L’Aliéniste : des archives salvatrices

Publié: 13 janvier 2015 dans Littérature
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Le billet de cette semaine est à nouveau consacré à un thriller que les amateurs du genre ont sans doute tous eu entre les mains : l’Aliéniste de l’écrivain américain Caleb Carr.

Historien de formation, Caleb Carr devient romancier et se connaitre du grand public avec l’Aliéniste en 1996, roman pour lequel il obtient le Grand prix de Littérature policière et le prix Mystère de la Critique. Ce premier grand succès est suivi par une série d’autres romans dont certains, comme l’Ange des Ténèbres, reprend les mêmes personnages.

L’Aliéniste se déroule dans le New York de la fin du XIXe siècle, alors que Théodore Roosevelt n’est encore que le préfet de Police contesté par ses troupes gangrenées par la corruption que Roosevelt veut remettre dans le droit chemin. En 1896, la ville est confrontée à une série de meurtres sauvages perpétrés par un tueur en série qui parcourt le Lower East Side. Ses victimes sont des adolescents prostitués atrocement mutilés.

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Pourtant, malgré l’atrocité des crimes, les pouvoirs publics semblent peu réactifs et n’ont pas l’air pressés de découvrir qui s’acharne ainsi sur des jeunes. Il faut dire que les victimes sont pauvres et représentent ce que la haute société condamne…finalement peut-être que ces crimes arrangent les puissants ?

Cette passivité ne plait pas au nouveau préfet de Police et Roosevelt décide de réunir une équipe d’enquêteur officieuse et atypique autour d’un personnage contesté : Laszlo Kreizler, aliéniste de son état. Un aliéniste est le spécialiste qui étudie et tente de traiter les pathologies mentales. A la fin du XIXe siècle, la discipline est encore très contestée. Kreizler est marginal et laissé à l’écart par nombre de ses confrères médecins. Il insiste sur la compréhension du passé et du contexte dans lequel ont grandi les tueurs en série ou les déséquilibrés pour y trouver les explications de leurs actes. Ses confrères pensent alors que Kreizler veut justifier le meurtre alors qu’il ne souhaite que mieux comprendre.

A ses côtés, on retrouve un journaliste, John Moore, chroniqueur criminel, ami de jeunesse de Roosevelt et Kreizler, mais aussi deux inspecteurs adeptes des techniques d’enquête scientifique, les frères Isaacson et une des premières femmes policières, reléguée à un rôle subalterne, Sara Howard, désireuse de prouver sa valeur.

Cette enquête parallèle se heurte à des préjugés de toutes sortes issus des hautes sphères économiques, politiques et religieuses mais aussi à la méfiance des milieux populaires, habituellement délaissés par la police.

Le tueur semble être animé d’une rage sans égale, d’une force surhumaine et habité d’une mystique religieuse qui n’arrange rien. Comment stopper cet être insaisissable, comment deviner son identité afin de mettre fin à sa course sanglante ?

Le rythme de ce thriller est infernal et ne laisse aucun répit au lecteur. L’équipe d’enquêteurs est attachante même si Kreizler est un type étrange, à la fois touchant et profondément agaçant. La description des bas-fonds new-yorkais et de ceux qui y vivent est précise, hyperréaliste mais pas misérabiliste. Les ravages d’une religion obscurantiste et rigoriste sonnent tristement juste.

Un classique du genre bien ficelé sur fond d’interrogation sociale et psychologique.

Et les archives dans tout ça ??

Comme dans bon nombre de thrillers, des archives, il y en a dans l’Aliéniste ! Elles sont ici de plusieurs natures et la question de leur communicabilité est régulièrement posée. Les archives de la police du quinzième arrondissement de New York aident Sarah à comprendre le comportement parfois étrange de Laszlo Kreizler. Sarah consulte en effet des rapports écrits par un agent de police à la suite d’une intervention en 1862. Elle n’a aucun mal à accéder aux archives policières puisqu’elle travaille elle-même dans la « Maison ».

Par contre, pour consulter les archives du Ministère de l’Intérieur, Kreizler et Moore ne peuvent éviter de se déplacer à Washington, les dossiers étant sensibles, il ne peut leur en être envoyé copie, ils doivent être consultés sur place. Caleb Carr décrit le bâtiment où sont conservées ses archives comme étant un « bâtiment d’architecture néo-grecque » dans lequel les salles d’archives se trouvent évidemment au sous-sol. Ces archives concernent avant tout les rapports entre colons et sioux lors de la Conquête de l’Ouest, rapports souvent conflictuels, on l’imagine bien. Hélas, l’auteur n’échappe pas au cliché puisqu’il évoque une « table poussiéreuse », et sa déprime dans « ce lieu sans fenêtre ». Les enquêteurs croisent toutefois « une jeune et jolie archiviste » mais leur seule préoccupation à son égard est d’avoir à son encontre un geste déplacé payé d’une claque sonore en retour.

Les archives hospitalières sont également évoquées, archives difficiles à consulter sans l’appui de Théodore Roosevelt dont le poids permet d’accélérer la communication de dossiers de patients.

Malgré les difficultés d’accès, le recours aux archives sera évidemment salutaire pour nos enquêteurs en leur permettant de cerner la personnalité de celui qu’ils cherchent.

Une dernière allusion aux archives indique que le tueur a dû voler un plan aux Archives Nationales qui n’ont pas l’air bien sécurisées.

Encore une fois, sans les archives, point de salut dans la résolution de l’énigme.

Sonia Dollinger

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