Nuage, témoignage et archivage

Publié: 7 décembre 2015 dans Films
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Pour ce billet, le blog a l’immense plaisir d’accueillir la contribution de Cécile Mercey, étudiante en Master Pro Archives à l’Université de Bourgogne qui a choisi de nous présenter le film Cloud Atlas.

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Cloud Atlas, réalisé en 2012 par les Wachowski’s (entre autre créateurs des Matrix) et Tom Tykwer, est l’adaptation cinématographique de Cartographie des nuages de David Mitchell (paru en 2004).

Film transgenre, improbable et à la finalité obscure, Cloud Atlas est en réalité composé de six histoires, plus ou moins entremêlées, s’étalant sur près de cinq siècles. Jeu de réincarnation, les personnages se croisent et se recroisent à différentes époques, en différents lieux.
La première histoire narre les aventures du jeune avocat Adam Ewing en 1849 alors qu’il vogue en direction de San Francisco.
La deuxième, située en 1936, laisse la scène à Robert Frobisher, jeune compositeur rêvant de gloire, embauché comme copiste par un vieux musicien.
La troisième met en scène la journaliste Luisa Rey dans le San Francisco de 1973 où elle enquête sur les problèmes de sécurité d’une centrale nucléaire.
La quatrième nous emmène en 2012, où nous suivons les malheurs de l’éditeur Timothy Cavendish.
Nous effectuons en grand bon dans le temps avec la cinquième histoire qui nous transporte à Néo Séoul, en 2144. Le personnage central de cette intrigue est Sonmi 451, jeune clone éprise de liberté.
Enfin, le sixième récit concerne Zachry. En 2321, les Humains se sont rassemblés en tribus peu avancées technologiquement. Zachry, modeste berger, est l’un d’eux.
Les histoires se mélangent tout au long du film, nous permettant de progresser dans chaque univers petit à petit. Les liens entre les récits, qu’il s’agisse des lieux, des personnages, des événements, sont multiples. Il faudra regarder Cloud Atlas plus d’une fois avant d’en saisir tous les détails.

Et les archives dans tout ça ??

Nous parlerons ici plutôt d’archiviste. Joué par James D’Arcy, l’archiviste, n’a rien en commun avec le cliché actuel de l’homme entre deux âges, portant lunettes, veste en tweed et pantalon de velours.
L’archiviste de l’an 2144, tient plus du robot : traits figés, sans distinction physique particulière, il est plutôt représentatif des personnages bureaucratiques et administratifs des films de science-fiction.

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Dans le cas de Cloud Atlas, l’archiviste diverge des représentations traditionnelles. Nous pouvons le qualifier d’archiviste sonore. Il est en effet chargé de recueillir le témoignage de Sonmi 451 avant son exécution. Dans le récit se déroulant à Néo-Séoul, Sonmi découvre les travers secrets de la société dans laquelle elle évolue. Avec l’aide d’un groupe d’opposants au régime en place, elle révèle à la population ces informations avant d’être capturée.
Au cours de ses diverses apparitions dans le film, le personnage de l’archiviste révèle plusieurs caractéristiques sur le métier et le rôle des archives tels que l’on peut les appréhender actuellement.
Lors de sa première apparition, il justifie son interrogatoire comme une solution pour collecter la vérité. Il illustre ainsi l’idéologie selon laquelle les archives et les archivistes détiennent la vérité des faits.
Dans une seconde apparition, il demande à Sonmi de lui raconter ses premiers souvenirs. Il explique que ces informations permettent de donner un contexte pour les « futurs historiens de la corpocratie ». Nous avons là l’exemple même des archives comme supports de construction de l’histoire. L’archiviste est d’ailleurs très précis dans ses questions et cite précisément chaque date relative aux événements afin de détailler au mieux le témoignage.

Un autre aspect du métier d’archiviste est abordé dans une autre scène. Sonmi récite une citation particulière. L’archiviste retrouve aussitôt l’auteur. Il note que ce dernier a été censuré et qu’elle ne devrait pas pouvoir le connaître. L’archiviste a accès à de nombreuses informations, parfois même sensibles et classifiées.

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Enfin nous pouvons faire un point sur sa dernière apparition. Suite au discours de Sonmi, l’archiviste lui demande si elle n’a pas peur que personne ne croit en son message. A cela, elle répond que « quelqu’un y croit déjà ». Sa réplique illustre la position que peut avoir un archiviste vis-à-vis des informations qu’il doit archiver et conserver. Jusqu’où peut aller l’objectivité face aux documents qu’en tant que professionnels nous pouvons être amenés à traiter ? La notion de responsabilité de l’archiviste est poussée de manière extrême dans le cas de Cloud Atlas et de l’histoire de Sonmi car son témoignage bouleverse l’ordre même de la société en place.

Cécile Mercey

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commentaires
  1. […] Cécile Mercey : archiviste, elle nous a proposé un billet sur Cloud Atlas. […]

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