Le Labyrinthe du Silence : l’Allemagne face à son passé ou la judiciarisation des archives

Publié: 3 décembre 2016 dans Films
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labyrinthe_1Le Labyrinthe du silence est un film dramatique coécrit et réalisé par Giulio Ricciarelli, sorti en 2014, d’une durée de 120 minutes. L’histoire se passe dans la ville de Francfort-sur-le-Main en 1958. Un jeune procureur, répondant au nom de Johann Radmann se désespère d’être abonné aux affaires courantes, voit son existence professionnelle bouleversée. Grâce à un journaliste et à l’un des amis de ce dernier, un rescapé des camps de la mort, il découvre des documents compromettants contre d’anciens SS ayant exercé à Auschwitz. Radmann va donc mener l’enquête durant plusieurs années. Malgré les embûches continuelles de sa hiérarchie et l’hostilité quasi générale, il parviendra à traîner devant les tribunaux 22 membres de la direction du camps d’Auschwitz, dans ce ce que l’on a appelé le « second procès d’Auschwitz », qui se déroula entre décembre 1963 et août 1965.

I. Formes

1. Des archives sous domination des vainqueurs : le Centre de Documentation Américaine de Berlin

Commençons maintenant à étudier la question des archives dans ce film. La notion y est très présente, car on est dans le cadre d’un procès, on veut juger des personnes pour tels ou tels actes, d’où le recours à des pièces d’archives. En effet, le procureur Radmann s’intéresse à l’histoire de plusieurs soldats allemands, qui pendant la guerre, ont servi dans le camp d’Auschwitz, et qui n’ont pas été jugés auparavant pour ce fait. Il veut donc accéder aux archives du camp d’Auschwitz, et, première surprise, enfin si l’on veut : notre personnage va s’adresser au Centre de Documentation Américaine de Berlin.

labyrinthe_2Ici, se pose avec acuité la question de la dénazification de l’Allemagne. Lorsque Johann entreprend des recherches, il ne trouve nul renseignement dans les tribunaux de son propre pays sur les personnes suspectées et les périodes concernées. Ex : « Écoutez ça, je me suis procuré le dossier de ce fameux Schultz, et effectivement, de 1939 à 1945, il est complètement vide. (…) Après 45, les Américains ont confisqué des centaines de milliers de dossiers. Les alliés ont procédé à la dénazification de l’Allemagne ». D’une part, il se heurte au silence des administrations car, tout le monde le sait, beaucoup de nazis mènent une vie parfaitement normale, comme si rien ne s’était jamais passé. La machine judiciaire et la police sont encore contrôlées par d’anciens partisans du régime, et les jeunes enquêteurs ont toutes les peines du monde à obtenir leur coopération dans la traque et l’arrestation de criminels qui se croient intouchables.Le seul officier de police qui l’aide et lui fournit quelques informations sera mis à pied. Autre exemple : lorsque Radmann présente un ordre écrit à un responsable de la police, celui-ci n’hésite pas à plier le papier en quatre et à en caler une table. Même, dans les rangs de la justice, Radmann n’est pas le bienvenu. Les propres collègues de Radmann se moquent doucement de son entêtement à vouloir faire resurgir un pan du passé que l’Allemagne aimerait vivement laisser de côté.

Mais outre ce désir d’oubli, l’Allemagne, tout simplement ne possède plus aucune archive sur le sujet. Est-il utile de rappeler ici que dès 1945, l’Allemagne est occupée par les forces alliées : le pays est séparé en 3 zones, et Francfort, est située dans la zone américaine. D’autre part, on sait que les différentes forces qui ont libéré les camps de concentration et d’extermination ont sauvegardé précieusement, comme des trophées de guerre, les archives que les nazis n’avaient pas eu le temps de supprimer. Ainsi, c’est presque tout naturellement que Johann Radmann s’adresse au Centre de Documentation Américaine de Berlin.

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Elles lui sont tout d’abord interdites d’accès : « désolé mais le centre de documentation n’est pas ouvert au public »: ce sont les archives de l’armée américaine. Ce n’est guère une surprise : ce sont les autorités d’occupation qui ont dirigé les premières opérations de dénazification (1945-1949). Les raisons d’une telle situation tiennent sans doute au peu de confiance qu’ont les Américains – c’est du moins ce que déclare à Johann, et, sur un ton moqueur, l’officier responsable du Document Center – dans un peuple qui, après avoir acquiescé à Hitler, serait encore prêt à se jeter dans les bras de Staline « il était nazi, vous étiez tous nazis. Et maintenant à l’Est, ils sont tous devenus communistes. Vous alors les Allemands, si demain les Martiens débarquaient sur la Terre vous deviendrez tous des petits hommes verts ».

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On est en 1958 et le danger n’est plus le fascisme mais plutôt le communisme. Il y a une appropriation des archives par les forces alliées, et ainsi, la dépossession de l’Allemagne de ses propres services d’archives sur la période nazie. Ceci a entraîné le fait que les Allemands ont douté de cette histoire créée par les forces alliées, allant même jusqu’à remettre en cause le système concentrationnaire : « Les vainqueurs refont l’Histoire » lui dit-on, au détriment des vaincus. Certains de ses collègues insistent sur le fait que l’Holocauste ne serait rien de plus que de la propagande américaine

2. Des archives étouffantes

Outre, ces éléments de contextualisation, intéressons nous maintenant à la mise en scène de ces archives.

Il y a une esthétique toute singulière dans ce film, quand il s’agit de filmer cette masse d’archives : l’archiviste l’explique clairement : il y a là, sous ses yeux des kilos de paperasse contenant des informations sur des dizaines de milliers de soldats nazis (dont 8000 en fonction à Auschwitz). Il y a plus de 600 000 dossiers, qui dorment dans les archives américaines – bref, la tâche est titanesque. Dans ce dédale d’étagères remplies à ras bord de fiches, photos et autres documents, il prend conscience de la tâche qui lui incombe.. Et ce que l’on voit clairement, c’est que ces archives, ces documents de toutes sortes n’ont jamais été ouverts, et encore moins triés.

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A première vue, cela apparaît comme étouffant, asphyxiant, suffocant. Cet attrait pour une esthétique sombre, étouffante, est caractéristique de tout le film. Ce film a une atmosphère très froide, la plupart des scènes se déroulent dans des corridors, des sous-sols, des salles d’archives. À ce titre, cette scène où le personnage de Radmann marche d’un pas lent à travers les rayons surchargés de dossiers des camps conservés par les nazis est troublante de réalisme. Chaque décor pèse sur les personnages comme une chape de plomb et chaque espace devient une menace. Ici, le personnage semble noyé dans les archives : ce sont autant la masse que l’horreur dont font état ces documents qui nous donne ce sentiment d’oppression. Ces dernières sont magnifiquement filmées de façon à ce qu’elles donnent une impression de barreaux, d’emprisonnement. Fritz Bauer aura prévenu son jeune collaborateur : « Vous entrez dans un labyrinthe, ne vous y perdez pas !« 

II. Fonds

1. Des archives à caractère de preuves : prouver qu’Auschwitz était une machine concentrationnaire

Intéressons-nous maintenant, dans une deuxième partie, aux fonds d’archives que Johann Radmann trouve dans ce centre d’archive américain et aux usages qu’il compte en faire. On le sait, on est dans une machine judiciaire, et l’ambition est claire : un jeune procureur, Johann Radmann, décide de faire juger, pour la première fois sur le sol allemand, d’anciens SS ayant servi à Auschwitz. C’est un procureur fictif, la figure de Johann Radmann est librement inspirée de trois procureurs « historiques », est chargé de préparer l’acte d’accusation contre plusieurs membres de l’administration du camp d’Auschwitz. Si le film s’articule autour du procureur Radmann, on remarque largement la place prise par Fritz Bauer. Juriste éminent, membre du SPD depuis 1920 et considéré comme juif par les nazis, Fritz Bauer a été arrêté dès mai 1933 puis exclu de la fonction publique. Ayant réussi à s’enfuir au Danemark puis en Suède, il rentre en 1949 après la création de la RFA et réintègre la magistrature. Son combat obstiné pour rendre justice aux victimes du nazisme générera hostilité et haine de la part de ses collègues et de tous les partisans d’une amnésie générale (c’est la ligne générale mise en place par Adenauer) : « Dès que je sors du palais de justice je me retrouve en territoire ennemi » dit-il dans le film.

On est dans le domaine judiciaire, pour ce faire, on doit faire une enquête, et qui dit enquête dit preuves. Ainsi, dans ce film, les archives vont endosser ce rôle de preuve car le savoir sur la machine concentrationnaire est proche de zéro, Mais pas preuve pour l’écriture d’une histoire, mais le rétablissement de la vérité et la sanction de plusieurs SS qui avaient, jusqu’alors échapper à la justice, et qui n’avaient pas répondu de leurs actes à Auschwitz : Fritz Bauer lui rappelle d’ailleurs que 8000 SS et 200 surveillantes SS étaient en charge à Auschwitz pendant la période du camp était en fonctionnement. « Alors qui sont les suspects ? Tous, tous les soldats du camp ».

Quels types d’archives : car Johann Radmann fonce dans sa mission en faisant parler les archives, certain que ce qu’il défend est juste. Sa mission est d’accumuler des preuves et la découverte de documents nominatifs faisant état d’exécutions sommaires dans le camp, découvert chez son ami Simon Kirsch : liste de SS ayant servi à Auschwitz : archive privée qui constitue le point de départ de l’enquête. La plupart des anciens SS n’ont pas pris la peine de changer d’identité et Radmann les localise lui-même en consultant les annuaires téléphoniques. Types d’archives : listes des SS + photographies des camps pendant la rampe de sélection.

2. Mais, des archives incomplètes : le recours aux témoignages

Mais ces archives matérielles, écrites ne suffissent pas. En effet, au delà de sa recherche au Centre de Documentation ou il va dépouiller des km d’archives, le procureur organise des entretiens avec des victimes de la Shoah à Auschwitz, afin que ces derniers racontent ce qu’il y ont vécu et incriminent des hommes. Ces témoignages deviennent alors, le jour du procès, des archives orales.

En effet, le procureur parvient en effet à organiser des auditions avec des rescapés du camp de concentration. Hermann Langbein, secrétaire général du Comité international d’Auschwitz l’aide à rencontrer des témoins. Ce qu’il faut au procureur ce sont des noms, des témoins, des preuves de cruauté dépassant l’obéissance aux ordres. Il va donc entendre des dizaines de survivants qui vont lui raconter l’horreur. C’est un des moments les plus forts du film -les témoins racontent et on entend seulement le son de la musique classique. Il n’y a pas besoin de mots, les émotions se traduisent par les gestes et visages horrifiés du jeune procureur et sa secrétaire. Le prix de ces dépositions est immense.

III. Analyse

1. L’Allemagne face à son passé : réparer les oublis de la mémoire

Maintenant, dans cette troisième partie, nous allons essayer d’analyser ce que veulent dire ces archives, pas au sens de leur contenu, on a très bien compris, qu’elle consistait à éclairer d’une façon précise et nouvelle, le système concentrationnaire nazi, et en l’occurrence, le système du camp d’Auschwitz. Non, ici, nous nous attarderons sur ce que cette ouverture, même partielle, pour l’élaboration d’un procès, veut dire, signifie de cette Allemagne de cette fin des années 1950.

C’est l’époque du miracle économique en RFA, du soi disant essor des classes moyennes. En outre, l’époque est à la réconciliation et peu veulent voir les meurtres commis sous le IIIe Reich. A Nuremberg, seuls 150 nazis ont été condamnés par la justice des Alliés. Alors que certains le poussent à oublier le passé ou carrément le nient, le film montre très clairement que l’affaire a été portée contre vents et marées par le procureur général de Hesse, Fritz Bauer et son équipe, dans un pays très largement hostile à tout examen du passé et solidaire des anciens criminels. Ainsi, Radmann ne voit dans cette Allemagne des années 1960 que des nazis ou des enfants de nazis. Radmann est en outre, comme son chef Fritz Bauer, opposé aux souhaits du chancelier Konrad Adenauer de tourner la page.

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Aussi, questionnement du passage d’une génération ou d’une autre ; Radmann a 30 ans. « Pourquoi m’avoir choisi pour traiter cette affaire ?« , s’exclame Radmann. « Parce que vous êtes né en 1930« , lui rétorque Fritz Bauer. Il n’était encore qu’un enfant lors de la 2nde Guerre Mondiale, et réclame la vérité à ses parents.  » Est-ce vraiment utile que tous les jeunes Allemands se demandent si leur père était un meurtrier pendant la guerre ? » L’œuvre explore aussi les relations entre pères et enfants nés en Allemagne dans les années 1930. Les membres de cette nouvelle génération avaient tant de questions qui n’ont pas été posées ou sont restées sans réponse. Le film présente ce travail comme une prise de conscience, par Radmann, de ce que fut le système criminel nazi, de la découverte du camp d’Auschwitz (dont le nom même est inconnu !). Le film se double d’une introspection familiale, le mythe du père antinazi s’effondrant à la lecture des archives. Radmann, auquel sa mère lance que son père était aussi membre du parti nazi, sera atterré en apprenant que Gnielka, son compagnon de lutte a, lui aussi, servi à Auschwitz… Plus le film avance et plus le personnage du jeune procureur se montre obsédé par sa mission. « Les Allemands devront porter à jamais des vêtements noirs« , résume le héros qui est convaincu que les Allemands doivent se repentir face aux actes commis à Auschwitz au lieu d’avancer comme si de rien n’était.Transmission d’une mémoire vraie aux jeunes générations. Ce sont ces générations-là et les suivantes qui feront la nouvelle Allemagne, d’où le désir d’avoir accès à la vérité, et finalement affronter la réalité.

2. La mise en place du Second Procès d’Auschwitz : la justice contre l’oubli

Au niveau factuel maintenant, on sait que l’ouverture et l’exploitation juridique de ces archives nazies, concernant Auschwitz ont permis la mise en place de ce qu’on a appelé le Second Procès d’Auschwitz, ou procès de Francfort, qui s’est tenu entre octobre 1963 et août 1965, après cinq années d’enquêtes. Le film s’achève au moment où Radmann et les procureurs s’apprêtent à entrer dans la salle d’audience, c’est la fin de l’instruction et l’ouverture du procès, considéré par les historiens comme « décisif dans l’histoire de la mémoire du nazisme en Allemagne » (Guillaume Mouralis). On est après les procès de Nuremberg et plus récemment le procès d’Eichmann en 1962 qui avait été jugé en Israël plutôt qu’en Allemagne : d’ailleurs, dans le film, Radmann déplore ce fait.

En effet, le droit est très présent dans le film. C’est un aspect essentiel pour comprendre la manière dont la justice et les procès travaillent le passé nazi. Le droit applicable et appliqué est le droit pénal ordinaire. En raison en effet de l’absolutisation du principe constitutionnel de non-rétroactivité de la loi pénale, les criminels nazis ont été jugés sur la base du droit en vigueur au moment des faits, soit le code pénal de 1871 en partie remodelé par le régime nazi lui-même. Ainsi, les catégories de Nuremberg comme le crime contre l’humanité n’ont jamais été reçues en Allemagne de l’Ouest. Du coup, le dévoilement auquel a donné lieu l’affaire et le procès d’Auschwitz s’est opéré suivant une grille de lecture particulière du nazisme et du génocide favorisant une interprétation des crimes en termes de délinquance et de conduite anomique.

Objectif d’organiser le procès de tous les participants même les plus ordinaires, de « tous ceux qui ont participé et qui n’ont pas dit non« . Fritz Bauer assigne une mission pédagogique fondamentale au procès : comme on ne pourra jamais traduire en justice tous les criminels (rien qu’à Auschwitz, il y eut 8000 SS et 200 surveillantes-SS), il convient de faire en sorte de faire un procès groupé qui évite le morcellement et la répétition des témoignages et surtout qui mette en évidence l’organisation méthodique et rationnelle de la solution finale. Au procès, les 22 accusés représenteront toutes les fonctions du camp : du Kapo au commandant du camp, mais également des médecins, des infirmiers, un chef de bloc ou de simples gardes. Ainsi que le mentionne le générique de fin, ce procès eut 183 jours d’audience et a rassemblé 360 témoins venus de 19 pays différents, dont 211 survivants d’Auschwitz. Seulement 22 accusés ont comparu, sur les 6 500 individus qui encadraient le sinistre camp. Six ont été condamnés à vie, les autres à des peines limitées – et même trois acquittés faute de preuve. Ils n’occupaient pas, pour la plupart, des postes stratégiques dans la hiérarchie du camp… . Ce procès permettra de juger 22 personnes ayant perpétré des meurtres de leur propre volonté à Auschwitz (ils ne pouvaient pas être jugés pour meurtre au premier degré s’il provenait d’un ordre). Aucun accusé n’a montré le moindre signe de remords… Ce procès fit que l’Allemagne fut le premier pays à poursuivre ses propres criminels de guerre lors du procès Auschwitz. Des Allemands jugeant des crimes réalisés par des Allemands, et non par les Alliés.

Conclusion

Discrètement le film pose des questions essentielles : où passe la frontière entre le refus et l’obéissance ? Jusqu’où l’obligation de respecter les ordres peut-elle aller ? Un État peut-il survivre sur un mensonge ? Enterrer le passé est-il la solution pour aller de l’avant ? L’oubli est-il sain ? Comment un pays si largement acquis au nazisme peut-il faire pour se regarder en face ? La jeune génération doit-elle savoir qu’elle est issue d’une génération de salauds ? Doit-on effectivement suspecter chaque Allemand du pire ? Le labyrinthe du silence ne répond pas forcément à toutes ces questions mais il interroge.labyrinthe_7

Proche de la réalité historique, le film revient sur ce médiatique procès à portée matérielle et mémorielle. Les archives, ici, de par la justice, vont avoir une porté mémorielle certaine. Les archives sont l’élément clef du film : le film s’ouvre puis se referme sur le même petit chariot qui transporte une masse d’archives, du centre de leur stockage au palais de justice, qui va les étudier à ses fins : le procès de Francfort.

Le réalisateur Giulio Ricciarelli assume une visée mixte, fictionnelle et documentaire à fois. Cette double ambition est caractéristique du courant « historique » du cinéma allemand (La vie des autres, Hannah Arendt, D’une vie à l’autre…).

Julie Vavon

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