Millénium : sans les archives, point de salut !

Publié: 31 août 2014 dans Films
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La trilogie Millénium est l’œuvre de l’écrivain suédois Stieg Larsson, décédé d’une crise cardiaque en 2004 alors qu’il préparait un quatrième volume. Sa trilogie, publiée à titre posthume, le rendit donc célèbre après sa mort. En France, ce sont les éditions Actes Sud qui publient les ouvrages dans une collection créée pour l’occasion : Actes noirs. L’œuvre de Larsson est imprégnée par son combat contre le racisme et le fascisme, elle est aussi marquée par une volonté de dénonciation des puissances financières et de la violence sexuelle.

C’est du premier volume de la trilogie dont nous allons parler dans ce billet. Son titre, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, est assez explicite sur le contenu : meurtres et violences en tous genres peuplent ce roman policier haletant.

Pour tout dire, les cent premières pages sont un peu difficiles : Larsson pose lentement son intrigue et présente ses personnages et leurs caractéristiques. Je conseille donc de s’accrocher car une fois ces pages quelques peu ardues avalées, on prend un vrai plaisir à lire ce roman qu’on ne lâche plus ! Deux individus se détachent : le premier est Mikaël Blomkvist, cofondateur controversé du journal Millénium qui vient de perdre un procès en diffamation et doit à la fois s’acquitter d’une peine de prison et s’éloigner du journal pour ne pas lui nuire. La seconde est une punk gothique, génie en informatique, hackeuse hors pair, mais instable socialement : Lisbeth Salander.

Ces deux personnalités que rien ne rassemble a priori vont se trouver liées dans une enquête commune. Mikaël Blomkvist est contacté par Henrik Vanger, un riche industriel du pays qui cherche à résoudre un mystère vieux de quarante ans : la disparition de sa petite-nièce Harriet dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle a été assassinée mais dont le corps n’a jamais été retrouvé. Depuis cette période, Henrik Vanger reçoit chaque année des fleurs et soupçonne le meurtrier de vouloir le torturer.

Blomkvist, vite épaulé par l’étonnante Lisbeth Salander, plonge dans les méandres de l’histoire familiale des Vanger dont il rencontre les membres plus ou moins sympathiques et dont il explore la généalogie et le passé plutôt trouble pour certains. On croise des névrotiques et d’anciens nazis pour aboutir sur la piste d’un tueur psychopathe aux mœurs épouvantables.

Difficile d’en dire plus sans dévoiler l’intrigue, ce qui serait fort dommage. Ce premier volume pourrait presque se suffire et se lire indépendamment des deux autres mais les pistes ouvertes sont trop alléchantes pour ne pas avoir envie d’aller au-delà et de dévorer les deuxième et troisième volumes intitulés respectivement La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette et La Reine dans le Palais des courants d’air dans lesquels la personnalité de Lisbeth Salander se dévoile davantage, éclipsant quelque peu celle de Mikael Blomkvist.

Millénium dresse un effrayant portrait de la haute société suédoise et de ses penchants pervers et questionne sur le rôle du journaliste d’investigation dans un univers où la vérité est vite muselée par les puissances de l’argent.

Pour finir, il ne vous aura pas échappé que Millénium a fait l’objet d’adaptations cinématographiques avec une première adaptation suédoise où Noomi Rapace incarne Lisbeth de manière magistrale. Le premier volume a également été adapté par David Fincher en une version américaine où Daniel Craig endosse le rôle de Blomkvist. Je ne pourrai vous parler que de la version suédoise puisque je n’ai pas vu la seconde.

Et les archives dans tout ça ??

Le tome 1, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, évoque les archives explicitement à deux reprises et chaque séquence est décisive pour l’avancée du roman. Les archives apparaissent la première fois lorsque Mikael Blomkvist, intrigué par les photographies du jour de la disparition d’Harriet, décide de compléter la documentation de la famille Vanger par la consultation des archives iconographiques du journal local. Mikael demande en préambule quelle est l’organisation des archives mais la journaliste répond : « à vrai dire, il règne une assez grosse pagaille. Depuis que nous avons les ordinateurs et les photos numériques, nous archivons tout sur CD ». Elle explique ensuite que des stagiaires sont chargés de scanner les négatifs anciens « importants », mais sur quel critère ? Qu’est-ce qu’un document important…vaste question ! Les photographies anciennes sont donc rangées par dates dans de nombreux classeurs à négatifs ou au grenier, ce qui ne surprendra personne. Le journal ne disposant pas d’un archiviste attitré, on voit donc que les archives sont laissées à l’abandon et gérées un peu n’importe comment. Ceci étant, la description des archives photos et de leur gestion par un journal est assez proche de la réalité.

Mik archives 5

Qu’importe, Blomkvist ne se décourage pas devant l’importance des recherches et après des heures à compulser les photos, il trouve enfin un indice qui le conduit vers d’autres pistes, c’est-à-dire vers l’identité de l’assassin présumé d’Harriet Vanger.

La seconde apparition des archives se produit lorsque Lisbeth décide de fouiller dans les archives du groupe Vanger. Elle retrace les voyages et les liens commerciaux des membres de la famille et perce l’énigme du tueur en série en retraçant son parcours, année après année grâce aux bulletins du personnel, aux factures du groupe Vanger et au remboursement de ses frais de déplacement. En effet, les déplacements d’un des Vanger correspond précisément aux endroits où des cadavres de jeunes femmes ont été retrouvés dans les années 1950-1960.

Liz archives 4

Une fois l’identité du tueur confirmée, Lisbeth laisse les archives en désordre et file aider Mikael Blomkvist aux prises avec le meurtrier.

Liz archives 7

Sans ces deux passages cruciaux aux archives du journal et à celles du groupe Vanger, pas de solution. Je ne compte pas non plus les innombrables incursions de Mikael dans les archives familiales des Vanger dont il dresse l’arbre généalogique avec minutie et dont il épluche les albums photos et le courrier.

La version cinématographique suédoise reprend les deux passages dans les archives avec exactitude, ce qui est une vraie bonne surprise.

Millénium est un véritable plaidoyer pour les archives, leur diversité et leur utilité. Merci à Stieg Larsson d’avoir su mettre en valeur leur importance avec autant d’acuité.

Liz archives 1

Merci à Emilie ma relectrice et mon reporter photo

Sonia Dollinger

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commentaires
  1. […] le succès des auteurs nordiques dans le genre thriller policier, tel que Stieg Larsson et son Millénium ou Camilla Lackberg et La […]

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