Tintin et les archives d’Ottokar

Publié: 17 février 2017 dans BD, comics, manga
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Archives et culture pop’ vous a déjà proposé quelques références incontournables de la bande dessinée franco-belge avec Gaston Lagaffe, Astérix ou encore Yoko Tsuno. Il était donc plus que logique que nous nous penchions sur Tintin. Encore fallait-il trouver un album où les archives étaient à l’honneur.

En feuilletant avec distraction les albums présents à la Bibliothèque Gaspard Monge, je suis tombée sur le Sceptre d’Ottokar, je l’ouvre et là : paf ! Une belle mention d’archives dès la deuxième page, voilà de quoi faire un billet. C’est parti.

tintin_1Le Sceptre d’Ottokar paraît pour la première fois dans le petit vingtième en 1939 puis en couleurs en album en 1947. Le scénario est fortement marqué par les événements marquants de la première moitié du XXe siècle. La Syldavie, pays fictif qui est au centre du récit, est gouvernée par un souverain, Muskar III, qui fait l’objet de tentatives de déstabilisation anarchistes téléguidées par le pays voisin, la Bordurie. Si Hergé fait presque explicitement référence à l’Anschluss, on peut aussi voir ici des références aux conspirations serbes qui ont abouti à l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand en 1914 et au déclenchement de la Première Guerre mondiale.

La Syldavie et la Bordurie sont clairement situées en Europe orientale, non loin de la Turquie et les uniformes de l’armée syldave s’inspirent de ceux des cosaques russes, même si on trouve quelques analogies avec l’esthétique britannique en particulier pour le château de Kropow et sa salle du Trésor qui évoquent clairement la Tour de Londres.

L’histoire en bref : Tintin traîne avec Milou dans un parc public – oui, Tintin est reporter, mais n’écrit pas beaucoup d’articles. Il trouve une serviette abandonnée sur un banc, trouve l’adresse du propriétaire et lui rapporte son bien. Le professeur Halambique, sigillographe de son état cherche un secrétaire pour l’accompagner en Syldavie où il veut effectuer des recherches, qu’à cela ne tienne, Tintin qui, visiblement n’a rien de mieux à faire, décide de venir avec lui. Ils se retrouvent au cœur d’une conspiration visant à destituer le roi de Syldavie et faire annexer le pays par la Bordurie voisine.

Tintin rencontre les Dupondt, la Castafiore et échappe à un nombre incalculable d’attentats tout comme son fidèle Milou qui joue un rôle clef dans cette aventure. Relire cette aventure en la remettant dans son contexte reste toujours intéressant, on notera au passage que Tintin ne prend pas la peine de connaître les motivations des conspirateurs, légaliste, il sauve le roi et permet à la Syldavie de rester indépendante.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives sont présentes du début à la fin de l’ouvrage. Tintin fait très vite la connaissance du professeur Nestor Halambique, membre de la Fédération internationale de Sigillographie, collectionneur de sceaux qu’il étudie avec passion. Les archivistes conservent hélas parfois la trace du passage de certains sigillographes peu scrupuleux de la fin du XIXe et du début du XXe siècle qui avaient la fâcheuse habitude de chouraver des sceaux en les détachant du parchemin auxquels ils appartenait. Cela semble d’ailleurs être le cas du professeur Halambique car, dans sa vitrine, des sceaux sont présentés sans parchemin, l’un d’entre eux étant encore attaché à un morceau de parchemin dont on dirait bien qu’il a été détaché. Mais, comme Tintin n’est pas archiviste, il s’en fiche carrément !

Nestor Halambique a pour but ultime la consultation des archives du royaume de Syldavie qui pourraient l’aider à documenter une pièce de sa collection : un sceau du roi Ottokar IV. Il embauche donc Tintin comme secrétaire. Ce dernier prépare son voyage en lisant un ouvrage sur l’histoire de la Syldavie, le royaume du pélican noir. C’est en lisant ces brochures que Tintin s’aperçoit de l’importance symbolique du sceptre, symbole du pouvoir royal sans lequel le souverain n’est plus rien.

Arrivé en Syldavie, le professeur Halambique se rend au château Kropow où se trouvent le trésor royal et les archives du royaume. On peut souligner que les archives sont bien gardées : le lecteur est enfermé à clef dans la salle de consultation, sous le regard de deux gardes. L’érudit demande des photographies de certains documents ce qui, a priori, est interdit mais le roi peut toutefois donner une autorisation spéciale. Dans ce cas, seul le photographe  officiel de la cour est habilité à photographier les archives. Les conditions de consultation sont drastiques mais assez réalistes.

tintin_2

Hergé, Le Sceptre d’Ottokar, 1947, Casterman

L’accès aux archives s’avère primordial dans ce récit puisque c’est sous le prétexte de leur consultation que le faux professeur Halambique parvient à s’introduire au cœur du Trésor royal et à subtiliser avec ses complices, l’un des objets les plus précieux du royaume : le fameux sceptre ! N’en déduisons pas pour autant que les usagers sont des êtres machiavéliques, même si le professeur Halambique et son double ont de quoi alimenter la paranoïa des archivistes.

Sonia Dollinger

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