Archives have the power, quand Patti Smith ouvre une petite boîte

Publié: 9 mai 2016 dans Littérature
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Celles et ceux qui me connaissent particulièrement bien savent combien Patti Smith compte à mes yeux. J’ai traîné certaines d’entre vous, chères lectrices, à Dijon, Bourges ou Lyon, je suis à demi morte d’apoplexie quand elle a déjeuné à la table voisine de la nôtre, bref, je suis une vraie fan, incapable de dire un mot intelligible à son idole lorsqu’elle la croise mais je me rattrape par écrit !

Evidemment, quand Patti Smith sort un livre, c’est un événement. La marraine du Punk, grande prêtresse rock, l’une des premières à donner son propre nom à un groupe, l’admiratrice de Rimbaud, la muse de Robert Mapplethorpe, la poétesse, écrivaine publie M Train chez Gallimard, six ans après Just Kids son dernier ouvrage.

M Train

Just Kids évoquait davantage l’enfance puis la jeunesse et les débuts de l’artiste aux côtés du photographe Robert Mapplethorpe. Soulignant les rêves, les combats d’une jeune femme pleine d’idéal et sa marche difficile mais triomphale vers la reconnaissance, Justk Kids était un ouvrage certes parfois nostalgique mais plein d’allant.

M Train est un récit plus mélancolique où Patti Smith dit son amour pour les plaisirs simples de la vie : le petit café du matin dans son endroit fétiche, les amis, la plage, ses chats. L’artiste évoque aussi avec beaucoup de nostalgie et de chagrin son mari défunt, Fred Sonic Smith, le bouillonnant guitariste des MC5 trop tôt disparu et son étrange voyage de noces sur l’île du Diable. L’interprète de Because the Night parle aussi des écrivains qui l’ont inspirée d’Arthur Rimbaud à Jean Genet en passant par Frida Kahlo ou Osamu Dazai.

Le lecteur voyage de par le monde avec une Patti Smith à la fois fragile, mélancolique mais sereine et lorsqu’on referme M Train, on n’a pas du tout envie de lâcher sa main et on voudrait bien encore un peu cheminer à ses côtés.

Et les archives dans tout ça ??

Oui parce que, quand même, me direz-vous, on est tout de même là pour ça, à l’origine ! C’est dans la dernière partie du livre, au chapitre intitulé « Un rêve d’Alfred Wegener ».

Au début de M Train, Patti Smith explique qu’elle est devenue membre du CDC (Continental Drift Club), société très fermée, composée de 27 membres, qui se dédie à la perpétuation de la mémoire d’Alfred Wegener qui élabora la théorie de la dérive des continents, décédé au cours d’une expédition au Groenland. L’artiste, un peu décalée dans ce monde très fermé de scientifiques, prononce un discours assez lyrique dont elle pense qu’il fut davantage déroutant que convaincant pour ses interlocuteurs. Patti Smith conserve donc ses brouillons, rédigés sur des serviettes en papier.

Bien après ce voyage berlinois, Patti Smith reçoit un avis l’informant de la dissolution du CDC dans lequel les membres étaient invités à faire disparaître toute correspondance comportant un lien avec le CDC. Étrange manière de perpétuer un souvenir que de tuer la mémoire des activités d’un groupe qui avait pour objet de maintenir en vie celle d’Alfred Wegener.

Obéissante, l’artiste s’exécute : « j‘ai descendu une boîte d’archives grise de l’étagère du haut de mon placard et j’en ai étalé le contenu sur le lit (…) j’ai préparé un petit feu et regardé tout ça brûler. (…) j’ai jeté les serviettes froissées dans les flammes, et chacune s’est recroquevillée comme un poing, se rouvrant lentement comme les pétales de petites roses cent-feuilles.« 

Un magnifique passage sur l’envol des souvenirs, la communion avec les esprits défunts et la foi en l’avenir succède à ce feu de joie sans retour.

Pour Patti Smith, le souvenir des disparus conservé en son cœur semble suffire et elle se plie sans détour à cet autodafé d’archives. Pourtant, l’archiviste en lisant ces lignes, aussi poétiques soient-elles, ne peut s’empêcher d’avoir un petit pincement au cœur. Certes, tout ne peut être conservé, mais ces archives privées, issues de petites associations ou sociétés mal connues recèlent un pan de l’activité humaine qu’on a parfois bien du mal à saisir tant leur existence est fugace et fragile.

Poétesse fascinée par les flammes, je rêve que parfois tes pensées te portent vers un ou une petite archiviste qui n’attend que tes serviettes en papier.

Sonia Dollinger

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