Les rats de poussière contre Billy The Kid

Publié: 7 février 2016 dans Littérature
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C’est devenu un réflexe : quand je choisis un thriller, je regarde instinctivement si j’aperçois le mot « archives » dans le résumé, me voici définitivement contaminée par ce métier, y compris dans mes lectures quotidiennes. Il n’en fallait pas plus pour que le sous-titre de l’ouvrage de Laurent Whale, Goodbye Billy, m’interpelle. Le sous-titre : les rats de poussière, avec un tel énoncé, nous aurions fatalement –hélas, oui, poussière et archives sont fatalement associées – une mention soit des documents liés à l’affaire, soit du métier.

Mais qui est Laurent Whale ?

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Cet auteur franco-britannique né en Angleterre en 1960 a déjà publié plusieurs romans et nouvelles avec une prédilection pour la science-fiction. Avec Goodbye Billy, Laurent Whale s’attaque au thriller avec bonheur et met en scène une équipe dont les archives sont la préoccupation première.

Le personnage principal de Goodbye Billy est un ex-agent du FBI, Dick Benton, divorcé et mal dans sa peau. On comprend rapidement qu’il a été écarté de son boulot et mis sur la touche. Il hérite donc d’un poste qu’il n’avait surtout pas demandé : la direction du Service des Archives Tronquées – le SAT – de la Bibliothèque du Congrès à Washington. On trouve au sein de ce groupe hétéroclite Andrew Kerouac, archiviste en chef, qui est évidemment le plus âgé du groupe, Antonia Horowitz, responsable informatique et des nouvelles technologies, Maureen Mc Cornwall, réincarnation de Nina Hagen.

Le groupe est le gardien des secrets des Etats-Unis et est souvent chargé d’enquêter sur des dossiers brûlants à la demande de parlementaires de tous bords. Lorsque Dick Benton arrive à la tête du service, celui-ci doit traiter une demande d’enquête sur l’origine de la fortune d’un sénateur, candidat à l’investiture républicaine pour la Présidentielle.

Quel est le rapport avec Billy The Kid dont l’histoire se déroule en parallèle et avec une série de meurtres qui parsèment le parcours de nos Rats de poussière ? A vous de le découvrir avec ce thriller haletant qui se lit avec plaisir malgré une intrigue secondaire dont on ne comprend pas toujours le rapport avec l’histoire principale – mais peut-être ouvre-t-elle vers un second tome ?

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Et les Archives dans tout ça ??

Vous l’aurez compris, le rapport aux archives est plus qu’évident. Dick Benton est sanctionné par sa hiérarchie, il est donc inévitablement envoyé vers ce qu’on considère dans son milieu comme un placard : le service des Archives. Notons d’ailleurs qu’il devient le chef de service sans être issu de la profession et que l’archiviste, bien qu’affublé du titre d’archiviste en chef, n’est que son subalterne et un des membres de l’équipe au même titre que les autres.

Evidemment, Benton vit sa mutation comme un cauchemar : « une nouvelle vie, tu parles ! Chef du service des Archives tronquées » et il compare sa situation à celle de Mulder et Scully dans X-Files. Voilà Benton nommé à la tête des « Rats de poussière » comme se qualifient eux-mêmes par autodérision les personnes composant le service. Plus loin, Benton se décore du titre « d’amiral du placard à balais. », autant dire que la fonction d’archiviste n’est pas perçue comme reluisante, loin de là (rappelez-vous le billet de Téléchat, l’archiviste est un balai, on y est presque ici ! ) Toutefois, pour l’ex agent du FBI, la sanction est préférable à une mutation au service comptabilité, il existe donc une hiérarchie dans les placards et, par bonheur, les archives ne sont pas en bout de chaîne ce qui n’empêche pas Benton de comparer son nouveau service à un sarcophage…et quand il parle de son nouveau boulot à ses amis, il a plutôt un peu honte. Même ses adversaires le plaignent : « Archiviste ! Bon sang de bois, il doit s’y ennuyer à mourir. »

Lorsque l’archiviste Andrew Kerouac – étonnant clin d’œil à la Beat Generation –  apparaît dans le récit, il est présenté comme « un bonhomme presque aussi ancien que les bâtiments eux-mêmes », il n’échappe donc pas aux clichés habituels. Un peu plus loin, on évoque « son allure d’historien », ces derniers apprécieront la comparaison. Sa demeure, présentée plus tard dans l’ouvrage confirme la première impression : « l’archiviste, logeait dans un immeuble à son image », c’est-à-dire un immeuble ancien, datant des années 1930. Son intérieur est envahi de livres et documents qui colonisent le moindre espace disponible.

C’est Kerouac qui fait visiter les lieux à son nouveau chef qui l’écoute d’une oreille distraite : « possédé par son sujet, l’ancien, cheveux argentés, longs et en broussaille, lui faisait les honneurs du vénérable édifice. Dates, ancêtres et heures de gloire, la totale. » Les deux hommes traversent des salles de lectures désertes et des murs à étagères remplis d’ouvrages. L’archiviste connait les lieux par cœur et se révèle être « un guide précieux » dans les dédales.

Le service est semble-t-il uniquement à usage interne puisqu’il est bien précisé qu’il était « chargé de mener à bien les enquêtes diligentées par les sénateurs ». Toutefois, avec stupeur, Benton apprend que son équipe a résolu le mystère de l’assassinat de JFK tout en se gardant bien de le clamer au grand jour. Ainsi, ces rats de poussière savaient finalement beaucoup plus de choses que le commun des mortels.

Au sein de l’équipe, les tâches sont visiblement bien réparties entre l’informaticienne et l’archiviste : « les archives papier non numérisées restaient la chasse gardée du vieux Kerouac » et le monde numérique lui est étranger. Toutefois, malgré la différence d’âge et de pratique, les agents sont complémentaires et s’entendent plutôt bien.

Toutefois, la direction des archives tronquées n’est pas de tout repos et l’équipe se trouve entraînée dans une enquête délicate qui met en péril la vie des Rats de Poussière. Tous solidaires, ils mènent alors un combat contre un ennemi déterminé. L’archiviste joue un rôle prépondérant dans l’histoire et ses connaissances permettent de progresser. Il lâche d’ailleurs nonchalamment une petite phrase : « c’est fou ce que l’on trouve quand on sait où chercher » et il se lance dans la description des archives de l’administration fiscale.

A son flair, l’archiviste ajoute une bonne maîtrise de la diplomatique et sait dater et comparer des écritures grâce à sa « grande pratique des documents manuscrits ». Il évoque le vieillissement des encres et se montre donc d’une grande aide pour expertiser des documents essentiels : « peu de choses échappaient à l’œil de l’archiviste » finit par écrire l’auteur.

En conclusion et malgré quelques clichés attachés à l’âge canonique de l’archiviste, Laurent Whale accentue l’aspect sanction et poussiéreux des archives pour finalement renverser complètement son regard et montrer un service vivant, soudé, un archiviste indispensable à la résolution de l’enquête.

Je ne vous ai pas parlé de Billy The Kid ? Certes, alors, lisez le livre !!

Sonia Dollinger

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