Code 1879 : un généalogiste londonien dans les méandres des Archives

Publié: 28 septembre 2014 dans Littérature
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Il semble que la généalogie soit à la mode en ce moment comme en témoigne en France le lancement de la série Origines. Pourtant, bien avant cette série, en 2008, Dan Waddell, auteur anglais, avait pris un généalogiste pour personnage central de ses thrillers.

Dan Waddell est né en 1972 à Pudsey au Royaume-Uni. Waddell est journaliste pour plusieurs titres de presse britanniques. La petite histoire veut qu’à la naissance de son fils en 2003, Waddell s’intéresse à ses origines et donc à sa généalogie. Il découvre alors un secret de famille qui le fait réfléchir sur l’influence du passé dans sa propre vie et ses attitudes. Les romans de Waddell sont donc très influencés par la psychogénéalogie et la psychogéographie, deux théories qui prétendent que les actes de nos ancêtres ou les événements ayant marqué un lieu influencent nos comportements…voilà de quoi flipper !

Nous allons évoquer ici le premier roman de Waddell. Code 1879 se déroule à Londres dont l’auteur maitrise parfaitement la géographie et l’histoire. Il met en scène un généalogiste professionnel, Nigel Barnes, qui s’est fait virer de l’Université pour avoir eu une aventure avec une étudiante. Alors qu’il retrouve son premier métier de généalogiste, il est sollicité par l’inspectrice Heather Jenkins et l’inspecteur principal Grant Foster de la police londonienne qui se trouvent confrontés à des crimes étranges. Le criminel grave sur les cadavres des références d’anciens registres de naissance…datant de 1879. Qui mieux qu’un généalogiste professionnel pourrait épauler la Police dans une recherche au sein des archives londoniennes ?

Les personnages principaux sont attachants, aussi bien le bougon inspecteur Grant Foster que la perspicace inspectrice Jenkins ou le méticuleux généalogiste Nigel Barnes. Le trio entame une course contre la montre et contre le passé face à un tueur psychopathe qui semble hanté par une histoire vieille de plus d’un siècle. Les meurtres contemporains font en effet écho à d’anciens crimes ayant secoué les quartiers londoniens de Kensington et Notting Hill en particulier. L’auteur truffe l’ouvrage de références historiques et d’anecdotes sur le passé londonien sans que ces allusions ne deviennent indigestes malgré quelques inévitables facilités et raccourcis qui parfois grossissent un peu le trait.

Le métier de généalogiste professionnel est assez bien décrit et surtout sans caricature. Nigel Barnes est un généalogiste jeune, certes un peu fantasque, mais plutôt séduisant, même si l’inspectrice Jenkins le compare à un « rat de bibliothèque ébouriffé » et érudit sans être pédant. Ce polar démontre que l’Histoire n’est pas une matière inerte et que si l’on veut bien se pencher sur les archives, on y trouve des bribes d’existences, des lignes de vie, des traces du passé qui parfois ne passe pas. Faire d’un généalogiste un enquêteur au service de la police londonienne n’était pas évident et Dan Waddell nous offre avec Nigel Barnes un héros sympathique dont le métier est certes minutieux mais passionnant.

Et les archives dans tout ça ??

Évidemment, les archives sont omniprésentes dans Code 1879. Elles permettent la compréhension et la résolution de l’énigme posée par le tueur en série ainsi que l’arrestation de ce dernier. Le généalogiste Nigel Barnes en maitrise l’utilisation avec brio. Ce qui est également intéressant, ce sont les différents types d’archives et les institutions qui les abritent, habilement présentés par l’auteur dont on se doute qu’il a du lui-même les fréquenter et s’imprégner de leur spécificité. Barnes se rend en effet en premier lieu au Family Record Centre que l’auteur qualifie de « Mecque des généalogistes et des historiens de la famille ». On trouve dans ce centre les copies des registres de naissances, mariages et décès de l’Angleterre et du Pays de Galles depuis 1837 et des recensements entre 1841 et 1901. Quand Nigel Barnes effectue ses recherches dans les archives, il éprouve un réel plaisir et une fébrilité que connaissent tous les amateurs de chasse aux ancêtres. L’atmosphère de recherche et les lieux sont décrits avec minutie, la généalogie et la quête au cœur des archives est, tout au long du roman, décrite comme une enquête policière ou une chasse au trésor. Les archives sont décrites comme le réceptacle de la mémoire collective : « il faut bien quelqu’un pour soutenir la mémoire des femmes et des hommes ordinaires, des anonymes qui font tourner le monde. » Dan Waddell explique tout le processus de recherches familiales à travers les registres et les recensements sans aucune lourdeur et de manière plaisante. Il évoque également d’autres types de sources comme la presse, que notre généalogiste épluche avec minutie et de manière presque compulsive, et qui révèlent des affaires de meurtres datant de 1879. L’auteur évoque de manière touchante les archives photographiques, montrant parfois des familles presqu’anonymes, abandonnées par leurs descendants sur un vide-grenier. Pour compléter ses recherches, Nigel Barnes s’aide également d’Internet où il trouve des archives en ligne. Après un détour par le Collège royal de chirurgie où il peut admirer un type d’archive tout particulier – les restes conservés d’un meurtrier du XIXe siècle – Barnes clôt son marathon archivistique par une visite aux Archives nationales pour consulter des archives judiciaires. Le bâtiment, la salle de lecture et le circuit du document sont fort bien décrits.

Toutes ces recherches parviennent à offrir la solution des meurtres en série et on ne peut que se louer de la description des différents types de documents d’archives et des institutions qui les conservent. Ajoutons à cela un bon polar dans une atmosphère proche de celle où Jack l’Eventreur évoluait et le lecteur passe un bon moment avec une envie en refermant Code 1879 : partir explorer les archives !

waddell-code-1879Sonia Dollinger

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