Comment j’ai vidé la maison de mes parents…pleine d’archives (Lydia Flem)

Publié: 15 janvier 2017 dans Littérature
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C’est sur les conseils de notre fin limier Christelle que j’ai ouvert le livre de Lydia Flem intitulé Comment j’ai vidé la maison de mes parents. J’avoue ma réticence à lire des ouvrages traitant du deuil mais il faut parfois affronter ses peurs et je me suis lancée.

Lydia Flem est une psychanalyste, photographe et écrivaine belge native de Bruxelles qui fut assistante de Ménie Grégoire sur RTL. Elle connait un grand succès avec La vie quotidienne de Freud et de ses patients, ouvrage pour lequel elle est invitée à Apostrophes par Bernard Pivot. Elle est connue pour ses romans et ses autofictions. La Reine Alice, paru au Seuil en 2011, connaît un très grand succès et est salué de manière unanime par les critiques littéraires.

lydiaflemComment j’ai vidé la maison de mes parents est un ouvrage sorti en 2004 aux Editions du Seuil. Le livre évoque la mort des parents de l’auteure et ses conséquences matérielles. Au delà du deuil, de la perte des parents qui fait de nous des orphelins, Lydia Flem raconte par le menu comment elle a du faire le tri dans les affaires de ses parents et aborde la difficulté à se séparer de ce qui témoigne de la vie des êtres qui nous ont donné le jour. Meubles, objets anecdotiques, vêtements, photographies ou documents, que faire de tout ce qui nous rappelle nos parents et la perte que nous venons d’éprouver ? L’auteur fait part, avec délicatesse et humour, de la relation complexe qui nous unit aux disparus mais également de la culpabilité qui peut nous envahir lorsqu’on est contraint de se séparer de ce qui leur appartenait.

Dans ce petit livre, Lydia Flem évoque aussi son histoire familiale, la déportation de sa famille, la disparition d’une partie de ses proches durant cette période qui marqua à jamais la jeunesse et la vie entière de ses parents mais aussi la sienne en tant qu’héritière de cette histoire particulière emplie de douleurs et de non-dits.

Et les archives dans tout ça ??

Alors qu’elle range la maison parentale, Lydia Flem se trouve confrontée à des classeurs remplis de documents à caractère généalogique rassemblés par sa mère férue de recherches. Cette histoire familiale semble peser sur l’auteure qui ne sait pas comment se comporter face à un tel héritage : « devais-je devenir l’archiviste de leurs vie ? faire de ma maison un musée de leur passé ? Un autel des ancêtres ? » Loin d’être envahie par un sentiment de curiosité positif, l’auteure ressent un sentiment d’étouffement, comme si le poids de ces archives était trop lourd pour elle. Ne pas avoir d’histoire familiale peut être infiniment douloureux mais dans le cas présent, c’est la surabondance d’archives qui semble peser sur Lydia Flem. Elle le dit plus loin lorsqu’elle écrit : « j’avais très peu d’être engloutie sous le flot des meubles, objets et archives (…)« .

Pourtant, ce premier sentiment d’invasion archivistique passé, l’auteure sent « un besoin vital de lire leurs archives« . Ainsi comble-t-elle le mutisme dans lequel ses parents se sont murés après l’expérience indicible de la vie concentrationnaire. Les archives parlent à leur place et transmettent la connaissance, la vie, les sentiments que les mots n’ont pas su dire. Lire les archives permet l’apaisement, la compréhension et parfois la guérison ainsi que l’appropriation d’une histoire familiale aussi douloureuse soit-elle. L’auteure regrette d’ailleurs l’absence d’archives familiales pour sa branche paternelle originaire de Russie et dont il ne reste aucune trace.

La liste que Lydia Flem dresse des archives trouvées chez ses parents est exhaustive et donne une idée assez précise de ce que peuvent receler les archives d’une famille : carnets de santé aux faire-part en passant par les plans de la maison ou la correspondance familiale, elle passe en revue les nombreux documents qui permettent de rentrer dans l’intimité d’une lignée montrant ainsi à son lecteur combien ces traces de vie sont précieuses pour reconstituer l’histoire familiale.

Devant le traumatisme de la perte de ses parents, il est bien difficile de se résoudre à se séparer de ses archives. Certaines sont jugées trop intimes pour être livrées aux regards étrangers mais d’autres éclairent des tranches de vie et s’en séparer au profit d’un service d’archives qui en aurait la garde, c’est encore faire vivre ceux qui les ont constituées. C’est cette belle mission de gardien des mémoires individuelles et collectives qui donnent une responsabilité et un sens particulier à notre beau métier d’archiviste.

Sonia Dollinger

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commentaires
  1. Kraxner dit :

    Merci, c’est très parlant, je vais essayer de le trouver pour le lire. Il y a souvent dans les familles une personne gardienne de la mémoire qui conserve les archives. Par comparaison on peu aussi lire « Origines » d’Amin Maalouf qui à partir d’archives conservées dans une valise remonte le fil d’une partie de sa famille.

    Aimé par 1 personne

  2. Barbara dit :

    Une amie m’a offert ce livre alors que je vidais, moi aussi, la maison de mes parents après leur décès. Lydia Flem décrit admirablement et sobrement ce que l’on ressent. Et il est vrai qu’en ma qualité d’archiviste j’avais par moments un double regard assez troublant.

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