Au pays du Soleil levant : les archives dans Yoko Tsuno

Publié: 14 septembre 2014 dans BD, comics, manga
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C’est cette fois la bande dessinée franco-belge qui a retenu notre attention et en particulier l’héroïne japonaise Yoko Tsuno créée par Roger Leloup. Yoko Tsuno reste dans les annales de la bande dessinée car elle met en valeur une femme d’action, émancipée et dynamique qui alterne les voyages futuristes et les aventures ésotériques ce qui permet aux filles de pouvoir se reconnaitre dans un personnage de BD.

Roger Leloup est né en 1933 en Belgique. Il est tout d’abord assistant de Jacques Martin pour lequel il dessine des planches d’Alix. Leloup travaille ensuite pour Hergé au journal Tintin et participe aux albums du maître, notamment l’Affaire Tournesol, les Bijoux de la Castafiore et l’Ile Noire. Leloup se fait remarquer par l’extrême précision de ses dessins, notamment de ses dessins techniques. Il affine également son goût pour l’Histoire et son sens du détail. C’est dans la nuit de noël 1968 que Roger Leloup esquisse pour la première fois le personnage qui deviendra Yoko Tsuno. L’idée prend de l’ampleur et Yoko Tsuno devient l’héroïne de 26 albums à ce jour.

Yoko est accompagnée de deux faire-valoir masculins, Vic – qui semble se rapprocher de la jeune femme au fil des épisodes – et Pol, stéréotype du bon copain gourmant et maladroit. Roger Leloup lui a donné une profession étonnante pour une jeune femme de 1968 puisqu’elle est électronicienne. Agile, Yoko maitrise aussi le karaté. Elle devient peu à peu le symbole de l’émancipation féminine et les différents albums abordent des thématiques très en phase avec son époque. Dans le premier album, le Trio de l’Étrange, Yoko et ses amis rencontrent des extra-terrestres à peau bleue venus de la planète Vinéa avec lesquels ils se lient d’amitié et que l’on retrouvera avec plaisir dans plusieurs épisodes.

Roger Leloup aime aussi les voyages dans le temps (il invente même une machine à remonter le temps dans son tome 11 La Spirale du Temps) et l’ésotérisme puisqu’il met en scène des alchimistes, explore de vieilles légendes et parfois va jusqu’à s’interroger sur la frontière de la vie en invitant des fantômes. Yoko Tsuno risque sa vie à chaque album, déjouant des pièges machiavéliques, partant sauver d’autres univers et voyageant d’une époque à l’autre avec la plus grande aisance.

Au fur et à mesure, le cercle d’amis s’agrandit. Yoko Tsuno se veut une apologie de l’amitié, de la tolérance, de l’entraide et du courage, des notions réconfortantes par les temps qui courent…Pour cela, Roger Leloup s’appuie sur une très grande maitrise technique et sur une abondante documentation.

Nous allons évoquer deux albums pour ce billet : L’orgue du diable (tome 2) et La Frontière de la vie (tome 7). Ces deux albums ont de nombreux points communs puisqu’ils mettent en scène les mêmes personnages dans un environnement presque similaires.

Dans L’Orgue du diable, Yoko Tsuno, Vic et Pol sont en reportage sur le Rhin, région que l’auteur affectionne particulièrement. A proximité du légendaire rocher de la Lorelei, les trois amis sauvent de la noyade la célèbre organiste Ingrid Hallberg. Cette dernière vient de perdre son père qui se serait suicidé. Le père d’Ingrid lui a laissé un message ; mais alors que la jeune femme et Yoko tentent de le récupérer, un individu les attaque sans succès. Les deux femmes récupèrent la bande et découvrent un tuyau d’orgue gigantesque dans le jardin du père d’Ingrid. En interrogeant un facteur d’orgues ami du défunt, les héroïnes apprennent que c’est le diable en personne qui a tué le père d’Ingrid…Les deux femmes se retrouvent ensuite dans un château médiéval aux prises avec un vampire, un démon qui ne semble pas venir de l’au-delà et un orgue destructeur…

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Dans la Frontière de la Vie, Yoko et ses deux acolytes retrouvent Ingrid dans la petite ville de Rothenburg que Roger Leloup dessine avec une précision chirurgicale. Ingrid est malade et il semble que toutes les nuits un vampire vienne prélever son sang. Ce vampire se révèle pourtant bien humain et animé d’intentions louables puisqu’il tente de maintenir en vie une petite fille victime des bombardements qui ont touché la ville pendant la Seconde Guerre Mondiale. Cependant, tout le monde n’a pas d’aussi bons sentiments et Yoko se trouve aux prises avec des scientifiques sans scrupules et manque de perdre la vie. C’est à mon sens un des plus beaux albums de la série.

Et les archives dans tout ça ??

Evidemment, nous avons choisi ces deux albums parce qu’ils évoquent les archives. Dans L’Orgue du diable, des recherches sur les orgues du XVIe siècle sont évoquées à plusieurs reprises. Mais c’est à la page 38 que les archives sont expressément mentionnées. Le « diable » raconte à Yoko que son oncle Otto Meyer retrouva « dans des archives » la trace de l’orgue du diable dont un exemplaire se trouvait au château du Katz. Otto Meyer entreprit alors de restaurer l’orgue qui a comme pouvoir d’abattre les murs et de rendre fou. Ainsi, dans ce cas, les archives permettent d’exhumer de lourds secrets et de recréer une arme puissante et destructrice.

Dans la Frontière de la Vie, le rôle des archives est tout autre. Elles sont évoquées par un archéologue qui étudie le passé de la ville de Rothenburg et tente de retrouver les souterrains du XVe siècle qui parsèment le sous-sol de la cité. Pour ce faire, il dispose de plusieurs méthodes : il ausculte le sol grâce à des ultrasons et explore les archives où il découvre des relevés anciens qui confirment ses hypothèses. Le rôle de l’archéologue est déterminant dans la suite de l’aventure et ses recherches permettent à Yoko de découvrir la vérité.

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Deux utilisations des archives différentes : la première permet de ressusciter un engin destructeur, la seconde offre une meilleure connaissance de la ville et d’élucider l’énigme à laquelle se heurte notre héroïne. Dans les deux cas, même si la mention en est minime, les archives sont indispensables à la progression de l’histoire. Le diable se cache dans les détails dit-on…et pourquoi pas dans les archives ?

Sonia Dollinger

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commentaires
  1. […] incontournables de la bande dessinée franco-belge avec Gaston Lagaffe, Astérix ou encore Yoko Tsuno. Il était donc plus que logique que nous nous penchions sur Tintin. Encore fallait-il trouver un […]

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