Abomination ou les secrets inavouables des archives militaires

Publié: 3 avril 2015 dans Littérature
Tags:, ,

Abomination est le premier volet d’une trilogie née de l’imagination de l’écrivain anglais Jonathan Holt. Cet ouvrage peut-être qualifié de « cyberpolar » puisque l’intrigue tourne en grande partie autour de Carnivia, un réseau social né de l’imagination d’un hacker millionnaire.

L’histoire se passe essentiellement à Venise et alentours et met en scène d’une part le lieutenant de l’armée américaine Holly Boland et de l’autre un binôme de carabiniers italiens formé par le colonel Piola et la capitaine Katerina Tapo.

Plusieurs affaires parallèles finissent par se rejoindre mêlant les intrigues des agences de renseignements américaines aux tripatouillages des firmes privées sous contrat avec les Etats sur fond de guerre en ex-Yougoslavie et de réseaux de prostitution et d’exploitation des femmes dans les pays de l’Est.

Ce thriller est somme toute assez classique puisqu’il présente des personnages droits tentant de surnager au milieu de conspirations et de complots entrecroisés. Cette œuvre donne une impression de déjà vu sympathique et les personnages féminins sont particulièrement attachants. Holly et Katerina sont les seuls protagonistes intègres de cette histoire, chacun des autres ayant une part d’ombre.

9782221145524

Abomination évoque tout d’abord la présence de l’armée américaine au sein de grandes bases européennes comme celle de Camp Ederle en Italie et ce bien après la guerre froide créant ainsi des tensions avec la population locale vénitienne. C’est dans ce contexte qu’arrive sur la base la lieutenante Holly Boland qui doit, à peine-a-t-elle pris son poste, gérer une demande d’accès à des documents classés secret défense de la part de Barbara Holton, rédactrice d’un site d’informations en ligne.

En parallèle, le colonel Piola et la capitaine Tapo enquêtent sur le meurtre d’une femme habillée en prêtre catholique. Qui peut bien en vouloir à cette femme ? Apparemment beaucoup de monde, à commencer par l’institution catholique qui ne supporte pas qu’une femme puisse revendiquer la prêtrise.

A ces deux enquêtes s’ajoute l’accusation portée contre Daniele Barbo, brillant hacker mathématicien gérant un réseau social, Carnivia, que d’aucuns voudraient bien démanteler ou au moins récupérer les données de ses utilisateurs qui y déposent visiblement des informations ultraconfidentielles.

Les trois enquêtes et les personnages se rejoignent lorsque Barbara Holton, la journaliste en quête d’informations sur la base américaine, est retrouvée assassinée à son tour et que ses liens avec la première victime sont avérés.

Holly Boland et Katerina Tapo unissent désormais leurs forces, épaulées par l’étrange Daniele Barbo et partent sur les routes de Bosnie pour découvrir une Abomination au risque d’y laisser leur vie.

L’ouvrage est un véritable plaidoyer féministe dénonçant à la fois les trafics de femmes emmenées en Europe de l’Ouest sous de vils prétextes pour finir dans les réseaux de prostitution, les comportements machistes et à la limite du harcèlement des personnels masculins dans l’armée américaine ou dans la police italienne.

Un rien complotiste, ce livre interroge également les méandres de la politique international et les intérêts officiellement concurrentiels mais parfois convergents des Etats et des agences privées d’armement et de mercenaires. Ce premier tome laisse le lecteur sur sa faim avec beaucoup de questions en suspens, il faudra donc attendre les deux prochains pour avoir toutes les clefs de l’énigme.

Et les Archives dans tout ça ??

L’une des clefs du problème est l’accès à certaines archives de l’armée américaine. Barbara Holton arrive avec une demande d’accès à l’information qu’elle présente à la lieutenante Holly Boland, fraichement arrivée à son poste en Italie. Cette recherche porte sur des archives datant des années 1993-1995 concernant des relations entre l’armée américaine et les milices croates. Evidemment, la base a généré de nombreux documents : « plus de trois kilomètres d’archives entreposées dans des galeries souterraines » dont la majorité sont stockées sans autre forme de classement.

A cette occasion, on apprend qu’un ordre exécutif n°13526 autorise le gouvernement « à classer confidentiel, censurer ou expurger rétrospectivement, et par tous les moyens à sa disposition, les informations dont il décide qu’elles auraient dû être normalement classées confidentiel en leur temps ». Ceci interroge bien sûr de manière générale sur ce qu’on est susceptible de trouver – ou de ne pas trouver – dans les archives après archivage définitif ! Pour compliquer la recherche, l’armée demande parfois de préciser le numéro du dossier, sachant évidemment que la plupart du temps, il n’en a aucun. C’est toute la question de l’accès à l’information par les citoyens qui se pose à travers cet exemple.

Après le meurtre de Barbara, Holly Boland cherche à connaitre le contenu de ces fameux dossiers et, lorsqu’elle se rend dans les souterrains, les soldats déplacent des cartons d’archives pour les emmener sur un autre site plus éloigné. C’est l’occasion pour l’auteur de décrire le dépôt d’archives : des alcôves plongées dans la pénombre regorgeaient de tréteaux et de palettes sur lesquels étaient entreposés des morceaux de cartons (…) »

Bien sûr, aucun archiviste n’est là pour contrôler tout ça et l’auteur ajoute : « il est clair que ce n’était qu’un dépôt de paperasse dont personne ne savait trop si on avait ou non le droit de se débarrasser. » A vrai dire, on apprendra plus loin que droit ou pas droit, certaines archives ont bel et bien disparu de manière opportune.

Mais fort heureusement, les archives survivent toujours là où on ne les attend pas, à vous de lire la suite !

Sonia Dollinger

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s