Les Eclaireurs : les archives des organisations secrètes

Publié: 1 novembre 2016 dans Littérature
Tags:, , ,

Si vous suivez Archives et culture pop’ de manière régulière, ce qui est notre souhait le plus cher, vous avez sans doute lu notre chronique sur Les Falsificateurs d’Antoine Bello.

Comme le destin de Sliv Dartunghuver, un jeune Islandais membre d’une organisation secrète – le CFR – nous avait particulièrement interpellés, nous avons décidé de poursuivre notre lecture avec le deuxième volume de la trilogie, intitulé les Éclaireurs. Dans ce volume, le lecteur retrouve Sliv et ses deux meilleurs amis, Youssef et Maga ainsi que les membres les plus influents du CFR aux prises avec l’un des plus grands bouleversements du début du XXe siècle : les attentats du 11 septembre 2001.

Antoine Bello décide d’impliquer le CFR dans les événements qui ont précédé cette tragédie et si l’ouvrage offre ainsi du grain à moudre aux complotistes – mais sachons raison garder, c’est un roman et donc une fiction – l’auteur donne à voir un portrait sévère des Etats-Unis de Bush et porte un regard acéré sur les considérations géopolitiques de notre monde contemporain.

Ce sujet fait de l’ouvrage un titre oppressant et haletant. Au milieu de tous ces événements décisifs pour le monde contemporain, Antoine Bello n’oublie pas ses personnages et nous les voyons évoluer avec intérêt. Le lecteur vibre à l’histoire d’amour qui lie Youssef et Maga par delà les différences et suit les relations complexes que Sliv entretient avec l’étrange et rigide Léna. Enfin, l’auteur offre une réflexion sur les conséquences de manipulations politico-religieuses mal maîtrisées.

Les Eclaireurs se lit comme un bon thriller, un bon roman d’actualité mais laisse un goût amer à ses lecteurs tant nous sommes encore plongés dans les suites de ce que l’ouvrage décrit.

Et les archives dans tout ça ??

Les archives sont mentionnées à de nombreuses reprises dans ce roman. Même au sein du CFR, il semble que l’accès aux archives ne soit pas toujours aisé : quand Sliv cherche à savoir qui peut bien faire partie du Comex – les six dirigeants du CFR dont les noms restent secrets – il indique qu’il n’arrive pas à rassembler de renseignements précis car « les archives refusent de [lui] fournir la liste« . Comme toutes les organisations, le CFR conserve donc des archives qui ne sont pas immédiatement accessibles à tous ou dont l’accès est réservé à certains membres haut placés dans l’organigramme.

Certains passages évoquent les archives de la CIA dans lesquels les agents versent des renseignements : « les messages qu’ils avaient interceptés à l’époque mais avaient archivés sans les lire« . La boulimie d’information ou l’absence de sensibilisation à certains sujets empêchent parfois une veille active et on laisse parfois passer des éléments cruciaux. Le réflexe de l’archiver permet toutefois de retrouver une information capitale. Encore faut-il savoir dans quel dossier chercher.

Plus loin, Antoine Bello évoque les archives bancaires et leur piratage. De manière générale, Les Éclaireurs insiste sur la facilité à pénétrer et falsifier les données et archives informatiques, nouvel enjeu de nos sociétés. L’auteur évoque également les tractations archivistiques notamment les archives de la Stasi récupérée par la CIA puis rétrocédées à l’Allemagne réunifiée.

Ce deuxième volume lève le voile sur la création du CFR qui prend racine au XVIIIe siècle mais je ne vous en dirai pas plus pour éviter les spoils. Toutefois, les archives seigneuriales et celles des familles aristocratiques sont évoquées comme essentielles à la compréhension de la genèse de l’organisation secrète.

Le personnage principal lui-même a recours à ses archives personnelles pour vérifier des hypothèses et retrouver trace d’actions passées tout comme Léna, une de ses acolytes qui quand elle a cinq minutes : « je ressors des vieux dossiers des archives » dans des cartons qualifiés de « défraîchis« .  Pour Léna, il s’agit de réétudier des vieilles affaires afin d’apprendre des erreurs passées pour améliorer les scénarios et progresser.

Les Éclaireurs est un roman qui fait une belle place aux archives et à leur importance dans la gestion des organisations. Les archives ne sont pas sans failles, pas toujours accessibles, parfois négligées mais toujours utiles pour la connaissance des faits passés et pour faire progresser l’individu ou l’organisation dans une meilleure compréhension.

Vivement le troisième volume !

Sonia Dollinger

Publicités
commentaires
  1. Pierre dit :

    À quand le billet sur le dernier tome Les Producteurs ?!?
    Bonne lecture Sonia 😉

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s