fait que la découverte de ces documents est une broutille et le fait que les médias régionaux en parlent…d’autant que les archives trouvées ne sont pas « sexy » : il ne s’agit pas de documents historiques inédits, mais de documents administratifs. Si les médias étaient avertis dès la découverte d’archives dans des lieux insolites, on en parlerait presque tous les jours !!

Rivières_Pourpres_2Enfin, ce cas évoque aussi la question de la véracité des archives : s’agit-il de doublons ou de faux ? L’enquête va le révéler, mais cela rappelle que les archives transmettent avant tout une information. Que l’on croit vraie. Mais qui ne l’est pas toujours. Les archives peuvent être fausses. Volontairement ou non. D’où le nécessaire croisement des sources dans le cadre de la recherche historique.

Ainsi Les Rivières pourpres évoquent bien des facettes et des clichés autour des archives : support de l’identité, base de recherche, conception économique, manque d’intérêt ou encore véracité des informations. Un livre à lire pour les amateurs de l’auteur et de son univers.

Marc Scaglione

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s