Stargate SG-1, « Le Réseau » (saison 7 épisode 5) Le problème de la dématérialisation totale des archives

Publié: 21 mars 2017 dans Séries
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Stargate SG-1 est une série américano-canadienne créée par Brad Wright et Jonathan Glassner à partir du film Stargate, la porte des étoiles (1994) de Roland Emmerich. Elle a été diffusée entre 1997 et 2007 aux Etats-Unis, et entre 1998 et 2008 en France.

stargate_0Elle met en scène une branche secrète de l’Armée de l’Air américaine, le SGC, qui organise l’exploration d’autres planètes à travers la galaxie grâce à la Porte des Etoiles. Les différentes équipes rencontrent des centaines de peuples extraterrestres, et les aident tout en luttant contre les Goa’ulds, qui règnent sur la galaxie en se faisant passer pour des dieux. La principale équipe d’exploration, SG-1, est composée du colonel Jack O’Neill, du major Samantha Carter, du Dr. Daniel Jackson, archéologue, et de l’extraterrestre Teal’c.

La série s’inspire à la fois de nombreuses mythologies antiques et médiévales (mésopotamienne, égyptienne, viking, légende arthurienne, etc.) et d’événements historiques réels (l’Inquisition, les guerres de religion, la guerre froide, etc.)

Dans l’épisode 5 de la saison 7, le SGC envoie une sonde sur une planète inconnue ; celle-ci montre que l’atmosphère de la planète est toxique, mais indique aussi la présence d’un vaste dôme. La sonde traverse le dôme et montre un paysage normal avant d’arrêter d’émettre.

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le dôme

L’équipe d’exploration SG-1 se rend alors sur la planète, et découvre que le dôme est habitable et que des humains y vivent. Ils rencontrent alors les membres du Conseil du village, et découvrent que tous les habitants du dôme sont reliés en permanence à un ordinateur par une interface neurale. Ce Réseau contient toutes les connaissances passées et présentes des villageois, y compris celles datant d’avant la construction du dôme 400 ans auparavant, et contrôle le dôme de manière autonome.

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L’équipe passe la nuit au village, chez Pallan, qui travaille sur le système de gestion du dôme, et sa femme Evalla. Ils apprennent que le dôme a été créé pour protéger la population après que la pollution industrielle a contaminé la planète, et Daniel Jackson suggère d’étudier cela afin de comparer la situation à celle de la Terre. Pallan et Evalla lui proposent de se connecter directement au Réseau afin d’avoir toutes les informations dont il a besoin, mais il préfère leur demander d’avoir accès aux archives.

 

« Nous avons nous aussi nos problèmes de pollution, en étudiant votre histoire nous pourrions peut-être éviter que notre planète tourne aussi mal. »

(Daniel Jackson)

Le lendemain Pallan et le major Carter vont voir les systèmes de gestion et de surveillance du dôme, pendant qu’Evalla et Daniel Jackson se rendent dans la salle des archives du village.

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Tout à coup tous les habitants semblent se figer quelques minutes, et le major Carter remarque que des données concernant le dôme sont modifiées sur les moniteurs. Tout redevient normal, mais le major Carter se rend compte que les données affichées par l’ordinateur central concernant les niveaux d’énergie du dôme sont fausses. Pallan ne la croit pas et se réfère aux archives du Réseau pour lui assurer que la consommation d’énergie est stable depuis 400 ans. Elle craint néanmoins que le dôme ne soit bientôt plus alimenté et cède.

« J’ai accès à 400 ans d’archives de consommation énergétique du dôme grâce au Réseau […]. » (Pallan)

« Je vais vous montrer ce qui nous reste d’archives physiques. Ce sont les derniers témoins de l’ancien monde.» (Evalla)

L’équipe propose alors au Conseil du village de transporter la population sur une autre planète pour les mettre à l’abri, mais ils ne les croient pas et refusent de partir. Quand le colonel O’Neill s’étonne de ne pas voir le Conseil au complet, ceux-ci lui affirment qu’aucune femme n’a été élue et que le Conseil a toujours été composé de trois personnes, ce que confirme Pallan.

« Leurs archives nous aideront peut-être à comprendre cette histoire. » (Daniel Jackson)

Daniel Jackson décide alors de faire des recherches avec Evalla dans les archives du village pour comprendre ce qui se passe, mais il ne trouve rien : depuis la création du dôme aucun document écrit n’a été produit, et même avant cela le Réseau était déjà utilisé et la production d’archives « papier » était fortement limitée.

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Pendant ce temps Evalla disparaît, et Pallan ne se souvient pas du tout d’elle. Le major Carter suppose que c’est le Réseau lui-même qui a effacé tous les souvenirs qu’il avait de sa femme, comme il a supprimé les informations à propos du quatrième membre du conseil. Elle décide de reprogrammer le Réseau pour modifier les informations qu’il transmet à la population, mais pour y arriver elle doit d’abord convaincre Pallan de l’aider.

Daniel Jackson continue ses recherches pour trouver d’anciens documents écrits contredisant les informations du Réseau, pour prouver aux habitants qu’ils sont manipulés par l’ordinateur.

– Je ne trouve toujours aucune référence historique à la période de construction du dôme.

– A l’époque mon peuple utilisait déjà beaucoup le Réseau… Il est possible qu’on n’ait pas conservé grand chose sur support physique. » (Daniel Jackson et Evalla)

– Il faudrait que je trouve d’anciens documents écrits qui contredisent les informations disponibles sur le Réseau […].

– Les archives du Conseil, ça serait parfait.

(Daniel Jackson et le major Carter)

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Pendant ce temps le major Carter tente de persuader Pallan que le Réseau modifie les archives et les souvenirs de tous les habitants et les manipule, mais il refuse de la croire. Daniel Jackson lui montre alors des actes notariés signés par tous les habitants qui occupaient le dôme à sa construction, qui ont été conservés et qu’il vient de trouver dans les archives (Figure 10) : il y avait environ 100 000 habitants à l’origine, alors qu’ils ne sont plus qu’environ 1300. Ils se rendent compte qu’en réalité le Réseau gère la baisse d’énergie en diminuant la superficie du dôme, et qu’il prend les mesures nécessaires pour assurer la survie du groupe en sacrifiant des individus et en effaçant toutes les données les concernant pour que les survivants ne se doutent de rien.

« J’ai trouvé […] des actes notariés. Heureusement que les juristes sont procéduriers. Tout le monde utilisait déjà le Réseau à l’époque, mais ils ont quand même rempli des documents en bonne et due forme » (Daniel Jackson)

1.    Opposition archives « papier » et archives dématérialisées

La salle où sont conservés les derniers documents « papier » correspond aux clichés habituels sur les archives : petite, sombre, poussiéreuse, encombrée et mal rangée. Il n’y a pas d’archiviste ni de système de classement, et encore moins de moyen de retrouver les documents que l’on recherche.

A l’inverse le Réseau est représenté uniquement par l’interface portée par tous les habitants : les archives et les connaissances sont toutes classées dans le système et ne prennent donc pas de place, et elles sont facilement accessibles par toute personne portant l’interface. La salle de surveillance du dôme, qui est le seul moyen d’avoir un accès direct au Réseau, est quant à elle une grande pièce bien éclairée, propre, ordonnée.

A priori, les archives numériques sont donc présentées comme étant plus pratiques, plus complètes et plus agréables et rapides à utiliser que les documents écrits. Elles symbolisent, avec l’interface et l’ordinateur, la technologie et donc le progrès qui améliorent l’existence des humains.

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Au contraire, on voit les archives physiques comme un énorme tas de papiers, qui prend de la place et est complètement en désordre, et dans lequel on n’a pas du tout envie de faire la moindre recherche. De plus elles sont inutiles puisque toutes les données sont déjà sensées être présentes sur le Réseau. Les archives « papier » représentent le passé et encombrent, au sens propre comme au figuré, le présent, et elles s’opposent aux archives numériques qui n’ont que des avantages.

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Cependant on peut remarquer que, alors qu’ils n’avaient plus du tout besoin de ces archives physiques puisqu’ils avaient tout ce dont ils avaient besoin sur le Réseau, les habitants ont les conservées, dans des conditions apparemment correctes puisqu’elles ont pour la plupart plus de 400 ans et sont encore en bon état. Ils n’ont pas détruit ces documents, inutiles pour eux, parce qu’ils représentent un lien matériel avec leurs ancêtres, ceux qui sont entrés dans le dôme et même ceux qui, avant cela, vivaient normalement à la surface de la planète. Ils ne les considèrent plus comme des sources d’information mais comme des souvenirs ; elles ont perdu le statut d’archives et sont devenues des objets historiques anciens.

Malgré tout ce sont ces souvenirs inutiles qui vont leur sauver la vie, puisqu’ils contiennent les éléments qui permettront de comprendre la situation exacte du dôme.

2.    Utilisation et modification des archives dématérialisées

Le premier problème de la dématérialisation des archives est leur accès sur le temps long : pour l’instant elles sont accessibles par tous les habitants du dôme, mais elles seront perdues dès qu’il n’y aura plus d’énergie pour faire fonctionner le dôme.

Mais cette histoire soulève un autre problème de la dématérialisation : lorsque les archives sont conservées uniquement sur support numérique, il est assez facile de les supprimer, en partie ou entièrement. Il s’agit uniquement de la suppression ou de la modification de données ou de fichiers. Au contraire le même procédé avec des archives physiques est plus voyant, puisque des dossiers vont manquer et qu’il est beaucoup plus compliqué de modifier les dossiers autour pour cacher ce manque : s’il fallait supprimer toutes les données concernant Evalla depuis sa naissance, ou modifier toutes les données indiquant que le Conseil était composé de quatre membres depuis 400 ans, cela prendrait beaucoup plus de temps et serait beaucoup plus visible et plus compliqué avec des archives uniquement « papier ».

L’exemple d’un programme informatique qui modifierait de lui-même des archives instantanément est bien sûr excessif ; mais on ne peut pas s’empêcher de se poser la question de ce qui se passerait si c’était vraiment possible. De plus le Réseau supprimait des données uniquement dans le but de la survie du groupe, donc ses décisions étaient tout à fait objectives. On ne peut pas du tout savoir ce qui se passerait si ce genre de décision devait être prise par un humain, qui serait forcément beaucoup plus subjectif et dont les motivations pourraient être très diverses. Le progrès seul n’est pas forcément la meilleure des solutions.

L’exemple dans cette histoire est évidemment extrême, mais il permet de se poser la question : à quel point il est judicieux de se baser uniquement sur la dématérialisation pour conserver des archives, qui sont essentielles car elles permettront de prouver des droits et d’écrire notre histoire ? Dans le même temps la conservation uniquement sur support papier n’est pas une solution puisqu’elle présente elle aussi un certain nombre de défauts (place occupée, entretien et classement nécessaires et temps de recherche long). Il faut donc réfléchir pour trouver un juste milieu entre la dématérialisation et la conservation physique, pour tirer parti de leurs avantages respectifs tout en atténuant leurs inconvénients.

Aude Weber

 

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