Black-Out sur les archives

Publié: 4 septembre 2016 dans Littérature
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Avouez ! Lequel d’entre vous n’a jamais rêvé d’être un chrononaute, un voyageur temporel afin d’être plongé dans votre époque favorite et d’étudier de près le mode de vie de nos ancêtres voire de le modifier ? Figurez-vous qu’en 2060, les historiens sont comblés : les chercheurs de l’Université d’Oxford maîtrisent les voyages dans le temps et envoient les jeunes historiens collecter des données au cœur de l’action.

Le voyage temporel est donc le sujet de l’intrigue principale de Black-Out, un ouvrage de Connie Willis, romancière américaine de science-fiction qui a été primée à de multiples reprises pour ses récits. Si ses ouvrages sont qualifiés d’œuvres de science-fiction, ils se réfèrent bien souvent à des thèmes historiques puisque Connie Willis envoie ses historiens au Moyen-Age, dans l’Angleterre victorienne ou à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale.

blackoutC’est le cas du roman qui nous occupe ici : Black Out, paru en 2010 – et en France en 2012 – qui a reçu les prix Hugo, Nebula et Locus. Il s’agit du premier volume du diptyque formé avec All Clear et qui ont pour toile de fond l’Angleterre pendant le second conflit mondial. Pour écrire ce titre, Connie Willis a réuni une énorme documentation sur Londres pendant la guerre, sur le Blitz et les réactions des Londoniens durant la période. Le récit démarre en 2060 : l’Université d’Oxford envoie ses jeunes historiens étudier l’Histoire en voyageant dans le temps. Evidemment, les voyages temporels sont très encadrés et font l’objet de précautions et de préconisations diverses : un historien ne doit pas changer le cours de l’Histoire, il ne doit pas mettre sa vie en péril. C’est pourquoi, les périodes et les lieux des sauts dans le Temps sont calculés au détail près. Les historiens se font implanter  dans le cerveau directement les renseignements dont ils ont besoin et sont munis d’une fausse identité leur permettant de s’insérer sans souci dans l’époque où ils sont envoyés.

C’est ainsi que plusieurs d’entre eux sont envoyés en Angleterre pendant la guerre. Merope doit étudier le sort des jeunes réfugiés évacués à la campagne pendant les bombardements de Londres, Polly a pour mission d’étudier le Blitz et la réaction des Londoniens face aux bombardements, Michael Davies va observer l’évacuation de Dunkerque. Pourtant, il règne une fébrilité inhabituelle à Oxford, l’ordre des transferts est bouleversé, d’autres sont retardés.

Dans cette confusion, les trois jeunes historiens réussissent tant bien que mal à partir. A l’arrivée, tout ne se passe pas comme prévu : Michael atterrit très loin du point prévu, Merope et Polly subissent également des contretemps et des avanies. Comment les historiens vont-il s’en sortir sur le terrain, dans une Angleterre en pleine guerre ? Ce sera à vous de le découvrir car évidemment, vous allez tout de suite vous ruer chez votre libraire ou à la Bibliothèque municipale pour lire Black-Out. C’est une lecture addictive, voilà, vous êtes prévenus !

Et les archives dans tout ça ??

Oui, ce n’est pas parce qu’on est en 2060 et que l’Université d’Oxford est peuplée de chrononautes que les archives ont disparu, bien au contraire. Il existe un département Recherche qui permet aux étudiants de se documenter sur la période dans laquelle ils seront envoyés et de compléter leurs connaissances avant le voyage. Il existe par exemple un département des archives musicales permettant d’écouter des morceaux de différentes époques.

Ainsi, les historiens sont préparés à l’avance à ce qu’ils vont voir par la consultation d’archives papier, sonores ou iconographiques. Pourtant, la confrontation directe leur procure une toute autre sensation. Rien ne vaut l’expérience et tout leur parait plus grand, plus démesuré que sur les photographies qu’ils ont pu compulser. Par ailleurs, sur le terrain, les historiens s’aperçoivent que tout n’a pas été consigné dans les archives et qu’il existe quelques différences entre la réalité et les traces qu’ils en ont. Les archives sont d’une aide précieuse pour préparer le voyage mais elles peuvent être incomplètes. En s’immergeant dans l’époque qu’ils doivent étudier, les historiens ressentent la peur, le froid, la faim et passent ainsi du statut d’historien à celui de témoin. Cela leur permet également de relativiser certains récits postérieurs à la guerre qui décrivent une situation apocalyptique alors qu’elle est parfois moins dramatique une fois vécue. L’inverse est tout aussi vrai.

Lorsque Merope, coincée en 1940, s’inquiète de savoir comment elle va pouvoir rentrer en 2060 car elle est consignée en quarantaine dans un bâtiment où tous les enfants sont atteints de la rougeole, elle se rassure en se disant que les gens d’Oxford connaissent la date de fin de quarantaine puisqu’elle « devait figurer dans les archives du ministère de la Santé. » Quant à Polly, elle craint après un bombardement qu’Oxford l’ait cru morte. Elle se rend donc au bureau du Times pour vérifier les avis de décès en espérant « que l’accès des archives serait autorisé à tout le monde« . Par chance, c’est le cas. L’historienne est avant tout impressionnée de pouvoir toucher et consulter les originaux, se rappelant qu’en 1940, « il n’y avait pas encore de copie numérique ni même de microfilms« .

Dans Black-Out, les archives sont donc avant tout des documents historiques servant aux chercheurs. Ces documents ne sont pas infaillibles et, malgré toute leur précision, leur consultation ne remplace pas le ressenti ni l’expérience. Les archives restent toutefois la seule trace tangible de l’existence d’un fait ou du sort d’un individu…si tant est qu’elles n’aient pas été détruites. Enfin, la connaissance des archives peut tout simplement sauver la vie d’un chrononaute. Ça vaut le coup d’en prendre un peu soin non ?

Sonia Dollinger

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commentaires
  1. […] Clear est la suite directe de Black-out, ouvrage de science-fiction de Connie Willis dont nous avons déjà parlé sur ce blog. A la fin de […]

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  2. […] l’occurrence – est fan des ouvrages de Connie Willis. Nous avons déjà évoqué en effet, Black Out et All Clear, deux récits qui avaient pour cadre Londres pendant la Seconde Guerre […]

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