Jour J, les archives uchroniques

Publié: 20 février 2015 dans BD, comics, manga
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Jour J  est une série de bande dessinée française créée par Fred Duval, Jean-Pierre Pécau assistés de Fred Blanchard. Les trois auteurs jouent sur le principe fondamental de l’Uchronie : prendre un événement historique réel et imaginer des développements alternatifs de l’Histoire.

La_Vengeance_de_Jaures_Jour_J_tome_19

Un seul élément change et l’Histoire en est bouleversée à jamais. Que de portes ouvertes à l’imagination et aux réécritures de l’histoire du monde où s’ouvrent de nouveaux champs des possibles ! Le rêve pour une archiviste amatrice d’histoire.

A ce jour, la série comporte 19 volumes explorant des périodes différentes allant de l’Antiquité – et si Ponce Pilate avait gracié Jésus ? – à la période plus contemporaine – Et si Mai 68 avait été le prélude à l’instauration de la VIe République ? Chaque volume peut se lire indépendamment, ce qui est plutôt une bonne idée, certains lecteurs n’étant intéressé que par une période ou un sujet en particulier.

C’est le dernier volume en date, le tome 19 qui retient notre attention dans ce billet. Intitulé « La vengeance de Jaurès », ce volume explore ce qui serait advenu si la SFIO avait fait assassiner Raoul Villain en 1930. Pour mémoire, Villain est l’homme qui assassine Jean Jaurès au café du Croissant le 31 juillet 1914. En 1919, Villain est jugé pour ce meurtre et… acquitté. C’est la veuve de Jaurès qui est condamnée à payer les frais de justice. Après une existence d’errance, Villain est fusillé en 1936 par les anarchistes sur l’île d’Ibiza.

Le point de divergence du récit dans Jour J se situe très précisément le jour du transfert des cendres de Jaurès au Panthéon le 23 novembre 1924. Les auteurs imaginent alors une réunion du conseil national de la SFIO organisée par Marceau Pivert. Ce dernier informe le conseil que la section corse propose de venger Jaurès en exécutant Villain. Malgré les réticences de Léon Blum, le conseil se prononce favorablement sur cette proposition. Un tueur est alors lancé sur les traces de Villain.

L’album s’ouvre sur l’exécution de l’assassin de Jaurès, un pauvre déchet alcoolique. Tout devrait donc s’arrêter dès les premières planches. Pourtant, une série de meurtres portant la marque de l’exécuteur montre que l’homme de main corse ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

Pourquoi cet homme mystérieux sème-t-il des cadavres sur sa route ? La SFIO semble dépassée par le monstre qu’elle a lâché dans la nature ? Pourquoi Georges Mandel se mêle-t-il de l’affaire et la police va-t-elle finalement mettre la main sur l’exécuteur et remonter jusqu’à la SFIO ?

Ce tueur est-il fou ou est-il animé d’un sentiment de vengeance personnelle, quelles fêlures dans son passé ont fait de lui ce meurtrier qui ne semble plus pouvoir s’arrêter ?

Evidemment, vous n’aurez la réponse qu’en feuilletant vous-même ce beau volume dessiné par Gaël Séjourné aidé à la couleur par Jean Verney. Et ce volume vous donnera sûrement envie de vous plonger dans d’autres tomes de cette série originale.

Et les Archives dans tout ça ??

La postface, rédigée par Gilles Candar, président de la Société d’études jaurésiennes, fait explicitement référence aux archives. En effet, la section corse de la SFIO a réellement envoyé une motion en 1919 appelant à « rechercher et à punir les auteurs de la mort de Jaurès ». La section corse a même monté un groupe opérationnel doté du nom explicite des « Vengeurs de Jaurès ». Cette motion a été retrouvée par Madeleine Rebérioux, historienne spécialiste de la Troisième République dans les archives de Louis Costa comme le précise Gilles Candar dans sa postface.

C’est donc bien à partir d’un fait réel, trouvé dans les archives d’un membre de la SFIO que cette histoire imaginée par Duval et Pécau a vu le jour. Le point de divergence est que, dans la réalité, le congrès national de la SFIO a repoussé cette motion.

Tout au long du récit, les archives de la sûreté nationale sont représentées avec d’un côté des casiers où sont rangées des armes et autres pièces à conviction et d’autres où l’on retrouve des fichiers ou des dossiers. Les archives sont expressément mentionnées à la page 43 lorsque le directeur de la Sûreté tente de relier les victimes ou potentielles victimes entre elles.

Jour J

Sans vouloir vous inciter à vous ruiner, si vous aimez l’histoire et le procédé uchronique et si vous êtes amateur de bande dessinée, difficile pour vous de passer à côté de cette excellente série…et si en plus, elle parle d’archives, vous n’avez vraiment plus d’excuses.

A quand un prochain volume : Et si les archivistes avaient pris le pouvoir en France ?

Sonia Dollinger

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