L’Archiviste et les cités obscures

Publié: 14 août 2014 dans BD, comics, manga
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L’Archiviste et les cités obscures

Il fallait bien à un moment ou à un autre aborder l’œuvre graphique de François Schuiten et Benoit Peeters, auteurs de la bande dessinée les Cités Obscures. Œuvre onirique dont le premier tome est paru en 1983, l’ensemble des Cités Obscures évoque l’existence d’un univers parallèle au nôtre, que l’œil humain ne peut percevoir, sauf de manière fugace.

Les cités obscures sont un ensemble de villes aux architectures variées, chaque ville rappelant un style bien connu comme l’Art déco ou l’Art nouveau. Chaque cité est différente des autres, certaines très claires, lumineuses, d’autres au contraire beaucoup plus sombres, ancrées dans les entrailles de la terre. Le terme de « cités obscures » fait référence au mystère qui entoure leur existence…Certains humains en connaissent les ressorts et en sont même des familiers comme Jules Verne, qui les a découvertes au cours de ses voyages, mais la plupart ignore leur présence. Le voyage vers le continent obscur semble avant tout une affaire mystique, un acte de croyance…mais croyance en quoi ?

Le monde obscur est uniquement peuplé de cités éparses, montrant ainsi le regard porté par les auteurs, passionnés d’architecture, sur une utopie de la modernité, des mondes gouvernés par la technologie et le culte du progrès. Les auteurs semblent ainsi dévoiler un monde lisse et vide, soumis aux tensions politiques et religieuses, gouverné par le mystère mais qui finit par crouler sur lui-même.

Ces albums foisonnent de références à l’histoire des XIXe et XXe siècles, glissent parfois dans un univers proche du steampunk et sont inondés par la grande culture littéraire de François Schuiten et Benoit Peeters. Chaque album est une plongée onirique et angoissante dans ces cités obscures, inquiétant miroir de notre propre société…dont le continent obscur n’est peut être que l’aboutissement…

Un tome entier, hors-série est consacré au destin d’Isidore Louis, archiviste de son état. Davantage un récit illustré qu’une bande dessinée, un titre pareil ne pouvait qu’attirer l’archiviste que je suis…

Et les Archives dans tout ça ??

Un volume dont le titre est l’Archiviste, tout un programme ! La couverture pose immédiatement le ton. L’archiviste, Isidore Louis, est un petit homme à la calvitie naissante, portant une impressionnante pile de documents, errant entre deux immenses rangées de livres démesurément grands. Les documents semblent prêts à écraser et engloutir l’archiviste et les professionnels que nous sommes sont vite titillés par la vision des feuilles et rouleaux qui jonchent le sol…Isidore Louis a un prénom qui fleure bon le XIXe siècle et un nom banal, l’homme se fond dans la grisaille ambiante. Il appartient à l’Institut central des Archives, un service assez important doté de sous-sections. Isidore Louis est archiviste à la sous-section des mythes et légendes décrite comme bien moins prestigieuse que les sections dédiées à « l’économie, les sciences politiques, la philosophie, les Beaux-Arts ».

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La sous-section des mythes est logée au grenier, ce qui témoigne en effet du peu d’intérêt porté au sujet. L’archiviste se plaint d’ailleurs du manque de reconnaissance dont il fait l’objet et des clichés attachés au métier : « le pire, c’est que tous les autres croient que j’ai trouvé une planque. » Toutefois, notre Isidore se voit confier la rédaction d’un rapport sur les cités obscures désigné également sous le terme « l’Autre Monde ». En effet, la croyance en l’existence de cet univers parallèle semble prendre de l’ampleur au sein de la population et le Collège souhaite une note montrant l’inanité de tels mythes.

L’Archiviste, d’abord sceptique, se plonge dans ses dossiers et sa note se transforme peu à peu en une démonstration de l’existence des cités obscures, objectif inverse du but recherché par sa hiérarchie…Il trouve les preuves de l’existence de l’Autre Monde. Vous devinez la suite : le rapport est enterré, les preuves détruites et l’archiviste attend sa disparition prochaine…

Malheur à celui qui détient la vérité, telle pourrait être la conclusion de cette œuvre étrange, magnifique graphiquement, poétique et angoissante…laissez vous tenter, peut-être trouverez-vous à votre tour un passage vers les cités obscures.

Sonia Dollinger

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