Un généalogiste au pays des Mormons

Publié: 8 décembre 2014 dans Littérature
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Si vous lisez ce blog régulièrement, vous avez déjà entendu parler de Dan Waddell, l’auteur de Code 1879 auquel j’ai consacré un billet précédent (c’est par ici )

Dans la foulée de ce premier roman policier, Dan Waddell continue sur sa lancée et publie en 2009 – en France en 2012 – la suite des aventures du trio formé par le généalogiste Nigel Barnes et les policiers Grant Foster et Heather Jenkins. Le deuxième roman a pour titre Depuis le temps de vos pères et se déroule quelques mois après les premières aventures de nos trois héros.

L’inspecteur Grant Foster se remet doucement de ses mésaventures et se sent mis à l’écart part sa hiérarchie qui souhaite le ménager après le traumatisme subi par l’inspecteur de la Criminelle. Toutefois, le repos ne sera que de courte durée : une comédienne sur le déclin, Katie Drake, est trouvée sauvagement assassinée dans son jardin londonien. Pour corser le tout, Naomi, adolescente de 14 ans, la fille de la victime a disparu. Alors que l’enquête piétine et laisse à penser qu’il s’agit d’un crime « ordinaire » assorti d’un enlèvement d’enfant, la découverte d’un cheveu du tueur et l’analyse ADN qui s’en suit bouleverse les certitudes des inspecteurs Foster et Jenkins : le meurtrier est apparenté à sa victime.

C’est dans ce contexte que la police criminelle fait de nouveau appel au généalogiste Nigel Barnes qui se débat de son côté avec sa récente célébrité en tentant d’animer une émission de télé consacrée à la généalogie. La notoriété ne semble pas être du goût de Nigel qui regrette ses longues recherches dans les cartons d’archives. Lorsque les inspecteurs viennent le trouver, Barnes, soulagé se remet au travail. Cette enquête mêle généalogie traditionnelle, peuplée de longues heures passées aux archives et généalogie « scientifique » basée sur des tests génétiques, que certains présentent comme l’avenir de la généalogie.

L’enquête amène nos trois personnages sur la piste des Mormons et permet finalement de mieux comprendre le discours des adeptes de cette religion sur leurs ancêtres. Tout en faisant progresser l’intrigue, l’auteur nous explique pourquoi les Mormons s’intéressent tant à la généalogie et constituent des bases recueillant les états civils du monde entier, précieusement conservés à Salt Lake City. Nigel Barnes et Heather Jenkins ne peuvent d’ailleurs s’exonérer d’un voyage dans la capitale des Mormons, découvrant ainsi les méandres de cette société complexe, traversées de courants divers opposant comme dans toutes les religions, les progressistes aux fondamentalistes.

Sur le fond, Depuis le temps de vos pères est intéressant autant du point de vue de l’intrigue que du développement des personnages qui prennent de la consistance et auxquels on s’attache après un premier tome qui posait les caractères de chacun. Grant Foster, ours mal léché, se révèle être un personnage sensible. Heather Jenkins et Nigel Barnes, en froid au début du volume, réapprennent à se connaitre au cours de leur périple américain. La généalogie et l’Histoire sont toujours au cœur d’une intrigue bien menée et rythmée qui donne envie de lire le livre d’une seule traite. Les trois personnages principaux bien que répondant à des types bien connus – le flic célibataire bougon au grand cœur, la belle policière consciencieuse et le généalogiste rêveur – sont vraiment attachants et on a hâte de pouvoir lire leurs nouvelles aventures.

Difficile d’en dire plus sans spoiler ce thriller, sachez donc que si vous cherchez un polar qui mêle enquête policière, road movie à l’américaine, avec une bonne dose de recherches généalogiques, agrémenté d’une réflexion sur le poids des origines et des traditions ou des excès du fondamentalisme religieux, n’hésitez pas, vous passerez un bon moment et aurez hâte de suivre les prochaines aventures de nos trois héros.

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Et les Archives dans tout ça ??

Comme dans le premier volume, Nigel Barnes, notre généalogiste, a pour mission de retracer l’ascendance de la victime Katie Drake. Depuis sa dernière aventure, Barnes ne se rend plus au Family Record Center qui a fermé. L’ensemble des archives qu’il doit compulser est désormais regroupé aux Archives nationales ce qui est bien plus confortable pour un chercheur plutôt que de courir dans toute la ville. Si les archives, notamment l’état-civil, sont bien présentes dans le livre de Dan Waddell, il n’en est pas de même des archivistes dont il n’est fait aucunement mention. Au moins, les archives sont-elles indispensables à l’enquête et sa résolution, elles en sont une des clefs.

Si les recherches aux archives sont couplées avec les recherches génétiques – mais finalement, l’ADN est une forme d’archives non ? Il n’en reste pas moins que nos bonnes vieilles archives papier permettent en grande partie la résolution de l’énigme. Toutefois, le travail du généalogiste est semé d’embûches et l’ouvrage montre bien à quelles difficultés le chercheur peut se heurter quand les gens se cachent, mentent sur leurs origines pour changer de vie et se protéger…les archives classiques restent muettes. C’est donc grâce à de nombreux recoupements de sources et une bonne connaissance du contexte historique dans lequel évoluent les personnes recherchées. Un constat : les archives ne disent pas tout comme l’explique Nigel Barnes : « le recensement était très impopulaire chez certaines personnes ; l’équivalent victorien des classes moyennes considéraient qu’il s’agissait d’une violation de leur vie privée ». Outre les inévitables état-civil et recensement, Nigel explore les archives notariales et les archives ecclésiastiques. Subtilement, l’auteur dévoile les arcanes de l’exploration des archives et de leur gestion : certains documents issus des archives paroissiales sont déposés aux Archives municipales, d’autres non. L’absence de classement des archives paroissiales est bien mentionné puisque le généalogiste se voit obligé de fouiller et de trier les documents des pasteurs avant de pouvoir les exploiter. L’état calamiteux de certaines archives abîmées par des ficelles. Nigel parcourt aussi des dossiers médicaux confidentiels.

Enfin, le généalogiste se rend au centre généalogique de Hyde Park tenu par les Mormons, ce qui lui permet un accès à leur base de données extrêmement bien fournie et de parcourir le recensement fédéral des Etats-Unis de 1860 et de fouiller dans les archives de la presse américaine. Tout ceci n’étant pas suffisant, Barnes et Jenkins se voient contraints de faire le voyage jusqu’à Salt Lake City, fief des Mormons et paradis des généalogistes.

Le processus de recherches en archives et les différents dépôts londoniens sont vraiment décrits avec précision, sans que cela nuise aucunement au rythme de l’histoire. Saluons donc ce roman qui met en valeur les archives comme ressource policière et historique avec brio et vivement la suite !

Sonia Dollinger

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