Demokratia ou les archives falsifiées

Publié: 25 septembre 2016 dans BD, comics, manga
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Certaines lectures vous marquent et vous déstabilisent. Ce fut le cas, me concernant, avec Demokratia, un manga autour duquel je tournais sans me décider à le lire pour autant. Un jour, après avoir lu un article chez Bruce Lit, j’ai finalement sauté le pas et je ne le regrette pas, d’autant qu’évidemment, une petite mention d’archives dans le dernier tome me permet de vous en parler ici.

demokratiaDemokratia est un manga paru en France en cinq tomes chez Kazé seinein. Son auteur est Motorô Mase, un mangaka japonais né en 1969, à qui on doit également Ikigami, un autre titre très prenant que je vous conseille de lire et pour lequel il a reçu plusieurs prix. Demokratia est publié au Japon entre 2013 et 2015 et en France en 2015.

Deux amis, Taku Maezawa, élève ingénieur et Hisashi Iguma, jeune spécialiste de la robotique mettent leurs talents en commun pour créer une androïde, Maï. Mais comment peut-elle prendre des décisions et évoluer dans notre monde ? Les deux jeunes hommes idéalistes décident de confier les commandes de Maï à un réseau de 3000 personnes choisies au hasard sur internet. Tous doivent voter pour déterminer les actions de l’androïde et la majorité l’emporte. Cette expérience doit faire de Maï l’individu idéal, le fruit des expériences collectives et faire ressortir le meilleur de l’espèce humaine grâce au fait que ses actions sont le fruit d’une décision démocratique.

Hélas, tout s’emballe : la démocratie est-elle synonyme de raison ? Qui sont ces individus cachés derrière leur écran et comment prennent-ils leurs décisions ? Sont-ils tous épris de liberté et d’altruisme ? Le teaser de l’éditeur, « vivez une expérience mortelle » laisse à penser que tout ne se passe pas comme prévu. Difficile d’en dire plus, au risque d’être accusée de spoil, mais ce manga en cinq tomes, au graphisme nerveux et à l’histoire captivante mérite d’être lu pour les questions qu’il pose à notre société et à chacun d’entre nous.

Et les archives dans tout ça ??

La référence aux archives n’apparaît que dans le dernier tome de la série mais de manière récurrente à partir du moment où la police entre en jeu et arrête le concepteur de Demokratia. Ce dernier justifie ses actions et demande aux policiers d’aller vérifier ses dires dans les archives du système qui se trouvent sur le disque dur de son ordinateur. Elles sont alors utilisées pour confirmer les propos d’un suspect. Toutefois, leur interprétation peut être différente selon la personne qui les visionne. Les archives peuvent alors sauver un suspect ou permettre d’accumuler des preuves contre lui selon le contexte.

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L’exploitation des archives n’est pas une mince affaire et peut prendre beaucoup de temps, notamment lorsqu’il s’agit de fouiller une mémoire informatique et de reconstituer des véritables puzzles de données. il faut également parfois visionner des heures d’enregistrement pour tomber sur le moment clef qui peut débloquer ou faire comprendre une situation. On est ici dans la même position qu’un chercheur qui épluche des liasses et des liasses de documents dans l’espoir de trouver le détail qui fera avancer ses recherches : les méthodes policières n’ont rien à envier à celles d’un chercheur plongé dans ses archives.

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Enfin, les archives, dans Demokratia, sont utilisées comme des leurres : la police balance de fausses informations tirées de ses propres archives pour déstabiliser les participants et les inciter à paniquer ou faire des erreurs. L’utilisation des archives participe ici à une forme de guerre psychologique mêlant le vrai et le faux. Ainsi, rien ne dit que les documents ou images présentés comme étant le reflet de la réalité ne sont pas un montage ou une mise en scène.

demokratia_3Trop occupés par l’action en cours, abreuvés d’images et d’informations, les participants au jeu ne prennent pas le temps de pauser un regard distancié sur ce qu’ils voient, ce qui crée un doute et un affolement salutaires pour les forces de l’ordre.

Voilà de quoi donner du grain à moudre aux complotistes en tous genres ou matière à réfléchir sur l’analyse de ce qui nous est donné à voir tant les chercheurs et les archivistes savent bien que les archives ne sont pas gardiennes d’une vérité sacrée.

Sonia Dollinger

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