Wild Cards : un virus et des archives

Publié: 8 mars 2015 dans Littérature
Tags:, , ,

Le challenge du jour est de réunir dans un même billet les fans de Game of Thrones, les archivistes et les fans de super-héros. Nous ne parlerons donc pas ici de la série événement de George R.R Martin mais d’un ouvrage à la fois uchronique et fantastique dirigé par l’auteur du Trône de Fer.

9782290061077

Wild Cards est en effet un recueil de nouvelles paru en 1987 où George R.R Martin rassemble seize nouvelles entrecoupées par des interludes marquant le passage à une époque différente. L’ouvrage est donc écrit par une série d’auteurs qui reprennent la trame générale et développent chacun l’histoire d’un personnage ou d’un groupe. Ce premier tome de Wild Cards se déroule de 1946 aux années 1970, un second volume prenant la suite évoque les années 1980.

La version française de l’ouvrage est parue seulement en 2014 dans la collection Nouveaux Millénaire, la nouvelle notoriété de l’auteur permet donc aux lecteurs français de pouvoir lire ce recueil qui rassemble de grandes plumes de la science-fiction nord-américaine comme Roger Zelazny, Lewis Shiner ou Walter Jon Williams

L’histoire commence en 1946 aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Le monde à peine remis de ce traumatisme fait face à une nouvelle menace. Deux vaisseaux extra-terrestres entrent dans l’atmosphère : l’un contient un virus extrêmement dangereux et l’autre un habitant de la planète Takis tentant de sauver la Terre et de prévenir ses habitants de la menace qui arrive. Malgré le sacrifice du jeune aviateur héros de guerre Jetboy, le virus parvient à se répandre.

Ce virus surnommé « wild cards » a des effets très inattendus et très divers : chaque individu infecté réagit différemment. La majorité meurt immédiatement, ne supportant pas les changements induits dans son métabolisme. Le virus tue donc quatre-vingt-dix pour cent des personnes touchées. Les survivants subissent des mutations génétiques plus ou moins heureuses. Certains sont transformés en véritables monstres et voient pousser des écailles sur leur peau, une trompe d’éléphant en guise de nez, parfois des tentacules remplacent leurs mains. Ces humains devenus difformes sont surnommés les Jokers et sont peu à peu repoussés dans des Ghettos au sein d’une partie de New York désormais surnommée Jokertown.

Un petit groupe a plus de chance puisque le virus leur accorde des pouvoirs qui les transforment en As, capables de voler, de soulever des montagnes, de lire dans les esprits voire de les manipuler. Ces As conservent une apparence humaine au contraire des Jokers. Evidemment, certains préfèrent utiliser leurs capacités pour voler et s’enrichir, d’autres servent d’instrument au gouvernement américain qui les utilisent dans l’armée.

Cette société uchronique où les super-héros voisinent avec les Freaks et les « norms » ou « nats » (normaux ou naturels, les humains qui n’ont subi aucun mutation et continuent à évoluer dans une société dont ils restent les maitres) ressemble pourtant beaucoup à la nôtre. Le sénateur Mac Carthy existe aussi dans ce monde parallèle où tous les As sont soupçonnés d’être des communistes infiltrés, les Jokers et les As s’étourdissent dans le mouvement hippie sur fond de guerre froide. La dernière partie de l’ouvrage se déroulant dans les années 1970 reprend les thèmes de la ségrégation en dénonçant le ghetto de Jokertown et la lutte des Jokers pour la reconnaissance de leurs droits.

Des personnages récurrents comme le docteur Tachyon, extra-terrestre installé sur notre planète en 1946 au moment où ses semblables envoient le virus sur terre. On croise des As lâches ou héroïques, des Jokers monstrueux au grand cœur ou des terroristes. Si la discontinuité des auteurs donne une interprétation ou un style différent à chaque nouvelle, elle ne nuit pas à l’ensemble. Wild Cards est une belle surprise qui marie avec brio la science-fiction et l’uchronie.

Et les Archives dans tout ça ??

Oui parce que si je vous parle de Wild Cards, vous vous doutez bien que ce n’est pas juste pour le plaisir d’évoquer George R.R.Martin et de faire une audience un peu moins ridicule que d’habitude en évoquant le papa de Game of Thrones !

Evidemment, on trouve une mention des archives dans ce volume et ce, presque dès le début, dans la nouvelle intitulée Trente minutes sur Broadway ! œuvre d’Howard Waldrop qui introduit le personnage de Bobby Tomlin dit Jetboy, un gamin fou d’avion devenu le meilleur pilote nord-américain durant la Seconde Guerre mondiale. Jetboy sera si populaire qu’un comic-book reprenant ses aventures verra le jour. En 1946, la guerre étant finie, Jetboy est démobilisé par une note du chef d’état-major qui écrit que « les archives vous concernant, vos recommandations et vos décorations vous seront transmises par voie séparée. ». La note précise également que les archives montrent que Jetboy n’a jamais obtenu son brevet de pilote. Cette dernière information étonne le journaliste Scoop Swanson venu enquêter : « Jamais obtenu son brevet de pilote ? C’est quoi cette histoire ? J’ai vu son dossier dans nos archives : trente centimètres d’épaisseur ! Il a du voler plus vite, plus loin et abattre plus d’appareils que n’importe qui… »

Hé oui, les archives permettent à coup sûr, quand elles ne sont ni détruites ni falsifiées de recouper ses informations et d’avoir une vision nouvelle d’un personnage ou d’un événement. Elles ne portent pas de jugement – le fait de ne pas avoir son brevet ne fait pas de Jetboy un mauvais pilote – mais éclairent un contexte et donnent ici encore plus de relief aux exploits du jeune homme.

Tirerez-vous un As ou un Joker en explorant les archives ? A vous de voir !

Sonia Dollinger

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s