Les Catacombes ou l’archiviste archétypal

Publié: 25 juillet 2014 dans Littérature
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C’est un thriller qui fait l’objet du présent billet. Le titre : Les Catacombes. Tout un programme…Il s’agit du premier roman de Toby Ball, journaliste américain et professeur de sciences sociales vivant dans le New Hampshire.

L’action se déroule dans une cité sans nom : la Ville qui peut être aussi bien New York que Chicago ou un mélange des deux. Une chose est sûre, cette mégalopole américaine des années 1930 est gangrénée par la corruption et sous la coupe d’une municipalité mafieuse à la tête de laquelle règne en maître le colérique et adipeux Henry le Rouge, ex boxeur et maire sans scrupule.

Un dossier mal classé, un grain de sable dans la machine bien huilée de la corruption et tout s’emballe. Trois personnages très différents enquêtent et s’opposent au système mis en place. Le premier n’est autre que l’archiviste Arthur Puskis, seul maître à bord des « Catacombes » charmant surnom donné au dépôt d’archives criminelles dont il a la garde. Son sens du détail et du devoir le poussent à enquêter sur une anomalie repérée dans un dossier, ce qui va le mener sans doute bien plus loin qu’il ne l’aurait souhaité…Son chemin croise celui d’un journaliste fumeur de joint mais lucide dans sa quête de la vérité et son souhait de faire tomber le maire et ses complices. Le troisième larron est un détective privé, Ethan Poole, proche des milieux syndicaux, dont les investigations le conduisent d’un étrange orphelinat aux méandres de la Ville…

Difficile d’en dire plus sans dévoiler l’intrigue. Ce premier roman montre des personnages archétypaux : un archiviste méticuleux, un journaliste tenace et intègre, un détective privé underground, un maire corrompu et lâche, une bourgeoisie courbée et profiteuse et une Ville glauque, sombre et vampirique, dévorant littéralement ses enfants dans une période de récession économique où tout est bon pour réussir ou durer.

Une ambiance poisseuse et haletante dans laquelle les archivistes et amateurs de thrillers se retrouveront comblés.

Et les archives dans tout ça ??

Pour une fois, les archives sont omniprésentes du début à la fin de l’ouvrage…Les archivistes seront irrités à la lecture de la quatrième de couverture puisque les Catacombes sont présentées comme « une bibliothèque contenant les archives criminelles de la municipalité »…Grrrrrrrrrrrrrr : Pour l’amour du ciel ou de qui vous voudrez : non, les Archives ne sont pas des Bibliothèques mais…des Archives, là !

Une fois ceci posé, intéressons-nous à l’archiviste : Arthur Puskis. Il est évidemment tel qu’on l’imagine : célibataire et presque asocial : l’homme est entre deux âges, pâle, maigre, vouté, porte des lunettes, ne prend jamais de vacances, ne quitte jamais son quartier, n’a aucune vie sociale. Bref, vous vous en doutez, ce n’est pas le plus glamour des personnages du roman comme dirait quelqu’un que je connais bien. Mais c’est un des trois individus centraux de l’histoire. Tenace, consciencieux et courageux, il préfère le sacrifice ultime : brûler les archives plutôt que de les voir falsifiées, réécrites ou corrompues. Un document tronqué n’est plus un document à conserver.

Les Catacombes sont le nom donné au dépôt d’archives, un lieu immense et souterrain qui occupe « une superficie équivalente à la moitié d’un pâté de maisons »…où l’archiviste évolue tout seul cerné par d’immenses travées et rayonnages. Seul Puskis peut saisir la cohérence du classement des documents, son savoir lui ayant été transmis par son prédécesseur. Les archivistes sont présentés ainsi comme une sorte de confrérie d’initiés…dont les membres ne finissent pas toujours très bien puisque l’archiviste précédent est devenu fou, mais ça ne vous étonne même pas, je le devine J.

Une note positive pour finir : les archives et l’archiviste ouvrent l’ouvrage et se trouvent au cœur de l’intrigue. On trouve dans le roman une intéressante réflexion sur la manipulation de l’Histoire à travers la falsification de l’archive qui pourrait rappeler Orwell et une référence à la numérisation des documents et ses finalités.

Rien que pour ça et parce qu’il faut encourager un roman qui prend pour héros un archiviste, je vous invite à ouvrir ce livre. Regardez la couverture, ça donne envie non ?9782264054265Sonia Dollinger

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